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« September blues » ou comment égayer la routine ?

Le triptyque apéro-balades-retrouvailles de l’été s’est éclipsé pour laisser la place à l’organisation militaire de la rentrée : achat des uniformes (en rupture de stock), quête aux allures de chasse au trésor des fournitures scolaires (le cahier seyes 24X32 grand format de couleur verte : en rupture de stock), recherche de la bouteille étanche parfaite et de la lunch box idéale.
La bonne vieille routine a chassé l’euphorie des vacances et la frénésie de la rentrée : les enfants ont retrouvé avec enthousiasme leurs camarades et avec un emballement plus mesuré leurs enseignants pendant que les parents, par pudeur, se retenaient d’exprimer la grande joie du retour au bureau.
Si la routine n’est pas évitable, si elle a parfois du bon par la discipline qu’elle exige, elle présente cependant le risque d’une certaine lassitude, voire d’un sentiment de blues. Trois conseils pour égayer ce mois de septembre ! 

1. Imiter les enfants

Le 29 août dernier, les fils d’actualité des réseaux sociaux étaient pris d’assaut par de beaux sourires en uniformes et des cartables flambant neufs. Le regard ému, les parents observaient leur progéniture emprunter le chemin de la connaissance. Si à chaque rentrée scolaire règne une certaine excitation, c’est parce que la perspective d’apprendre et de découvrir enchante les petits écoliers. Et si nous prenions ces derniers comme modèle ?

« On se lasse de tout, excepté d’apprendre » écrivait le poète latin Virgile. Quel meilleur moyen que l’apprentissage pour combattre la lassitude de la routine et retrouver l’ardeur de l’enfance ? Il ne s’agit pas ici d’apprentissage utile : exit la préparation au diplôme de CFA ou la master classe de Robert Kiyosaki sur la réussite financière. 
Si on concrétisait plutôt un rêve d’enfant ? Celui-là rêvait à l’âge de cinq ans de devenir musicien ? C’est le moment de s’acheter une guitare ! Un autre s’imaginait peintre : on suit un tuto sur la technique du pinceau et on s’inscrit à un MOOC sur l’histoire de l’art.
Un autre encore se voyait en explorateur sillonnant la planète : l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier ou le mythique Sur la route de Jack Kerouac sont autant de compagnons de voyage, sans oublier de télécharger une application pour apprendre l’espagnol ou le mandarin. 

Et à ceux qui se plaindraient d’un manque de temps pour accomplir de tels projets, remplacez une demi-heure de scrolling quotidien par la pratique d’une activité nouvelle ! On peut se livrer à des critiques acerbes de la technologie, mais on peut aussi l’utiliser à bon escient : conférences d’universitaires réputés, cours en ligne d’artistes célèbres, applications pour apprendre les langues ou pratiquer du sport, la connaissance est au bout de vos doigts. Moins d’Instagram, plus de MOOC, faisons-en la devise de ce mois de septembre !  

2. Faire travailler ses mains

« C’est peut-être chez les artisans qu’il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité de l’esprit, de sa patience et de ses ressources. » Dans une société où il faut toujours aller plus vite, où l’on scrolle, on swipe, on valide en une fraction de seconde, pourquoi ne pas repenser son rapport au temps à travers une activité qui exige de notre part calme, attention et minutie ? Si Denis Diderot fait l’éloge des artisans, c’est parce que le travail manuel dont ils sont les experts exige ces qualités.
Les études contemporaines le répètent : le travail manuel est bon pour nos émotions. Faire de ses mains diminue notre stress et nous procure du plaisir :  c’est un sentiment en effet exaltant que d’admirer la création issue d’un morceau de bois, d’un bout de tissu ou de quelques grammes de farine. 

Alors que l’on nous assène que tout est digitalisable (le travail, l’école, les rencontres amoureuses), l’activité manuelle établit un rapport autre au réel. Il s’agit presque d’une forme de résistance dans un système où nous sommes perçus comme des consommateurs avant même d’être individus : prendre le temps de connaître un processus de fabrication et se soucier de la qualité des matières premières, de penser un objet en dehors des standards habituels.
Certes, il se peut que la table basse dont vous avez entrepris la réalisation soit un peu bancale, que l’ourlet de la jupe confectionnée ne soit pas droit mais ces objets seront parfaits dans leur imperfection, car ils seront réalisés par vous. En ce mois de septembre, délaissons notre statut de consommateur pour embrasser celui de créateur !

3. Apprécier son chez-soi

Malgré des années d’expatriation aux Emirats Arabes Unis, on s’accommode difficilement des 44 degrés au thermomètre, des 80% d’humidité et des lunettes pleines de buées dès les portes automatiques de l’aéroport franchies.
Même si se plaindre du temps qu’il fait est aussi efficace que de vouloir s’affranchir de la loi de la gravité, c’est une habitude dont nous avons du mal à nous passer. Relativisme et patience seront les maître-mots de ce mois de septembre. En pensant à nos amis bretons qui ont connu 3h38 d’ensoleillement en trois mois, on ne peut que relativiser et se rappeler le privilège de se réveiller tous les matins avec un soleil éclatant. Dans quelques semaines, ceux qui se plaignaient de la chaleur rechigneront à tremper les orteils dans la mer qu’ils jugeront trop froide. 

La douceur de l’hiver émirien n’est pas loin, les lève-tôt auront déjà senti les annonces de sa venue. En attendant de pouvoir profiter allègrement de la douceur des températures, profitons du calme retrouvé de nos demeures. Après des semaines de vadrouille estivale durant lesquelles la location airbnb a accueilli trois générations et les amis de passage, se prélasser dans son chez-soi produit un sentiment agréable de quiétude.
La langue anglaise différencie « house » de « home », le premier étant un lieu physique, tandis que le second détient une valeur affective et symbolique. Il n’est pas rare que, sans même s’en rendre compte, l’expatrié voit le passage du premier au deuxième terme s’effectuer : ce qui n’était que des murs loués de façon temporaire devient le chez-soi. 


Un proverbe ancien affirme qu’« au mois de septembre, le feignant peut aller se pendre ». À peine rentrés de vacances, il a fallu, telle une machine bien huilée, démarrer. Mais ce mois de septembre peut aussi être celui de la transition, de la douceur et même du blues qu’on autoriserait à nous envelopper, sans culpabilité. Et si nous revisitions ce proverbe ? Au mois de septembre, le bon vivant peut aller se détendre !

Instagram : @danslechaosmonde

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Anouchka Sooriamoorthy

Dubaïote d’adoption depuis 2007, Anouchka, professeure de philosophie, pose chaque mois son regard amusé et mesuré sur la ville de la démesure.

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