A visiter : l’exposition « The Nobel Prize in Literature » à La Mer !

Écrit par  Frédérique VANANDREWELT-GRADISNIK 19 FEV 2019
Quels sont les points communs entre Rudyard Kipling, Ernest Hemingway, Claude Simon, William Golding, Selma Lagerlöf, Sigrid Undset, Svetlana Alexievich, François Mauriac, Albert Camus, Gabriel Garcia Marquez, Toni Morrison pour ne citer qu’eux et Naguib Mahfouz ? 
Vous avez trouvé ? Non ? Alors rendez-vous à La Mer Central pour visiter l’exposition « The Nobel Prize in Literature », en mémoire de Naguib Mahfouz, premier écrivain arabe à l’avoir reçu en octobre 1988.
 
C’est l’occasion pour découvrir ou relire des auteurs récompensés par ce prix qui célèbre chaque année un écrivain ayant, selon le testament du chimiste suédois Alfred Nobel, « fait preuve d’un puissant idéal ».
L’exposition est organisée autour de huit pôles traitant chacun d’un thème spécifique et mettant à l’honneur quatre auteurs et quatre de leurs œuvres respectives. J’ai donc choisi de vous présenter le prix Nobel phare de chacun de ces pôles dont le texte est illustré par une œuvre d’art. Plusieurs artistes de nationalités diverses ont en effet été invités à produire des illustrations ; Zim et Zoé pour la France, Manal Adowayan d’Arabie Saoudite, Kabuki Harada pour le Japon et Nix and Gerber de New York.
 
La Paix
 
 
« La mort est la chose la plus juste au monde. Personne n’y a jamais échappé. La terre prend tout le monde, le gentil, le cruel, les pécheurs. »                                         
Svetlana Aleksievitch (Prix Nobel 2015 Biélorussie)
 
Svetlana Aleksievitch écrivaine et journaliste russophone a beaucoup écrit sur les conflits soviétiques et post-soviétiques à travers les anonymes qui les ont traversés.
Dans La guerre n’a pas un visage de femme paru en URSS dans les années 80, elle évoque le rôle des femmes dans la seconde guerre mondiale à travers des témoignages poignants, qu’elles soient médecins, infirmières, simples soldates, tireurs d’élite, capitaines de corvettes ou pilotes d’avion… Toutes font le récit de vies difficiles à l’arrière ou au front qui ont laissé des séquelles mais leur ont cependant permis de faire preuve d’un patriotisme admirable. Svetlana Aleksievitch transcrit avec justesse et sans concession la souffrance quotidienne à la limite du soutenable, le courage infaillible de ces combattantes émérites.
Une œuvre dont l’humanité touche en profondeur et ne laisse pas indemne !
 
La Condition Humaine
 
 
« L’écrivain sait probablement ce qu’il voulait dire quand il a écrit un livre, mais il devrait immédiatement oublier ce qu’il voulait dire quand il l’a écrit. »                     
William Golding (Prix Nobel 1983 Royaume Uni)
 
William Golding livre dans Sa Majesté des Mouches une réflexion pessimiste sur l’humanité à travers l’observation du fonctionnement d’un groupe d’adolescents naufragés sur une île du Pacifique. Echoués au milieu du Pacifique ils doivent s’organiser sans adultes et très vite ils élisent un chef. Jack est un dominant à la forte personnalité mais c’est le gentil Ralph, conseillé par le plus cérébral du groupe, Piggy qui est élu. S’en suivent alors une série de conflits qui laissent s’exprimer les aspects les plus sombres de la nature humaine. Le culte de la force incarné par Jack, devenu le chef du clan des chasseurs l’emporte sur la raison prônée par Ralph et son conseiller, impuissants. 
William Golding illustre dans ce roman, estampillé jeunesse en dépit de sa dureté, la fragilité de la démocratie face à la violence. 
J’ai relu ce roman avec beaucoup d’intérêt car il est avant tout un magnifique roman d’aventure qui nous tient en haleine même quand on en connait la fin tragique.
 
