Entrepreneur : Fiona Garfagnini, fondatrice de EMIRARTS
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La rédaction- 6 octobre 2026
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Fiona Garfagnini, fondatrice d’EMIRARTS, veut rendre la scène culturelle des Émirats plus accessible et plus facile à explorer. Arrivée à Dubai en 2025, elle découvre une offre culturelle bien plus riche qu’elle ne l’imaginait, mais dont les informations restent très dispersées. Quelques mois plus tard, elle lance EMIRARTS, une plateforme et une application pour savoir quoi voir et quoi faire autour de soi. Rencontre avec une entrepreneure passionnée, bien décidée à bousculer au passage quelques idées reçues sur Dubai et les Émirats.
EMIRARTS est votre première société ?
Oui, EMIRARTS est vraiment ma première société au sens où c’est la première fois que je crée une marque, la première fois que je suis totalement à l’initiative d’un projet, que j’en définis la vision, la stratégie et la manière de le développer.
J’ai donc dû penser le projet dans sa globalité, puis transformer cette idée en quelque chose de concret.
Ce n’est en revanche pas ma première expérience entrepreneuriale. À Paris, j’avais déjà créé une structure de conseil qui me permettait de travailler en freelance pour une agence. Avant cela, j’ai travaillé en politique, puis dans les médias. Je n’ai finalement jamais eu un parcours très linéaire ni un profil très « salarié », mais EMIRARTS est clairement la première entreprise que je construis entièrement autour de ma propre vision.
Depuis combien de temps à Dubai ?
J’entame ma deuxième année à Dubai. Je suis arrivée en août 2025, donc cela fait un peu plus d’un an maintenant.
Fiona Garfagnini, présentez-nous EMIRARTS
J’ai lancé EMIRARTS il y a cinq mois, en avril dernier. C’est une plateforme culturelle pensée pour savoir facilement quoi voir et quoi faire autour de soi aux Émirats. Son cœur est une application mobile avec une carte qui vous géolocalise et vous permet de découvrir en un coup d’œil les activités culturelles autour de vous. Lancée il y a seulement trois semaines, l’application a déjà été téléchargée par près de 600 personnes. Autour de l’application, j’ai développé tout un écosystème avec un compte Instagram, qui rassemble aujourd’hui près de 4 000 abonnés, ainsi qu’un site internet et un groupe WhatsApp.
L’idée est née très peu de temps après mon arrivée à Dubai. J’ai rapidement découvert une scène culturelle extrêmement dynamique, mais dont l’information restait très dispersée. En tant que nouvelle arrivante, il était compliqué pour moi d’avoir facilement accès à toutes ces informations. EMIRARTS est né pour rendre cette offre beaucoup plus lisible, accessible et spontanée au quotidien.
Avez-vous toujours rêvé d’être entrepreneur ?
En fait, j’ai surtout toujours rêvé d’être libre. Je viens aussi d’une famille où il y a essentiellement des professions libérales, donc j’ai grandi avec cette idée d’indépendance professionnelle et de liberté dans la manière de travailler. Avec ma personnalité créative et le fait que je ne rentre pas toujours dans les cases, c’était compliqué pour moi de faire partie d’une grande compagnie avec des process très lourds.
C’est aussi pour ça que j’ai toujours choisi des métiers de passion. J’ai commencé par le journalisme, puis j’ai travaillé en tant que communicante pour des politiques, ce qui m’a amenée à participer à de nombreuses campagnes électorales. Donc toujours avec ce besoin d’être sur le terrain, d’apprendre, de me nourrir des autres et de comprendre le monde qui m’entoure. Pour moi, c’est essentiel.
J’ai besoin d’être dans un environnement où il y a de l’émulation, du mouvement, une forme de tourbillon permanent. La monotonie me convient très peu. Donc oui, je pense que j’ai toujours eu cet esprit assez entrepreneurial, cette envie de créer par moi-même, d’imaginer de nouvelles choses et surtout de les concrétiser.
Et aujourd’hui, le fait d’être aux Émirats a aussi beaucoup compté. C’est une terre d’opportunités, qui m’a permis de concrétiser cette envie d’entreprendre.
Qu’est-ce qui a provoqué le déclic pour créer EMIRARTS ?
EMIRARTS est vraiment parti d’un constat. Quand on vient de grandes villes où la culture est installée depuis très longtemps, comme Paris, on a encore parfois une image assez faussée des Émirats. Beaucoup de personnes réduisent encore les Émirats à Dubai, et Dubai à une ville très superficielle, tournée vers les beach clubs, les restaurants ou le luxe, avec finalement assez peu de culture.
