Rencontre avec Elie Semoun : entre humour et sensibilité.

Écrit par  Mathilde Corgnet 18 DEC 2016
Nous avons découvert en novembre dernier son dernier spectacle A Partager, sur nos terres émiriennes (lire notre article). Depuis, Elie n’a pas toujours été ménagé dans la presse : faits et gestes épiés, actes manqués, malgré un spectacle salué par la critique qui continue à remplir les salles de France. Elie Semoun est-il vraiment celui qu’on croit ? 
J’ai eu le plaisir de le rencontrer juste avant sa représentation à Dubai, pour un moment de partage en toute simplicité.
 
Fin de journée, lorsque j’arrive au Sofitel de la Palm : le timing est compté, on m’invite à entrer. Au fond de la salle, il est là, il me sourit tout de suite. « On se fait la bise ? », il a l’air plutôt sympa et accessible à la première impression. J’ai préparé mes questions, mais finalement l’interview ressemblera plus à une discussion sans filtres, ni faux semblants… ce qui me permettra d’en savoir un peu plus sur l’homme qui se cache derrière le costume d’humoriste.
 
« Comment ça va ? Première fois aux Emirats ? Comment s’est passé votre première à Doha ? »
Ça va oui, un peu fatigué. Doha ça a été ! Mais le public est un peu conservateur, non ? Je pense que les sujets que j’aborde sont un peu touchy. En même temps c’est mon rôle, je monte sur scène pour me moquer ! J’ai dû jouer au chef d’orchestre avec un public pas toujours très discipliné mais c’était un bon exercice, une bonne expérience.
Elie sourit (encore), les fossettes au coin des yeux. Dans ses yeux pétillants, je perçois pourtant une pointe d’anxiété… pour celui qui avoue être toujours un peu stressé avant de monter sur scène, même après 25 ans de carrière !
 
« Quels étaient vos aprioris avant d’arriver ici à Dubai ? »
Je n’ai pas encore vu grand chose… mais pour l’instant j’ai dû mal à imaginer une ville sans culture, ni bibliothèques pour lire des livres. C’est comment la vie ici ? C’est plutôt à vous de me le dire non ? 
Je réponds à la question, et je ne lui en veux pas, quelques heures c’est court pour apprivoiser la ville (merci les reportages bourrés de clichés !) Je pense tout haut « il y en a de la culture ! pleins d’initiatives artistiques voient le jour et se développent à Dubai, c’est une ville où il faut pousser les portes, gratter le vernis en surface… » « Mais revenons à nos moutons, c’est quand même moi qui pose les questions » - ☺
 
J’ai tendu une perche, « Ça tombe bien parce que j’aime gratter le vernis, aller là où ça fait mal. »  Je crois que je n’aime pas ce qui est trop… « lisse ? ». Ça tombe bien moi non plus.
 
A bas les masques, pour la première fois depuis le début de cet échange, et après quelques petits pics pour me déstabiliser (sinon c’est pas drôle !) : Elie commence à lever le voile sur ce qui le touche depuis toujours et l’a enfin poussé à écrire ce spectacle résolument décomplexé.
 
« J’ai envie d’aller dans des sujets qui touchent les gens, qui font mal, qui font saigner. La pédophilie, le terrorisme, par exemple. Le handicap aussi, avec un sketch où Beaugosse93 drague une fille sur skype et tout ne se passe pas comme prévu. Je me souviens que l’un des premiers à avoir pu rire du handicap c’était Jean-Marc Parant dans Juste pour rire… ça m’a inspiré. J’avais envie de parler de la mort aussi dans le sketch où le mec des pompes funèbres pète un plomb !  Je suis un expert maintenant, d’ailleurs Kev et Gad dans la préparation de leur nouveau spectacle (ndlr : Tout est possible) m’ont demandé de les aider pour leur sketch « Horizon funèbre ». L’homosexualité aussi, est un sujet qui me touche, c’est peut-être parce qu’on me dit souvent que je suis efféminé… » dit-il en plaisantant.
Je me permets de le couper : « on peut appeler ça de la sensibilité plutôt ? » parce qu’Elie ne la refoule pas, c’est certain. Je repense à son parcours : recueils de poèmes, pièces de théâtre, chansons, cinéma. Ce touche-à-tout aime écrire et ose se découvrir dans des registres où on ne l’attend pas, allant toujours jusqu’au bout de ses projets. C’est courageux.
 
