Lectures du printemps

Écrit par  Frédérique VANANDREWELT-GRADISNIK 16 MARS 2020
En cette période pour le moins troublée, nous sommes ou serons peut-être appelés à passer un peu plus de temps chez nous que de coutume… C’est le moment où jamais de s’adonner à la lecture. Je vous propose donc de vous plonger dans ces quelques livres qui vous apporteront, je l’espère, toute la sérénité possible pour traverser ce moment particulier et passer un début de printemps en toute quiétude.
 
Les différents héros de nos histoires sont confrontés à des situations exceptionnelles et doivent apprendre à s’adapter pour grandir et avancer.
C’est en particulier le cas des jeunes héroïnes des deux premiers romans de cette sélection.
 
1. De Pierre et d’Os, de Bérengère Cournut
 

« Au loin, les premiers oiseaux migrateurs tournent autour de la Griffe-de-Chien. Le deuil de notre vieille mère nous interdisant de regarder longtemps le ciel ou la mer, nous nous régalons de leur spectacle quelques instants, avant de redescendre - apaisées par la caresse d’un vent léger. »
 

 

 

Bérengère Cournut nous propose un voyage entre songe et réalité sur les pas d’Uqsuralik, jeune-femme inuit séparée de son clan par accident et contrainte de se surpasser pour survivre. Dans un monde cruel et merveilleux, nous assistons à l’épanouissement d’une femme à l’écoute de tout ce qui l’entoure, nature, animaux, humains et esprits.
 
L’auteur parle la langue universelle des sentiments et nous touche avec un récit initiatique d’une grande poésie. On parvient à se sentir proche de ce personnage de femme courageuse qui n’hésite pas à suivre les hommes et à s’imposer pour nourrir son clan. Et si comme moi, vous adhérez à ses croyances quand elle communique avec le géant du dessous des pierres ou l’homme-lumière alors vous  sentirez peut-être la présence de la femme de pierre au caractère d’ours, au nom d’hermine_ Uqsuralik.
 
Son texte est ponctué de chants qui résonnent dans nos têtes comme les incantations chamaniques traditionnelles des descendants du peuple de chasseurs nomades dans l’immensité de l’Arctique. Achevé au cours d’une résidence au Muséum national d’histoire naturelle, ce roman est aussi un hommage rendu à la culture du monde polaire.


Se le procurer à Dubai 

2. Dans la forêt, de Jean Hegland

« Le déficit du gouvernement avait fait boule de neige pendant plus d’un quart de siècle. Nous connaissions une crise du pétrole depuis au moins deux générations.Il y avait des trous dans la couche d’ozone, nos forêts disparaissaient, nos terres arables exigeaient de plus en plus d’engrais et de pesticides pour produire moins de nourriture – mais plus toxique. Il y avait un taux de chômage effroyable, un système d’aide sociale surchargé, et les gens dans les quartiers déshérités bouillaient de frustration, de rage, de désespoir.  »
 

 

Un roman puissant, une histoire de survie dans une ambiance crépusculaire qui ménage des moments de grâce. Nell et Eva voient disparaître leurs parents et font face au déclin de la civilisation dans la maison familiale, au coeur de la forêt, loin de toute vie humaine. Fortes des enseignements de leurs parents, elles s’organisent pour vivre au mieux dans un confinement davantage choisi qu’imposé. Elles apprennent à dompter leurs peurs et à conjuguer leurs talents.

C’est leur aventure que nous raconte Jean Hegland entre passions, rêves et désespoirs; il décrit le cheminement de chacune des sœurs tour à tour fusionnelles et en conflit et nous livre un récit d’apprentissage à la fois tendre, cruel voire même dérangeant tant il explore avec réalisme les tréfonds de l’âme humaine.
La force de ce texte cependant réside dans le message d’espoir qu’il véhicule et on termine sa lecture galvanisés, confiants dans l’espoir d’un avenir meilleur au plus près de la nature et de ses richesses retrouvées.
 
 
Les deux romans suivants mettent en scène deux aventuriers en quête d’idéal.
 