Et en arrivant ici, j’ai découvert exactement l’inverse. J’ai été assez impressionnée par la densité de la scène culturelle et par tout ce qui est en train de se construire. J’avais donc aussi envie, avec EMIRARTS, de faire un petit pied de nez à cette image et de montrer tout ce qui existe ici.
Aujourd’hui, les Émirats sont clairement en train de se positionner comme un hub culturel régional et investissent énormément dans la culture. L’ouverture en décembre prochain du Guggenheim Abu Dhabi en est un marqueur très fort. Je pense aussi qu’on assiste à une évolution du tourisme aux Émirats : on passe progressivement d’un tourisme de loisirs à un tourisme culturel.
Et je suis très fière qu’EMIRARTS puisse faire partie de ce mouvement. J’ai aussi le sentiment d’avoir lancé le projet au bon moment, parce qu’il y avait un vrai manque : énormément de choses existaient déjà, mais il manquait une plateforme capable de les agréger tout en apportant une vraie curation. C’est ce manque qu’EMIRARTS vient aujourd’hui combler.
Fiona Garfagnini, pourquoi avoir choisi d’entreprendre à Dubai ?
Je suis arrivée à Dubai l’année dernière, après avoir notamment travaillé pendant les cinq dernières années en politique. J’avais un profil très franco-français : je ne m’étais jamais expatriée, je n’avais jamais travaillé à l’international, et je sentais que ça commençait à devenir une limite dans la construction de ma carrière.
Je pense que c’était aussi le bon moment dans ma vie pour tenter cette expatriation. Au départ, je regardais plutôt du côté de Londres ou de New York. Puis un ami très proche, qui était aussi mon ancien boss en politique, m’a conseillé de regarder ce qui se passait à Dubai. J’ai donc organisé un voyage en avril 2025, à mi-chemin entre vacances et business trip. J’ai rencontré beaucoup de personnes sur place, j’ai recueilli leurs retours d’expérience, et ça m’a plu immédiatement. En une dizaine de jours, je suis vraiment tombée amoureuse de la ville et j’avais déjà décidé que je viendrais m’y installer pour la rentrée de septembre.
Ce que j’aime ici, c’est cette idée que les opportunités peuvent encore être créées. J’ai parfois l’impression qu’il y a quelque chose de l’American Dream d’autrefois : beaucoup de gens viennent ici avec l’envie de construire quelque chose de plus grand, de se réinventer, de réussir. Et les Émirats offrent un environnement qui permet réellement d’essayer.
Il y a aussi une énergie très particulière. Tout le monde est très concentré sur ses projets, sur son travail, sur ce qu’il veut construire. On sent une vraie envie de réussir et, globalement, les gens se tirent vers le haut. En arrivant d’Europe, où le climat me paraissait beaucoup plus morose, ce contraste m’a énormément marquée. C’est aussi cette énergie qui m’a donné envie d’entreprendre ici.
Quels sont les challenges / facilités pour entreprendre à Dubai ?
La grande facilité, c’est qu’ici tout est pensé pour vous permettre d’aller vite. Créer une société, rencontrer des gens, tester une idée, trouver des partenaires, accéder à des décideurs, tout paraît beaucoup plus direct qu’en France. Il y a aussi une vraie culture de l’opportunité : les gens sont curieux, ouverts aux nouveaux projets et beaucoup plus enclins à vous mettre en relation rapidement.
En revanche, le challenge, c’est justement que tout va très vite. Il faut être extrêmement réactif, savoir se vendre, être clair sur son positionnement et créer de la confiance rapidement. Le marché est aussi très compétitif, avec beaucoup de nouveaux projets et beaucoup de personnes qui arrivent avec de grandes ambitions. Il ne suffit donc pas d’avoir une bonne idée, il faut vraiment savoir la concrétiser vite et bien.
Il y a également un côté très relationnel dans la manière de faire du business ici. Le réseau compte énormément, parfois presque autant que le projet lui-même. Et quand on arrive sans connaître personne, il faut accepter de passer beaucoup de temps à rencontrer les bonnes personnes, à comprendre les codes et à construire sa crédibilité.
Mais globalement, ce que je trouve très stimulant, c’est qu’on sent qu’ici une idée peut réellement devenir quelque chose si on est prêt à travailler vite et bien, à s’adapter et à saisir les opportunités.
Fiona Garfagnini, quelle est votre source de motivation chaque jour ?