« Qu’est-ce qui vous pousse à faire rire les gens tous les jours ? »
Son visage s’illumine un peu plus. « La création ! » s’exclame-t-il. « C’est comme lorsqu’un peintre dessine sur sa toile, quelque chose se passe. Moi j’aime peindre la vision de la société, c’est une source d’inspiration intarissable. J’aime aussi gérer une salle, la porter. C’est excitant et passionnant, comme une nouvelle aventure à chaque spectacle… »
Là c’est moi qui sourit, en me disant que c’est un mec assez normal en fait, animé par l’envie de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Elie provoque… mais il rêve aussi, jusqu’à me confier « n’apprécier la réalité qu’en rêve ». 
 
Pourtant derrière les apparences, la notoriété, le succès, on doit se sentir parfois un peu seul ?
« Oui, je me sens seul quand je rentre dans ma chambre d’hôtel à la fin d’un spectacle. C’est peut-être le prix à payer ? La douche froide après avoir vécu quelque chose d’unique. Enfin vraiment je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières mais c’est vrai tout ça. » se confie t-il sincèrement. Ça me touche et ça me paraît tout d’un coup évident : on est tous les mêmes en fait, en mal d’amour. Et lui n’est pas plus épargné qu’un autre.
 
Vous avez dit dans une interview : « Petit à petit se sont infiltrés dans la TV française des idées démagogiques qui prônent que l’étranger est un danger… » Quel regard portez-vous sur ces Français qui s’expatrient et deviennent à leur tour étranger dans un autre pays ? Courageux, lâches ? »
« Je dirais simplement que ceux qui quittent la France pour des raisons fiscales, parce qu’ils sont racistes ou intolérants, eux sont des lâches. La France est un pays magnifique, franchement pour moi c’est le plus beau pays du monde. On a la culture, la gastronomie, on a tout. Mais vous pourquoi êtes vous partie ? » Un vaste sujet que celui de l’expatriation… Mais ça c’est une autre histoire.
 
Petit portrait un peu indiscret :
 
« Plutôt matinal ou oiseau de nuit ? » super matinal
« Plutôt junk food ou healthy food ? » junk food ! Quoiii !? Il m’avait dit plus tôt faire attention à sa ligne… « Oui mais j’en mange quand même ! » confesse t-il.
« Plutôt sport extrême ou méditation ? » Plutôt jardinage.
« Plutôt cigale ou plutôt fourmi ? » Ben alors on ne connaît pas ses classiques ? Après explication, cigale évidemment.
« Plutôt cœur d’artichaut ou cœur de pierre ? » Cœur d’artichaut définitivement… Je suis célibataire.
« Plutôt blonde ou brune ? » Celle qui m’aimera et que j’aimerai.
 
Le rideau est tombé… fin du spectacle.
 
On se retrouve. « Qu'en avez-vous pensé ? » je réponds franchement « il y a des sketchs que j’ai adorés, d’autres moins. » Celui qui m’interroge n’est plus le même personnage public applaudi sur scène quelques minutes auparavant ; mais c’est l’homme attachant rencontré quelques heures plus tôt.    
 
Quoiqu’il en soit Elie a tenu sa promesse : aucun tabou n’est laissé de côté et l’humour noir est justement dosé.
Moi je vous dirais qu’au-delà du spectacle c’est la personne que j’ai rencontrée que j’ai appréciée : un artiste à fleur de peau, une personnalité complexe empreinte de maladresses et de paradoxes surement… mais sans aucun doute un vrai amoureux de l’Amour. Et de l’Amour c’est tout ce qu’on lui souhaite !
 
Merki Elie, à la prochaine !
 
Crédits photo : Remy Abouchakra / Charles Bernard
 

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Dernière modification le lundi, 19 décembre 2016 11:53
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