Les contes de fées
 
 
« La vie et la nature sont dures. Elles apportent courage et joie comme contrepoids contre leur propre dureté, ou personne ne pourrait les supporter... »                           
Selma Lagerlöf (Prix Nobel 1909 Suède)
 
Selma Lagerlöf est la première femme à obtenir le prix Nobel de littérature pour une œuvre très ancrée dans les paysages, la culture et l’imaginaire suédois. Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson, une œuvre de commande pour l’enseignement de la géographie dans son pays est davantage  un conte voire un conte philosophique qu’un simple manuel. 
On y découvre un garnement de quatorze ans moqueur et irrespectueux, transformé en minuscule bonhomme par un lutin pour le punir de sa méchanceté. Alors que l’une de ses oies veut rejoindre ses congénères pour migrer, Nils est emporté par l’oiseau. Il découvre son pays, sa faune et sa flore, ses villes et leurs habitants et revient métamorphosé.
Récit initiatique, ce conte empreint de valeurs morales ne peut que séduire jeunes et moins jeunes lecteurs.
 
La Vie
 
 
« Le seul moyen d’affronter un monde sans liberté est de devenir si absolument libre qu’on fasse de sa propre existence un acte de révolte »                                              
Albert Camus (Prix Nobel 1957 France)
 
Il n’est peut-être pas de plus grand hymne à la vie que ce magnifique roman d’Albert Camus. La Peste, premier livre du cycle de la révolte, est une chronique de la résistance contre la Peste, épidémie qui sévit dans la ville d’Oran en 194.Le docteur Rieux combat la maladie au risque de sa vie dans la ville fermée en proie au fléau. Il combat aussi l’ignorance et l’inefficacité de l’administration, le caractère inhumain de la justice, l’aveuglement de la presse, la manipulation de l’information et les excès de la religion. Il suffit de compléter la date dans le journal du docteur pour comprendre qu’il évoque une autre Peste toute aussi meurtrière que la précédente et qui laissera des stigmates impossibles à effacer pour les générations suivantes. Le message de Camus n’en reste pas moins positif puisque la révolte peut permettre à l’homme de surmonter les épreuves au fil du temps.
Lire Camus, c’est sans aucun doute donner du sens à nos existences, c’est peut-être aussi …si nécessaire… retrouver foi en l’homme.
 
La Famille
 
 
« La mémoire du cœur élimine les mauvais souvenirs et magnifie les bons… »
 Gabriel Garcia Marquez (Prix Nobel 1982 Colombie)
 
Gabriel García Marquez plonge le lecteur au cœur du réalisme magique avec une histoire fascinante dans Cent ans de solitude. La famille Buendia, du village imaginaire de Macondo est condamnée à vivre cent ans de solitude pour un horrible pêché. Coupé de tout, le village sera le théâtre de la destinée de cette famille maudite sur sept générations. Nous assistons à l’évolution du village, véritable allégorie de l’histoire de l’humanité. Confrontée à toutes les ambitions et à tous les tourments de l’existence, la famille Buendia devient le symbole d’un éternel recommencement.
On s’accorde pour considérer cet imposant roman comme le chef d’œuvre de son auteur qui y transfigure la réalité par l’allégorie et l’imaginaire.
Et cette fresque tumultueuse propose en effet une réflexion sur la solitude existentielle de l’homme qui ne peut pas laisser le lecteur indifférent.
 
La Tolérance
 
 
« S’il y a un livre que vous voulez lire, mais qui n’a pas encore été écrit, vous devez l’écrire »
Toni Morrison (Prix Nobel 1993 USA)
 
Premier roman de Toni Morrison, L’œil le plus bleu est un texte engagé qui aborde des questions brûlantes comme le racisme, le viol et l’inceste dans l’Amérique ségrégationniste des années 40. Dans une petite ville de l’Ohio vivent deux sœurs à la peau noire confrontées à la dure réalité de l’époque. A travers quatre parties qui recouvrent les quatre saisons, l’auteur raconte le quotidien de Claudia et Frieda, bientôt rejointes par Pecola dont la famille est à la rue. Pecola, persuadée d’être laide, rêve de ressembler à Shirley Temple et d’avoir les yeux les plus bleus du monde pour être enfin aimée. 
Dans l’histoire des parents, Toni Morrison cherche les germes des tristes destinées de leurs enfants. Le drame est inévitable dans une société déchirée par la haine raciale mais aussi sexiste. Tous les thèmes développés dans l’œuvre de Toni Morrison sont déjà présents dans ce roman poignant pétri de souffrance et de révolte. 
 
