Noël : notre sélection de livres à mettre sous le sapin !

Écrit par  Frederique VANANDREWELT 20 NOV 2017
Comment choisir parmi les 581 romans parus cet automne ? Au feeling comme toujours, à cause du nom de l’auteur, du titre ou de la première de couverture… J’essaie de ne pas lire les critiques, histoire de poser un regard neuf sur les textes que j’ai choisi de vous présenter.
Quelle meilleure occasion que les fêtes de fin d’année (et donc d’un retour au pays) pour se faire offrir l’un ou plusieurs de ces ouvrages ? Aucune excuse pour ne pas bouquiner cet hiver sur la plage !
 
Amélie Nothomb et Philippe Besson font partie des élèves réguliers et attendus de la rentrée, on mise sur le cru 2017. Véronique Olmi et Chantal Thomas moins prolifiques peut-être n’en restent pas moins des éléments moteurs de la classe littéraire.
Tous ont été, à plusieurs reprises récompensées. Amélie Nothomb a reçu entre autres le Grand prix du roman de l’Académie Française pour Stupeur et Tremblements en 1999, Philippe Besson, celui de La Maison de la Presse en mai dernier pour Arrête avec tes Mensonges. Véronique Olmi est lauréate du prix du roman Fnac 2017 avec Bakhita et Chantal Thomas a reçu en 2014, le Grand Prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre.  
 
Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb
Frappe-toi le coeur
C’est le titre du dernier roman d’Amélie Nothomb « Frappe toi le cœur » qui a attiré mon attention… la suite de la citation d’Alfred de Musset m’est venue à l’esprit « (…) c’est là qu’est le génie. C’est là qu’est la pitié, la souffrance et l’amour. » Intriguée, j’ai cédé à la tentation et dois avouer que cette fois encore, elle m’a menée par le bout du cœur ! 
 
« C’était donc cela, le sens, la raison d’être de toute vie : si l’on était là, si l’on tolérait tant d’épreuves, si l’on faisait l’effort de continuer à respirer, si l’on acceptait tant de fadeur, c’était pour connaître l’amour. »
L’auteur utilise un ressort de la tragédie bien connu, la jalousie. Or, il ne s’agit pas ici de la jalousie entre deux amants ou deux amis ; Marie envie Diane, son bébé, sa fille. Peut-être lui reproche t’elle d’avoir mis fin à son règne, celui de la plus belle fille de sa province, convoitée par tous les garçons, enviée par toutes les filles, idolâtrée par ses parents. Mère très jeune, trop jeune par inadvertance, mariée à un beau parti plus par orgueil que par amour, elle se voit voler la vedette par la petite Diane, victime innocente et trop vite consciente de son infortune. L’enfant à qui l’auteur prête sa voix excuse sa mère, lui trouve toutes les circonstances atténuantes jusqu’à ce qu’elle soit confrontée à la suprême injustice.
 
L’écriture est précise et aucune fioriture ne vient alourdir un texte d’une grande efficacité. Marie, au prénom évocateur tient à la fois de la marâtre des contes de fées et de la Madame Bovary de Flaubert mais c’est le point de vue de l’enfant qui est ici présenté et les conséquences du rejet maternel qui sont analysées.Amélie Nothomb nous fait vibrer face à des personnages réalistes dans leur cruauté, leur passivité ou leur souffrance finalement ordinaires.
 
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Un personnage de roman, Philippe Besson

Un personnage de roman

Philippe Besson ne m’a jamais déçue, j’ai pourtant hésité devant un texte que je craignais plus proche du panégyrique que du roman malgré, ou peut-être à cause de son titre. Je n’ai cependant pu résister à l’envie de découvrir l’épopée présidentielle à travers le regard de l’auteur d’Un garçon d’Italie.
 
« Je me souviens qu’il a appelé son mouvement : En marche ! Et que cette injonction est tirée de Vol de nuit, le roman de Saint-Exupéry. »
 
L’histoire, on la connait, un jeune ministre s’affranchit de sa fonction et de son président le 30 août 2016 à l’aube des élections présidentielles ; contre toute attente, il franchit les obstacles et parvient au sommet de l’état. On ne peut pas être davantage dans la réalité…
Or Philippe Besson se targue d’écrire un roman et en effet, sous sa plume, Emmanuel M comme il le désigne a tout du héros romanesque. Soutenu par une femme d’exception à leurs yeux à tous les deux, il fait face aux adversités, surmonte les difficultés avec une détermination impressionnante. Ainsi, après de nombreuses péripéties, il remportera l’objet de sa quête. Sa campagne tient de l’épopée dont elle réunit tous les ingrédients et l’auteur nous fait petit à petit partager une fascination d’autant plus forte qu’elle est consciente.
 
