Lectures de printemps

Écrit par  Frédérique VANANDREWELT-GRADISNIK 22 AVRIL 2019
« Y’a d’la joie… » ! Ce matin, j’ai vu la première hirondelle et me suis prise à fredonner la joyeuse ritournelle de Charles Trénet . Je me suis dit aussi qu’il était temps de prendre la plume pour vous présenter mes lectures du printemps… 
 
Mon roman « coup de cœur »
Ouvrir un roman d’E-E Schmitt, c’est la promesse d’un voyage en poésie. Si vous avez aimé Oscar et la dame en rose et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, vous vous plongerez avec plaisir dans son dernier récit.
 
1. Félix et la source invisible de E-E Schmitt
 

« Maman pointait le doigt vers un baobab colossal, massif, ventru, aussi large que haut, si puissant qu’on avait l’impression qu’il avait été posé sur cette terre rousse plusieurs millénaires avant par des titans. » 

 

Félix vit depuis sa naissance à Belleville où sa mère, figure pittoresque du quartier tient un bistrot à son image. Fatou est une maîtresse femme qui n’a jamais eu besoin d’homme. Félix, aux dires de sa mère, est le fils du Saint-Esprit et elle l’a élevé seule , attentive à faire coïncider son destin avec le sens étymologique du prénom qu’elle lui a donné. Félix, c’est son « chef d’œuvre » !
Mais un jour, Fatou cède la place à son ombre, elle a perdu toute sa joie de vivre et même Félix ne parvient plus à lui arracher un sourire. Désespéré, il décide de tout tenter pour la sauver quitte à remonter aux sources du mal. 
 
 
Des romans « de la vie parisienne »
 
2.Première Dame de Caroline Lunoir 
 

« Je pense que Paul va gagner et j’ai de la peine pour toi. La présidence, c’est une dope dont on ne se sèvre pas. »

« J-89 (Mardi 22 janvier). C’était l’aube et j’ai pris la route pour C. Je me suis saoulée de bitume avec La Callas qui pleurait la douleur de Violetta, plein l’habitacle. Dehors, le monde était figé par le givre, comme mon cœur glacé. »

 
Un premier roman prometteur qui dresse le portrait de celle que l’on appelle aujourd’hui la première dame. L’épouse du chef de l’état n’a pas de rôle précis mais elle est en première ligne. Caroline Lunoir s’intéresse à Marie, chroniqueuse de la campagne présidentielle de son mari. 
Sous les ors de la république, une potentielle première dame s’efforce de « tenir ».
Il y a du Valérie Trierweiler, du Cécilia Sarkozy, du Bernadette Chirac aussi derrière cette femme qui accompagne son candidat de mari jusqu’à l’ultime marche du podium. On vit la campagne de l’intérieur au fil du journal de la narratrice qui y couche ses espoirs, ses craintes, ses désillusions et ses colères.
Mais il y a aussi toutes les femmes qui ne seront jamais premières dames et qui cependant mènent les mêmes combats pour rester elles-mêmes avant d’être les épouses de leurs maris ou les mères de leurs enfants.
L’écriture est simple et vraie, l’histoire est familière mais le point de vue est nouveau et on adhère !
 
 
3. Kiosque de Jean Rouaud
 

« Ces déferlantes de vies dont chacune avait de quoi nourrir un ou plusieurs romans, qui toutes étaient des leçons et permettaient de placer sa petite histoire sur la grande scène du monde en relativisant son chagrin à l’aune de drames infiniment plus grands (…) »

 
Un livre qui tient plus du témoignage que du roman dans lequel Jean Rouaud décrit une société qui n’existe plus et nous alerte sur l’urgence de protéger ces monuments parisiens que sont les kiosques à journaux. 
 
