Habituellement, c’est avec leurs clichés que les grands photojournalistes ont l’habitude de faire la couverture des magazines ! Aujourd’hui c’est leur agence qui fait la une de la presse… En question, les redressements judiciaires et autres fusions-acquisitions dans le secteur. Retour sur ce qui a fait le passé glorieux de la photographie humaniste en général, et de la photographie de presse en particulier. La photographie de presse informe, rend compte d'un événement et fait sens du monde par l'image. A son apogée dans les années 1970-1980, elle est représentée par Henri Cartier-Bresson et Raymond Depardon. Ces photographes humanistes  ont laissé un héritage très fort et ont conditionné toute une façon de voir le monde. Les pères fondateurs de la photographie humanisteTout le monde a en tête les photographies emblématiques de la guerre au Vietnam, du républicain espagnol de Robert Capa fusillé net les bras en croix, en 1936. Sacré par le Picture Post comme « le plus grand photographe de presse du monde » pour son travail en Espagne, Capa deviendra une figure légendaire du reportage photographique. Il fondera par la suite avec Henri Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger, l'agence coopérative Magnum dont il sera le président. Fondée sur une tradition de photographie humaniste engagée, l'agence existe toujours aujourd'hui. Robert Capa mourra en reportage en Indochine, victime de l'explosion d'une mine en 1954. Celui qui disait « Si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'étais pas assez près » est mort de vouloir trop saisir l'instant. Quelques successeursD’autres noms se sont ajoutés à ces photoreporters mythiques. Des gens comme Raymond Depardon, James Nachtwey, Sebastião Salgado ou encore Stanley Greene sont ce que l'on appelle des « photographes engagés ». Exposés régulièrement, ces reporters sont aujourd'hui les dignes représentants de la photographie d'information actuelle. Raymond Depardon, fondateur de l'agence Gamma avec Caron, a notamment fait de superbes photos sur le Chili d'Allende pour lesquelles il a reçu le prix Robert Capa et mène une carrière de cinéaste en parallèle. Ramenés d'Afghanistan, de Bosnie, de Tchétchénie, du Rwanda, de Roumanie, du Kosovo, de Somalie, du Sud Soudan, de New York ou de Palestine, les photos de James Nachtwey jouent toutes d'une esthétique visuelle dramatisante. La démarche de Nachtwey est de témoigner de la douleur qu'il rencontre dans les pays en guerre et de la montrer afin que chacun en prenne conscience et ne soit pas indifférent aux souffrances que certains peuvent vivre. Les images de Salgado sont à part. Souvent critiqué pour le soin et l'esthétisme qu'il met pour photographier la misère humaine, il se distingue par ce désir de faire de « belles » photos. Autant dans leur contenu esthétique et informationnel que sémiologique. Stanley Greene, quant à lui, a photographié pendant 10 ans la guerre en Tchétchénie. Ces photos sont réunies dans le livre intitulé « Plaie à vif ». Toutes ces photographies sont le résultat d'un long travail sur l'image et du désir intense des photographes de témoigner et de rapporter ce qu'ils ont vu. Une éthique de l'engagementD'autres photographes, moins connus aujourd'hui, apparaissent sur la scène de l'information. Lizzie Sadin, Philip Blenkinsop, Eric Dexheimer, Jane Evelyn Atwood et Guillaume Herbaut entre autres, en font partie. A travers le regard de ces photographes, nous sont présentés des événements tragiques comme la violence qui est faite aux Hmongs, au Laos, qui depuis plus de 25 ans, abandonnés de tous, vivent cachés dans des conditions d'extrême pauvreté dans les forêts laotiennes. La condition des femmes (en prison et les violences conjugales), les banlieues, la guerre en Irak, les réfugiés climatiques, la Palestine, le Rwanda, ou Tchernobyl sont aussi largement traités par la photo d'actualité.Tous ces photographes travaillent dans des conditions économiques extrêmement difficiles mais n'en demeurent pas moins les témoins de l'Histoire et proposent avec leurs images les derniers tableaux. « Photographie et engagement, un pari nécessaire et utile pour parler du monde et l'aimer », disait Depardon.Aujourd’hui se pose la question de l’avenir du métier de photojournaliste avec la mondialisation des moyens de communication et leur concentration au sein de quelques grands groupes internationaux. L'âge d'or du photojournalisme se terminerait et pourtant, celui-ci n'a jamais été tant courtisé par le grand public, les médias, les festivals et les milieux culturels. Depuis plus de dix ans, les nouvelles technologies et l'apparition du numérique ont redéfini les pratiques de la profession. De profonds changements se sont opérés dans les domaines de la production, de la diffusion et de la consommation de la photographie d'information. Le photojournalisme est à la croisée des chemins, néanmoins, de jeunes agences telles que l'Agence VII, MYOP, L'Oeil Public ou Tendance floue continuent à l'inscrire dans l'histoire en lui faisant don d'un nouveau chapitre.Pour prolonger la découverteWar Photographer Réalisateur : Christian Frei Sortie en DVD : 2003 Un film sur le photographe américain James Nachtwey, sur ses motivations, ses peurs et son quotidien de grand reporter. Christian Frei, auteur, réalisateur et producteur suisse, part sur les traces du grand reporter dans les régions chaudes d'Indonésie, du Kosovo, de Palestine… Christian Frei utilise des micros caméras spéciales fixées sur l'appareil de James Nachtwey. Nous accompagnons un photographe célèbre dans sa quête de « l’instant de vérité ». Nous entendons sa respiration. Le spectateur devient le témoin immédiat de la recherche d'une image de guerre.http://www.war-photographer.com/La beauté à outrance : réflexions sur l’abus esthétiqueAuteur : Jean Galard Editeur : Actes Sud Parution : 02/11/2004 Parmi les images de violence, de ruine et de mort dont le photojournalisme est l'inlassable pourvoyeur, certaines sont belles. Quelques-unes semblent trop belles : on leur reproche d'utiliser la misère du monde au bénéfice de l'art, de tirer parti de la souffrance, de miser sur l'effet esthétique du malheur et sur la beauté du désastre. Les reporters, de leur côté, se disculpent en assurant qu'ils n'ont pas cherché à faire de l'art, qu'ils ont simplement voulu témoigner de ce qu'ils ont vu. Dans cette justification, comme dans cette critique, il se peut que les uns et les autres n'aient pas de l'art une idée très juste. Cet essai ravive des questions esthétiques qu'on pourrait croire éteintes, l'abstraction les ayant exténuées. Il les aborde en se référant à des aspects paradoxaux de l'art contemporain aussi bien qu'à des œuvres anciennes, au théâtre autant qu'au cinéma documentaire. Il choisit d'affronter des cas aigus, notamment celui de certaines photographies troublantes et controversées, qu'on trouve dérangeantes parce que leur beauté, sans doute, paraît elle-même déplacée.Arnaud HUMBERTPhotographeEmail : emailProtector.addCloakedMailto("ep_3386f640", 1);Website : http://www.arnaudhumbert.com  
Funeste été 2009. Deux des plus grandes figures des arts du spectacle tirent leur révérence. Le 30 juin dernier, Pina Bausch est partie brusquement à l’âge de 68 ans, tandis que Merce Cunnigham décédait le 27 juillet, alors qu’il venait de célébrer ses 90 ans. Tous deux ont été à l'origine d'une immense révolution, non seulement dans le milieu de la danse, mais aussi dans le monde du théâtre. À travers son regard tendre, la chorégraphe allemande de Wuppertal dépeignait l'être humain toujours vulnérable et torturé, en perpétuelle quête d'amour. Le chorégraphe new-yorkais, père de la danse postmoderne, a contribué au renouvellement de la pensée de la danse dans le monde. Il a définitivement changé notre regard sur le mouvement, l'espace et l'art. Pina Bausch, figure de proue de la danse allemande, n'hésitait pas à réduire le mouvement à sa plus simple expression pour mieux « inventer un langage pour ce qui ne pourrait pas être exprimé d'une autre manière ». La chorégraphe travaillait non pas sur des pas bien définis, mais par rapport à l’anatomie du corps de chacun et aux possibilités qui lui sont données. Elle interrogeait ses danseurs pendant tout le processus de création et creusait la vie de chacun pour les faire danser. Ses thèmes de prédilection étaient des dénonciations en bonne et due forme sur les codes de la séduction, la solitude dans le couple et la relation hommes-femmes. C'était finalement une vision très pessimiste qui s'exprimait par de petits gestes anodins répétés sans cesse jusqu'à devenir insupportables ou par l'accumulation de danseurs sur scène. Ses spectacles mêlaient la parole et le jeu d'acteur à la danse, c'est pourquoi Pina Baush a été très appréciée les gens de théâtre, peut-être avant ceux de la danse. On a parlé d'opéra, de ballet, puis de Tanztheater (danse-théâtre) vers 1975 pour qualifier son travail, qui deviendra sa marque de fabrique. Une autre marque de son style était la fluidité qu'elle développait sur le haut du corps, induisant de grands mouvements de bras et une souplesse du buste. Dans Café Müller, elle a travaillé sur son passé de jeune fille dans le café de ses parents en Allemagne. Elle reste imperturbable par rapport à ce qui se passe autour d'elle. Cette pièce est devenue célèbre grâce entre autres à un extrait dans le film de Pedro Almodovar « Parle avec elle » en 2001.   http://www.youtube.com Si Pina Bausch était la représentante de la danse allemande expressionniste, Merce Cunningham était sans conteste le géant de la « post modern dance » américaine.C’est avec Merce Cunnigham, un adepte de la danse « pure », qu’ont commencé à se poser les problèmes de la danse moderne. Rejetant la narration, faisant de ses chorégraphies des performances à la lisière des arts plastiques et utilisant l'improvisation pour mieux faire vivre le plateau, sa danse était une écriture dans l'espace, une musique visuelle dont chaque corps s'empare. Sa collaboration unique avec le compositeur avant-gardiste John Cage bouleversa les codes de la scène. Outre ses spectacles plus écrits, il aimait à présenter des « Event », sorte de performance unique improvisée et largement inspirée par le lieu, le moment et l'atmosphère dans laquelle elle était créée. Pourquoi cette utilisation du hasard dans ces œuvres ? C’était un moyen de se surprendre soi-même, d’aller au-delà de son propre ego, de sortir de ses habitudes. En 1948, il expérimentait des mouvements inconnus avec Untitled Solo. C'était une danse assez verticale plus de l'ordre de la figure que de l’énergie. L'intérêt créatif résidait dans le chemin qui menait d'une figure à l'autre. Véritable danse de l'intelligence demandant une grande disponibilité mentale, celle-ci permettait en outre au spectateur de voir ou d’entendre ce qu'il voulait. Enfin, Merce Cunningham a été l’un des premiers chorégraphes à s’approprier l’usage de la caméra pour filmer la danse, non comme un témoin de travail, mais comme un objet visuel en soi.http://www.youtube.com/watch?v=11Ev9uKlKNM&feature=related
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