La Ville
 
 
« Si l’urgence d’écrire venait à me quitter, je voudrais que ce jour soit le dernier »
Naguib Mahfouz (Prix Nobel 1988 Egypte)
 
Naguib Mahfouz, auteur de plus de cinquante romans et recueils de nouvelles est à l’honneur dans cette exposition, en particulier dans la rubrique consacrée au thème de la ville. En effet, l’action de Passage des miracles se situe comme celle des autres romans de sa pentalogie réaliste, publiés entre 1945 et 1957, au Caire, ville chérie devenue un personnage à part entière. Il décrit dans ce roman choral la vie quotidienne d’une ruelle du quartier de Hkan al-Khalili. Chaque chapitre est dédié à un personnage et leurs histoires se mêlent pour dépeindre une société fermée encore, entre tradition et modernité où les uns s’accrochent à un passé qui les rassure quand d’autres rêvent à un futur plein de promesses d’ailleurs. Ces divergences de points de vue entrainent des conflits de générations qui donnent toute son épaisseur à la peinture du Passage des Miracles.
On a coutume d’appeler Naguib Mahfouz le Zola du Nil pour son réalisme social qui à l’instar de son illustre prédécesseur permet aux lecteurs d’aujourd’hui d’appréhender et de comprendre une époque révolue, celle de la présence britannique en Égypte en ce qui concerne le premier prix Nobel arabe de littérature  
 
L’Amour
 
 
« C’est bien de ne pas oser faire ce vous ne trouvez pas juste. Mais ce n’est pas bien de ne pas trouver juste ce que vous n’osez pas faire. »
Sigrid Undset (Prix Nobel1928 Norvège)
 
C’est pour sa trilogie médiévale Kristin Lavransdatter que Sigrid Undset fut distinguée. Dans ces trois romans, Kransen (La Couronne), Husfrue (La Femme fidèle) et Korset (La Croix) publiés entre 1920 et 1923, elle décrit avec une grande rigueur historique la vie en Norvège, au Moyen-Age. Son héroïne, fille d’un gros fermier s’oppose à son père en refusant d’épouser celui qu’il lui destine et se donne au chevalier de son cœur. Epouse et mère à 17 ans, elle se trouve à la tête du domaine de Husaby qu’elle dirige avec talent. Repoussée par ses fils puis par son mari, elle se retrouve seule face à la nature, à elle-même et à sa foi.
Sigrid Undset, engagée dans le combat pour l’émancipation, fait un portrait de femme passionnée, forte et tragique.
 
L'EXPO
Cette exposition organisée par The Mohammed bin Rashid Al Maktoum Knowledge Foundation porte bien son titre : « Sharing Worlds », fidèle à la philosophie cosmopolite des Nobel.
Il n’est pas trop tard pour vous précipiter à La Mer Central et participer à cet événement qui permet à tous y compris les plus petits d’exercer leurs talents de lecteurs, d’écrivains et de poètes en herbe.
Dates : jusqu’au 3 mars du dimanche au jeudi de 9h à 22h et le vendredi de 14h à 22h
 
LE PRIX NOBEL EN QUELQUES CHIFFRES
110 prix Nobel depuis 1901 
114 lauréats (4 prix partagés) dont 14 femmes seulement ! 
Le plus jeune auteur distingué : Rudyard Kipling à 41 ans en 1907
La plus âgée : Doris Lessing à 88 ans en 200
 
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Dernière modification le jeudi, 21 février 2019 07:10
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