Je dirais que ma première source de motivation, c’est de me rappeler qu’il y a quelqu’un qui a pris un risque, qui a parié sur moi, qui a cru en mon projet et en ma capacité à le mener. Et j’ai envie de lui rendre cette confiance chaque jour.
Ce qui me motive le plus, c’est donc de réussir ce projet, parce qu’on m’a donné l’opportunité de le concrétiser. J’ai presque le sentiment de ne pas avoir le droit à l’erreur, parce que j’ai vraiment envie de le faire bien, avec beaucoup de conviction, d’engagement et d’authenticité, comme j’ai toujours travaillé.
Et puis, ce qui me motive aussi énormément, c’est que je vois qu’EMIRARTS peut devenir un projet d’ampleur. J’ai beaucoup d’idées pour le développer, le faire grandir et lui donner une vraie place dans l’écosystème culturel des Émirats.
Donc, au fond, ma motivation quotidienne, c’est de me dire que j’ai aujourd’hui cette chance entre les mains. Maintenant, il faut que j’en fasse quelque chose de solide, ambitieux et durable.
Avec le recul, que referiez-vous différemment ?
Comme je vous le disais juste avant, je pense que je ferais davantage attention à ne pas faire confiance trop vite aux personnes qu’on vous présente pour travailler sur un nouveau projet.
À Dubai, tout va très vite, et c’est justement l’un des écueils : on veut se lancer rapidement, avancer vite, saisir les opportunités, et parfois on ne prend pas assez le temps de vérifier les personnes avec qui l’on s’engage.
Avec le recul, je serais sans doute un peu moins entêtée sur le fait de vouloir créer de nouvelles relations professionnelles à tout prix, surtout au début d’un projet. Je resterais davantage dans mon cercle de confiance et je travaillerais plus avec des personnes que je connais déjà, ou avec lesquelles j’ai déjà une vraie expérience.
Pour les premières étapes d’EMIRARTS, je pense que ça m’aurait évité certaines difficultés, fait gagner beaucoup de temps… et donc aussi de l’argent.
Avez-vous bénéficié d’aides pour lancer EMIRARTS ?
EMIRARTS a pu voir le jour grâce à l’investissement privé de sa cofondatrice, Vanina Muraour, qui a pris le risque financier et investi dans le projet. Cet investissement m’a permis d’avoir les fonds nécessaires pour le lancer. On peut donc considérer que j’ai bénéficié d’une aide financière, même si je parlerais plutôt d’un premier investissement privé, ou d’une première levée de fonds, qui a véritablement permis à EMIRARTS de démarrer.
Si vous aviez deux conseils à donner aux futurs entrepreneurs ?
• Le premier, ce serait d’être constant. Je pense que c’est vraiment la clé : tenir dans la durée. Quand on lance un projet, il y a énormément de moments où l’on travaille seul, où l’on réfléchit seul, où l’on doit tout construire soi-même. Personne ne le fera à votre place et personne ne sera aussi impliqué que vous. Pour vous, c’est votre projet, votre bébé, pour les autres, ça ne le sera jamais autant. Il faut donc rester déterminé, accepter que les heures ne se comptent pas et continuer à avancer même quand tout repose sur vous.
• Le deuxième conseil, ce serait justement d’arriver à sortir régulièrement de l’opérationnel pour réfléchir à la stratégie. C’est très difficile quand on fait tout soi-même. Aujourd’hui, je chapote absolument tout chez EMIRARTS, notamment toute la communication, parce que c’est mon domaine et que ça reste naturel pour moi. Mais il faut quand même réussir à prendre du recul, à réfléchir à la suite et à la manière de faire grandir le projet.
• Et puis, très concrètement, je pense que les outils comme l’IA changent énormément la donne pour les entrepreneurs. Avec mon parcours et mon expérience, ça m’aide aujourd’hui à aller beaucoup plus vite, à structurer mes idées et à faire seule des choses qui auraient été beaucoup plus compliquées auparavant.
Deux bons outils digitaux ?
Sans hésiter, ChatGPT et Canva !
ChatGPT est devenu un véritable outil de travail au quotidien. Je l’utilise pour structurer mes idées, travailler ma stratégie, faire de la recherche, préparer des contenus et surtout gagner énormément de temps.
Et Canva, parce que je gère encore moi-même une grande partie de la communication d’EMIRARTS, notamment sur les réseaux sociaux. Je pense que le fait d’avoir construit une identité visuelle forte et reconnaissable, qui plaît beaucoup, nous a beaucoup aidés. C’est sûrement aussi l’une des raisons pour lesquelles nous sommes aujourd’hui près de 4 000 abonnés en seulement quelques mois.
