Le Diner de Cons… Le manquer ?... « Oh la Boulette ! »

Écrit par  Caroline Guillon 27 SEPT 2016
La troupe de théâtre Culture Emulsion se prépare à jouer le Diner de Cons, un challenge à leur mesure, qui nous promet des moments jubilatoires au DUCTAC les 12 et 13 octobre prochains.
Comme la plupart d’entre nous, j’ai vu le film plusieurs fois et ai ri à chaque “il n’a pas de prénom ?”. Et comme la plupart d’entre nous, je sais que c’est une pièce de Veber au départ (que Jacques Villeret a jouée plus de 600 fois !), mais je ne l’ai jamais vue. 
C’est l’équation avec laquelle va devoir composer la troupe d’ici quelques jours : faire rire un public qui connait le film par cœur, mais pas la pièce.


Mais ce soir c’est mon soir !...  Le diner de cons pour moi toute seule ? Banco ! 
 
J’ai eu la chance d’être invitée à assister à une répétition.  Pas n’importe laquelle. Après des mois de travail (et jusqu’à 5 répétitions par semaine), la troupe répète pour la première fois sur scène et en conditions. J’apprendrai plus tard que ce type de travail, dans la salle réelle, en costumes et sans interruption s’appelle un “filage”. 
Comme demandé par le metteur en scène un peu réticent à une présence extérieure, j’entre en catimini, m’installe au fond sans bruit et ne bouge plus. Entendre les 3 coups, seule dans la grande salle du DUCTAC, est impressionnant et assez intimidant. L’ambiance est sans conteste pro, et si concentrée qu’il me semble que je n’oserai jamais rire… Impression bien éphémère !
Les comédiens entrent en scène et jouent sans les décors qu’eux même ne découvriront qu’à la répétition générale, la veille du spectacle. Les répliques s’enchainent, fusent, je ris. Nadia assure la mise en scène. Elle prend des notes et circule d’un coin à l’autre de la salle sans commentaire à l’exception de légers gestes de la main permettant aux comédiens d’ajuster leurs voix. Elle me fait l’effet d’un chef d’orchestre. Le débriefing viendra à la fin des deux actes et mènera à une longue journée d’ajustements pour atteindre le niveau de précision qu’exige l’interprétation d’un tel monument du théâtre comique.
 
 “C’est un texte culte, et le public arrive dans la salle avec des souvenirs qu’il espère raviver, ses attentes sont importantes”, souligne Stéphane Brismontier qui produit le spectacle et y incarne Pierre Brochant, “c’est pourquoi nous avons voulu une vraie mise en scène pour cette pièce. Il nous semblait essentiel que le jeu soit guidé par l’œil d’un professionnel, extérieur la pièce, pour y apporter un nouveau regard”. 
Nadia Lorenzon, professeur de théâtre maison, passée, tout comme Stéphane, par le cours Florent, avoue avoir été portée ces derniers mois par le challenge d’avoir à renouveler la pièce sans la dénaturer. On ne touche pas au texte bien entendu. “Le public vient chercher quelque chose qu’il connait et le texte existe, on ne peut ni s’en éloigner trop, ni pour autant prétendre à copier les génies de la comédie que sont les acteurs originaux. Mon rôle consiste à arbitrer pour essayer de trouver la juste balance. Je voudrais que le public retrouve ce qu’il est venu chercher, sans comparer”.

Une troupe maison...

“ La troupe Culture Emulsion est une troupe semi-pro” précise Stéphane, “constituée des plus belles rencontres théâtrales que Cécile [Herman, son associée] et moi-même ayons faites à Dubaï ces dernières années. Elle est à géométrie variable. Comme pour toute production, nous faisons notre casting en fonction des besoins de la pièce et de la sensibilité des comédiens ”
Justin Dierckx de Casterle est sur les planches depuis “ils s’aiment”, en 2013. Cette fois, il est “Le con”… Pas facile ? Il en avait très envie. Lui aussi évoque le challenge comme moteur principal. “ D’une part, sur le plan émotionnel, il faut abandonner ses réflexes et cesser d’avoir peur de passer pour un con… a fortiori sur scène ! ” explique-t-il en riant. “ Mais surtout, sur le plan technique il était inutile de chercher à imiter Villeret, j’ai dû inventer un autre personnage en m’inspirant de situations autour de moi et en puisant dans ma propre naïveté ”. Le rôle de l’acteur est de venir avec des propositions, discutées avec la troupe et le metteur en scène. “ Plus je fréquente François Pignon, plus je le trouve d’une honnêteté et d’une bienveillance rafraichissantes ” conclue-t-il.
 
Victoria Joun, professeur de français et de théâtre a toujours utilisé les techniques théâtrales en cours pour faire passer le message pédagogique. Cette passionnée est même à l’origine de l’ouverture de la salle “Molière” au Lycée Français de Sharjah. Elle donne la réplique a ses anciens partenaires du « Prénom » , dans l’un des seconds rôles féminins de cette pièce qui, c’est le moins que l’on puisse dire, ne fait pas la part belle aux femmes… (Un brin misogyne Veber ?) Sa réplique favorite ? “ La folledingue, la nymphomane et l’hystérique prient le pervers, le salaud et le minable de ne plus jamais leur téléphoner ! Plus jamais ! ” On s’y croirait.
Tous sont professeurs de théâtre ou comédiens passionnés depuis des années, et nous les avons en effet déjà applaudis, Nicolas Levron, Karl Stinglhamber ou Frédéric Juillot dans d’autres spectacles, comme les excellents « Ils se sont aimés », « le Prénom » ou le « Diner d’Adieu ».
 
…et une production maison !
 
Alors que je m’interroge sur la nécessité et la complexité de produire leurs propres spectacles quand Culture Emulsion fait déjà venir des œuvres sublimes du Festival d’Avignon, la réponse de Stéphane est instantanée, et vient droit du cœur : “ Nous sommes des passionnés, monter sur scène est une mise en danger nécessaire, et un aboutissement. La prise de risque est différente : en faisant tourner des spectacles à Dubaï nous mettons nos choix artistiques sur la table et prenons des risques d’ordre professionnel. En produisant et en jouant, c’est notre personnalité d’artiste que nous dévoilons, et notre crédibilité personnelle qui est en jeu. Mais c’est une source d’émotions exceptionnelles, en équipe, dont nous aurions du mal à nous passer ”.
Aucun risque en ce qui me concerne. Je retourne sans aucun doute les voir entre amis le jour-J !
 
Venez rire et les applaudir sur la scène du DUCTAC les 12 et 13 octobre prochains à 20h30.
 
Prix : 195 AED (145 AED tarif abonnés)
Box office: www.ductac.org ou te l: 04 341 4777
 
 
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Dernière modification le jeudi, 29 septembre 2016 07:47
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