3. Cent millions d’années et un jour, de Jean-Baptiste Andrea
 

« Blanc dehors. Le phénomène tant redouté des alpinistes, le monde soufflé. Le paysage emporté par le vent. Plus d’ombre, plus de relief, plus de haut ni de bas. Juste l’infini, l’égalité blanche dans toutes les directions, la nausée qui vous allonge par terre, les mains qui brassent l’air pour remonter à la surface, à la surface de quoi ? Tout est surface, tout est fond. Tout est pareil, tout est blanc. Le corps virevolte, tourbillonne, chute sans fin dans ce néant. S’allonger. Ne pas bouger, attendre. Attendre la fin du blanc dehors. »
 

 

Stan en est sûr, tout là-haut, quelque part dans la montagne entre France et Italie, le squelette d’un dinosaure l’attend… Stan est paléontologue et il est bercé depuis sa jeunesse par les souvenirs d’un vieux concierge italien surpris par un orage dans sa vallée natale. Leucio racontait s’être réfugié dans une grotte et avoir découvert par hasard les vestiges d’une bête préhistorique.
 
En fin de carrière, le scientifique décide de monter une expédition pour aller au bout de ses rêves. Il ira plus loin encore, au bout de ses forces pour prouver à son père qu’il n’est pas une femmelette, pour retrouver sa mère et Pépin, pour éprouver encore l’amitié d’Umberto et l’entendre prononcer une petite lettre en plus pour l’éternité .
Jean-Baptiste Andrea décrit des paysages à couper le souffle, il exprime toutes les souffrances morales et physiques de ses personnages mais tous leurs espoirs aussi, il raconte les forces et les faiblesses des corps sollicités à l’extrême, les évidences des rapports humains confrontés à l’inexprimable.
 
J’ai suivi Stan, Gio, Umberto et Youri dans la montagne, je me suis laissée gagner par leur fièvre aventureuse et je me suis mise à croire aux mirages…
 
Le récit de Jean-Baptiste Andrea a le souffle des grands romans d’aventure de Frison-Roche ou Herzog, sa plume est précise et lui transmet une force poétique stimulante.
 
 
4. La panthère des neiges, de Sylvain Tesson
 

« Définition de l’homme : créature la plus prospère de l’histoire du vivant. En tant qu’espèce, rien ne le menace : il défriche, bâtit, se répand. Après s’être étendu, il s’entasse. Ses villes montent vers le ciel. « Habiter le monde en poète », avait écrit un poète allemand au XIXe siècle ; c’était un beau projet, un vœu naïf. Il a remporté la partie, songe à son avenir, lorgne sur la prochaine planète pour absorber le trop-plein. Bientôt les espaces infinis deviendront sa vidange. »
 

 

 

On ne présente plus Sylvain Tesson, aventurier des temps modernes, auteur de récits de voyages souvent effectués dans des conditions extrêmes. Ce dernier récit évoque le périple qui l’emmène au Tibet aux côtés du photographe animalier Vincent Munier sur les traces de la panthère des neiges. Il nous livre les tentatives d’approche de l’animal, ses quelques apparitions et surtout, ses états d’âme au coeur d’une nature encore préservée.
 
Marcher sur les traces du félin est l’occasion pour l’auteur d’évoquer le souvenir de sa mère et la perte d’un amour passé. C’est à ces deux femmes qu’il offre en pensée la grâce de la panthère. Comme dans ses récits précédents : Dans les forêts de Sibérie et Sur les chemins noirs, l’auteur observe et décrit son environnement. Yacks, chèvres, antilopes, ânes et chats le font patienter jusqu’à l’apparition tant attendue.
 
Et l’affût sera récompensé par deux fois. Mais, l’essentiel est peut-être ailleurs, dans l’apprentissage de l’oubli de soi, de l’art de se confondre avec la nature, de trouver en soi les ressources nécessaires pour se livrer tout entier à la patience. Et, c’est encore une fois avec lui-même qu’a rendez-vous Sylvain Tesson dans la blancheur des hauts plateaux du Chang Tang, à 5000 mètres d’altitude où il nous invite à suspendre le temps pour écouter un long chant d’amour à la nature et à la vie.
 
 
Prenez soin de vous et lisez sans modération, une bonne façon de s’évader un peu et d’explorer de nouveaux horizons.
 
N’oubliez pas de vous inscrire à notre Newsletter du Jeudi pour recevoir toutes nos actus et suivez-nous sur Instagram ou Facebook !
 
  
Dernière modification le mercredi, 08 juillet 2020 10:24
  1. Les + lus
  2. Les + récents