On trouvera bien au détour d’un chapitre quelque anecdote, quelque propos privé, quelque détail des coulisses dont les lecteurs raffolent mais l’essentiel n’est pas là. C’est sur la nature de son travail que s’interroge l’auteur, sur cette subjectivité qui devient vite suspecte lorsque l’on s’intéresse à un personnage en vue. Et ce faisant, il nous livre un texte d’une grande sincérité où réalité et fiction s’entremêlent pour livrer une vision humaine et lucide non seulement de l’homme mais aussi du couple présidentiel. Nul besoin donc d’adhérer à la politique d’Emmanuel M pour apprécier ce journal de campagne qui nous introduit au cœur de la conquête et nous livre également la genèse de son écriture.
Finalement, Besson avoue avoir « abdiqué sa neutralité » face à un président dont le rêve était de devenir écrivain…
 
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Bakhita, Véronique Olmi
Bakhita
Bakhita, personnage éponyme du roman de Véronique Olmi pourrait être cette jeune-femme sur la couverture qui dégage à la fois une force inouïe et une douceur sans fin. C’est justement en découvrant son portrait lors de la visite de l’église dont elle est la patronne en Touraine que l’auteur a été subjuguée et a décidé de retracer l’extraordinaire parcours de cette femme exceptionnelle, morte le 8 février 1947 et canonisée par le pape Jean-Paul II en 2000.
 
« Elle garde en elle, comme un hommage l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre. »
 
Véronique Olmi raconte une histoire vraie, celle de  Bakhita née en 1869 à Olgossa, village du  Darfour dans une famille de onze enfants. Elle est enlevée par des négriers à l’âge de sept ans comme l’a été sa sœur aînée avant elle, arrachée à une vie heureuse au sein de sa tribu. Elle découvre l’horreur sur la longue route qui la conduit au marché des esclaves. Traumatisée par les mauvais traitements subis, elle oublie son nom et ses ravisseurs la nomment Bakhita, « la chanceuse ». Mais jamais elle n’oubliera  la chaleur et la musique de la voix de son père, ni l’odeur de mil, de sucre et de lait de sa mère Elle connait alors le triste sort des esclaves, vendue et revendue, elle passera de mains en mains, de tortionnaires en tortionnaires, elle connaitra toutes les violences avant d’être rachetée par le consul d’Italie à Khartoum en 1883.
Véronique Olmi nous transporte dans l’odyssée de Bakhita, de l’esclavage à la liberté dans une première partie puis de la liberté à la sainteté. Elle dresse le portrait d’une petite fille meurtrie qui puise dans l’amour originel la force de faire face à un destin tragique pour le muer en destin d’exception.  On comprend à l’issue de cette lecture que Véronique Olmi ait vécu deux ans par et pour Bakhita dont la force d’amour et de miséricorde nous accompagnera longtemps.
 
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Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas

Bakhita
 
Dernier clin d’œil aux vacances passées, la couverture de Chantal Thomas, Souvenirs de la marée basse, arbore une tente rayée bleu et blanc sur une plage de sable blond. D’abord séduite par la carte postale, j’ai aimé un récit profond, celui d’une relation mère-fille difficile, exigeante et formatrice en bordure d’océan.
 
« J’ai envie d’être déjà rentrée, déjà prise par une musique d’écriture, continuant de contempler le rideau de pluie et, à travers lui, bien au-delà, ma mère en train de nager, seule, inaccessible, touche minuscule dans l’immensité bleue, point quasi imperceptible, imperceptible en vérité, sauf au regard de ma mémoire »
 
Chantal Thomas nous entraîne de rivage en rivage tout au long de son roman. D’Arcachon à Villefranche-sur-Mer, du Cap Ferrat au Cap Ferret, c’est le goût de nager qui relie Chantal à Jackie, la fille à la mère. 
Jackie est un mystère pour Chantal, elle la raconte pourtant à travers ses rituels aquatiques, démonstrations d’indépendance, sources inépuisables de jouissance. Le livre s’ouvre sur le bain osé dans le Grand Canal à Versailles par Jackie adolescente et se poursuit avec son immersion quotidienne, enceinte, dans le lac de Paladru, « le lac bleu ». Peut-être que la complicité des deux nageuses nait à ce moment-là, précieux, partagé entre la mère et l’enfant à venir.
Chantal Thomas se raconte aussi au bord de l’océan qui l’apaise, la nourrit et la stimule. Elle fréquente les mêmes rivages que sa mère dont la silhouette sportive et élégante l’accompagne, elle égrène les souvenirs communs. On passe d’un chapitre à l’autre, des maillots de bain de Chantal « qui collent exactement à son corps » au bonnet de bain « à fleurs de marguerites » de Jackie ; vignettes tendres et graves pour peindre l’enfance.
 
Chaque chapitre est un fragment de la vie de l’auteur et de sa famille et la première partie se clôt avec le dernier été, celui d’avant la mort du père. On vogue alors vers « d’autres rivages », de Menton à Manhattan, mère et fille sont séparées par mer et océan mais s’envoient des cartes postales comme autant de baisers. Lorsqu’elles se retrouvent, c’est pour nager.
 
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Dernière modification le jeudi, 23 novembre 2017 19:05
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