Deux bons réseaux de networking à Dubai ?
Je dirais d’abord la CCI France UAE. C’est un très bon réseau quand on veut vraiment s’intégrer à la communauté française aux Émirats. Elle est très connectée à l’écosystème institutionnel français et fait beaucoup pour accompagner les entrepreneurs, créer des connexions et faire en sorte que la communauté reste soudée.
Aujourd’hui, plusieurs personnes que j’ai rencontrées grâce à ce réseau participent directement ou indirectement à l’évolution d’EMIRARTS. C’est une communauté sur laquelle on peut s’appuyer pour rencontrer des partenaires, trouver des prestataires et surtout travailler avec des personnes de confiance.
Et puis, j’espère pouvoir bientôt citer aussi le futur club EMIRARTS, avec l’ambition de créer une communauté autour de la culture qui permette aussi de se rencontrer et d’échanger.
Vos deux bonnes adresses à Dubai ?
• Évidemment, Alserkal Avenue. J’y passe énormément de temps, que ce soit pour les galeries, les expositions, mais aussi pour les restaurants, les coffee shops et les concept stores. C’est vraiment l’un des endroits où je me sens le mieux à Dubai et où je vais très régulièrement.
• Et je dirais aussi Goshi Community, parce que c’est un lieu beaucoup plus récent que je trouve très intéressant à suivre. Il y a de nouvelles galeries, des espaces créatifs et des concepts qui arrivent. J’aime justement découvrir ces endroits au moment où ils commencent à prendre vie. C’est aussi ça que j’aime à Dubai : voir de nouveaux quartiers culturels se construire presque sous nos yeux.
Fiona Garfagnini, avez-vous des projets futurs ?
Oui, beaucoup. L’idée maintenant, c’est vraiment de faire grandir EMIRARTS au-delà de l’application et d’en faire une vraie plateforme culturelle avec plusieurs dimensions.
Je veux notamment développer toute une partie événementielle, avec un futur club EMIRARTS, des visites privées, des rencontres avec des artistes, des dîners, des expériences culturelles et des accès à des moments un peu plus exclusifs. L’objectif, c’est aussi de créer une vraie communauté autour de la culture aux Émirats, pas seulement une audience digitale.
Je travaille également sur une offre plus B2B, notamment avec des promoteurs immobiliers et des entreprises, autour de programmes de cultural membership et d’expériences culturelles pensées pour leurs résidents, clients ou collaborateurs.
Et puis bien sûr, continuer à développer l’application, enrichir la curation, l’ouvrir progressivement à d’autres disciplines comme le théâtre, l’opéra ou le ballet, et faire en sorte qu’EMIRARTS devienne peu à peu une vraie référence culturelle aux Émirats.
PETIT PORTRAIT INDISCRET
Plutôt matinal(e) ou oiseau de nuit ? Plutôt matinale. J’aime commencer mes journées tôt, je suis beaucoup plus efficace le matin et j’aime avoir le sentiment d’avoir déjà avancé avant que la journée ne commence vraiment.
Plutôt café-croissant ou petit-déj healthy ? Plutôt café-croissant dans l’absolu, mais au quotidien j’essaie quand même d’être plus healthy pour garder un bon équilibre.
Plutôt sport extrême ou méditation ? Il me faut les deux. J’ai besoin de me dépenser, mais aussi de canaliser un peu mon énergie. Les deux sont assez complémentaires pour moi.
Plutôt robe-sandales ou tailleur-talons ? Clairement tailleur-talons. Très working girl.
Plutôt week-end cocooning ou fiesta ? Les deux aussi. J’ai besoin de moments très calmes pour récupérer, mais aussi de sortir, voir du monde et profiter.
Plutôt cigale ou fourmi ? Plutôt fourmi. J’ai toujours été une grosse bosseuse et je pense beaucoup à la suite. J’ai besoin d’anticiper, de construire mon futur et d’avoir une forme de sécurité. J’aime me sentir confortable dans ma vie et savoir que j’ai anticipé les choses.
LE MOT DE LA FIN
Je dirais simplement qu’il faut oser créer ce qu’on aimerait soi-même trouver. EMIRARTS est né comme ça, d’un manque que j’ai ressenti personnellement. Aujourd’hui, mon ambition est de continuer à le faire grandir, tout en restant fidèle à cette idée de départ : rendre la culture aux Émirats plus accessible, plus visible et plus spontanée au quotidien.