Dans les années quatre-vingt, rue de Flandre dans le dix-neuvième arrondissement, il y avait un kiosque et dans ce kiosque, pendant sept ans il y avait un écrivain qui , un jour, serait le lauréat du prix Goncourt avec son roman, Les Champs d’Honneur (1990).
Aujourd’hui, il fait la chronique de ces années d’apprentissage au contact des gens de la rue dont il fait des portraits sensibles, attachants et hauts en couleurs. Immigrés de partout, passionnés de courses hippiques ou de patrons Burda, lecteurs attitrés de leurs journaux, artistes ratés,  tous constituent le petit monde du kiosque et participent au charme pittoresque du quartier.
L’actualité nourrit les conversations des habitués qui, sans se connaitre ont pourtant l’habitude de se croiser et échangent dans cet espace cosmopolite. D’horizons divers, ils partagent une étape quotidienne, essentielle pour certains d’entre eux. 
L’auteur mêle avec poésie portraits, conversations et introspection et le lecteur retrouve l’atmosphère des débats presque oubliés de ces années-là.
 
 
Des romans « de la mémoire »
 
4. Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux de Martha Hall Kelly 
 

 « - Mais c’est naturel après tout, Père adorait le fait qu’un lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux.

Caroline tendit la main et repoussa les cheveux tombés sur mon front avec douceur. Combien de fois ma mère avait-elle eu exactement le même geste ?

- C’est un miracle, toute cette beauté qui émerge après tant d’épreuves, vous ne trouvez pas ? »
Tous les personnages sont inspirés de personnes réelles à une exception près et la précision du propos rend ce premier roman captivant. Il a fallu trois ans à Martha Hall Kelly pour écrire l’histoire des « lapins » de Ravensbrück, cobayes des médecins SS.
On ne parvient pas à se détacher de ce roman captivant.
Nous suivons les destins de Kasia Kuzmerick, jeune résistante polonaise, déportée avec sa mère et ses sœurs ; de Herta Oberheuser, allemande, étudiante en médecine enrôlée pour servir son pays à Ravensbrück et de Caroline Ferriday, actrice américaine, dévouée aux orphelins français, victimes de la guerre.
Chaque chapitre est consacré alternativement à chacune de ces  femmes des deux côtés  de l’océan et nous attendons le moment où leurs routes peut-être se croiseront ...
De New-York à Paris, de l’Allemagne à la Pologne, ces femmes nous montrent de quoi elles sont capables face aux désastres mais aussi aux miracles de la guerre. Elles nous rappellent comment la vie prend un sens nouveau et insoupçonné dans les moments les plus tragiques de nos histoires communes.
L’écriture prend alors un souffle épique pour exprimer les sentiments les plus forts.
 
 
5. Charlotte de David Foenkinos 
 

« La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu.

J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte.
Je connaissais ce que je découvrais. »
Charlotte Salomon est morte à Auschwitz le 10 octobre 1943 à 26 ans en  laissant derrière elle une œuvre picturale prometteuse.
David Foenkinos la découvre par hasard au détour d’une exposition qui l’a bouleversé. Il mène alors une longue recherche et nous livre non seulement l’ histoire de cette femme mais aussi l’ enquête passionnée qu’il a menée pour pouvoir nous l’offrir.
On le sent habité par cette héroïne qui occupait son esprit bien avant qu’il ne le réalise et couche son histoire sur le papier comme un long poème qu’elle lui aurait susurré à l’oreille. 
Son hommage empreint d’admiration, de respect et d’amour  ne peut laisser indifférent.
Charlotte grandit dans une famille aisée de la communauté juive berlinoise. On lui cache le suicide de sa mère alors qu’elle n’a que neuf ans. Elle vivra alors entre son père, médecin et sa belle-mère, la chanteuse lyrique, Paula de Lindberg dans une atmosphère de mensonges entretenus également par ses grands-parents. 
Touchée par les lois anti-juives, elle doit quitter l’Académie des Arts où son talent est remarqué . Il lui faut pourtant fuir son pays et rejoindre ses grands-parents en France où elle sera confrontée  à la sombre vérité  familiale. 
Mariée et enceinte, elle sera dénoncée,  arrêtée et déportée.
Conçu comme un long poème en prose, ce texte qui tient de la biographie, du récit et de l’hommage réussit à nous communiquer la passion de l’auteur pour son héroïne et pour sa peinture.
 
 
Bonne lecture !
 
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Dernière modification le dimanche, 23 juin 2019 09:02
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