A lire: "Qatarina" de Gabriel Malika, le Qatar saura-t-il relever le défi de la coupe du monde de foot 2022?

Écrit par  Rachel Rousseau 26 FEV 2014



Un peu plus d’un an après la sortie de son tout premier roman à succès, « les meilleures intentions du monde » qui avait pour personnage principal Dubai (notre article), Gabriel Malika confirme son talent d’écrivain et son attachement à la région du golfe avec « Qatarina », un roman un tantinet sombre mais surtout drôle, irrévérencieux et agréable à lire…


Qatarina en quelques mots :

Si John arrive au Qatar c’est plus pour échapper à son ex-femme qui le harcèle  que par vocation. Il ne s’attend à rien… surtout pas à ce qu’il va rencontrer dans ce pays bourré de contradictions…
Qatarina, c’est une histoire d’amour et de haine, d’obscurantisme, de cultures et d’espoir, de liberté et d’absurde. Mais c’est aussi et surtout le sujet principal du Qatar face à l’organisation de la coupe du monde de football en 2022, ici le « hole ball »… ça commence bien.


Gabriel Malika, qui passe sa vie entre Dubai et Doha, a voulu écrire cette histoire comme un exercice cathartique empreint de tendresse (un peu), d’humour (beaucoup) et de déception (passionnément).

Il se penche ici sur une problématique bien réelle : le Qatar est il vraiment apte à relever le défi de la coupe du monde de 2022 et à assouvir sa volonté de briller autrement que par le rayonnement de ses gazoducs ?

Ce que l’auteur dénonce dans sa fiction où, bien sûr, "toute ressemblance avec des personnes ou des situations n'ayant pas encore existé ne saurait être que fortuite", c’est le total manque de préparation de Qatar pour la coupe du monde, et ce à tous niveaux.
« Il est en train de se passer quelque chose dans ce pays, qui ne devrait pas avoir lieu d’être. Cette coupe du monde, même les Qatari n’en veulent pas. Ils en ont peur et beaucoup prévoient de partir pendant toute la durée de la compétition, ce qui veut tout dire ».
Selon l’auteur, et c’est d’ailleurs le thème central de son livre, c’est un choc des cultures et selon lui, « on ne peut pas tout faire venir de l’occident, cette coupe du monde, c’est comme s’ils avaient acheté une machine révolutionnaire sans le mode d’emploi. »

Une tragédie annoncée alors ?

Pour rédiger son livre, Gabriel Malika a rencontré les personnes clés de l’organisation de la coupe du monde et tous l’ont laissé avec cette impression de bombe à retardement.
Si certains des organisateurs se veulent optimistes : « il y aura autant de monde dans les rues de Qatar en 2022 que pendant les JO de 2012. », d’autres affirment clairement le contraire : « ce sera un tournoi joué en vase clos. La coupe du monde au Qatar sera le sommet du virtuel : tout passera par la télé, rien dans les stades ».

Selon l’auteur, ce qui fait le succès d’une coupe du monde c’est cette solidarité entre les peuples, cette ferveur pour l’équipe nationale et le jeu…or Qatar n’est pas riche d’une Histoire qui soude les peuples née de la guerre, des tragédies, de ce qui fait une nation se sentir « une ». C’est pourquoi par exemple il n’y a pas de bénévoles pour Qatar 2022, cette notion reste inconcevable dans la mentalité du pays…or  elle est bien essentielle à une organisation de coupe du monde.

En dehors de ce manque historique de communion des peuples, le Qatar n’est pas non plus prêt en ce qu’une coupe du monde c’est aussi un tourisme de masse, avec tout ce que cela implique de monuments à visiter mais aussi d’alcool, de fêtes, de prostitution,… autant de tabous dans bon nombre de pays arabes.

Mais heureusement tout n’est pas que noir dans ce roman de Gabriel Malika, on y rit aussi beaucoup. On y grince des dents. Les concepts exagérés et inventifs de l’auteur n’ont d’égal que sa façon de pousser le tabou jusqu'à l’extrême… c’est désopilant.

Vous savez ce qu’est le « bab al zib » par exemple ?

Le sexe du futur selon l’auteur.
Une machine à donner du plaisir « en réponse à la pulsion… mais pas au désir ». Bab al Zib dénonce ici le virtuel des relations dans une société où  le malaise sexuel atteint des sommets, trop noyé qu’il est sous les interdits.

Pour l’auteur, on fait face à « de plus en plus de frustration d’un coté et de plus en plus de technologie de l’autre. On s’enferme alors plus encore dans le virtuel. D’où l’idée de Bab al zib, un peu sur le modèle d’une cantine, sauf qu’au lieu de leur donner de la soupe, tu leur donnes du plaisir. »

Un autre tabou que l’auteur aime pousser au delà de ses limites: le dopage systématique dans le monde du sport.

Une vision pas si éloignée que cela de la réalité à en croire l’auteur qui a passé quelques mois à travailler avec une grande agence anti doping et ses sportifs, médecins etc. Et « c’est là qu’on comprend l’ampleur du carnage ! Cette idée du sang synthétique ne vient pas de nulle part. Ils l’ont fait avec Amrstrong. C’est l’avenir. Mais je dirai quand même que le génie subsiste, même s’ils sont chargés comme des mules. Car parfois au foot une petite équipe reculée dans sa brousse natale peut battre une grande équipe nationale, ça arrive, il y a encore des gestes de génie. »

Acidulé Qatarina, oui, mais pas amer.

Il ne faut pas se méprendre,
Gabriel Malika aime le Moyen Orient et a finalement une certaine tendresse pour le Qatar…ou tout au moins pour ce qu’il aurait pu devenir : « ils ont bien commencé avec le musée la culture : c’est un beau potentiel. »

« Les Qatari refusent de perdre leur culture, ce qui est tout à leur honneur. »
La culture Arabo musulmane est omniprésente dans Qatarina. Malika se pose en nostalgique de cette Islam qui « allait en Malaisie pour convertir par la culture et l’intelligence. »
« Mon regret c’est que Qatar a une vraie carte à jouer au niveau du rayonnement de la culture. Mais que la coupe du monde les fait dévier de leur trajectoire pour briller trop et trop vite. C’est mon message à travers ce livre»

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Gabriel Malika

Ce qu’on en pense après l’avoir lu : merci Gabriel Malika pour ce beau moment de lecture entre rires et pincements. Que l’on soit d’accord ou non avec la vision fataliste de l’auteur sur le Qatar et la coupe du monde, on ne peut qu’apprécier son approche sans compromis et applaudir le courage d’un écrivain qui semble avoir fait sien le fameux adage : « les mots sont plus tranchants que l’épée ».
On aime cette plume impertinente, précise et acérée de Gabriel Malika, dont on attend le prochain roman avec impatience !

"Qatarina" de Gabriel Malika, disponible chez Culture & Co Dubai: http://www.culturecodubai.net/, tel : +971 4 3573603+971 4 3573603!

Dernière modification le samedi, 28 novembre 2015 13:07
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