L’approche de Nöel : entre réjouissance et régression

Écrit par  Vanessa Bokanowski 14 DEC 2016
A Dubai, comme dans certaines villes du monde est arrivé le mois de décembre… avec la douceur des soirées magiques passées au grand air, et où on savoure, non sans un certain plaisir la fraicheur de l’air et la fumée qui s’échappe par volutes discrètes du barbecue, embaumant tout le jardin…  Petit à petit, nous nous laissons tous envahir par la magie des fêtes qui au delà de tout, continue à éblouir petits et grands…
 
La perspective de retrouver les proches, de savourer des moments uniques en famille, revoir tous ces êtres chers qui nous ont tant manqués. On se projette, non sans une grande exaltation ; on commence doucement à penser aux cadeaux que l’on va offrir à chacun.
 
Noel est la période où chacun de nous se laisse aller au plaisir de régresser, bercé par les chants doucereux de cette période de l’année qui résonnent dans tous les magasins. Guirlandes, boules, lumières, petits lutins, où père Noël prenant diverses formes se sont invités dans les vitrines des magasins. Divers marchés de Noël prennent place dans différents endroits de la ville,  il est temps de décorer son sapin….ou son palmier !
 
Mais c’est aussi une période où le petit enfant qui sommeille en nous et qui dort dans notre inconscient attend patiemment de se réveiller d’un long engourdissement. 
 
Nous nous rappelons tous ces moments magiques, surveillant non sans un certaine réjouissance, notre mère placer l’étoile au sommet de l’arbre, guettant avec une agitation certaine, le moment où l’on va pouvoir déchirer tous ces paquets et contempler avec délectation les cadeaux offerts par nos êtres les plus chers, éblouie par toutes ses lumières qui clignotent, encore aujourd’hui dans un coin de notre tête. 
 
Pour des raisons évidentes, nous cherchons tous à retrouver le Noël de notre enfance, qui sommeille encore dans nos inconscients, dans une quête de perfection absolue. 
On y place toutes nos attentes, suspendus au bout du fil avec nos proches, dans la préparation de cet événement hors du commun…
Cependant, non sans surprise, une certaine tension teintée d’ambivalence commence à prendre lentement possession de nous. 
 
Nous aimerions que tout soit parfait et conforme au souvenir intact, et cependant différent, selon le vécu de chacun. Nous recherchons tous à retrouver ce Noël idéalisé si cher à nos mémoires, ou d’une certaine manière à redevenir enfin, le tout petit enfant que nous étions.
 
Mais cette tension qui émerge, ne serait-elle pas le signe d’une avidité de reconnaissance inassouvie de cet enfant qui sommeille en nous ? 
Comme si nous savions déjà, que quoi que nous fassions, les fantômes du passé sont prêts à ressurgir et attendent sagement  le moment, comme des marionnettes inanimées, leur retour en scène. 
Frustrations, complexes, attentes désespérées d’une reconnaissance si longtemps attendue, syndrome du vilain petit canard… Le fil de l’inconscient familial se déroule progressivement devant nos yeux. Oui, on va revoir ce frère ou cette sœur tant aimé et tant haï qui nous nous a volé la vedette tant de fois dans les yeux éblouis de nos géniteurs.  Mon père va t’il enfin reconnaître que j’ai de la valeur ?  Tante Odile va t’elle enfin arrêter de murmurer que mon enfant est hyperactif et que je devrais davantage lui serrer la vis…? 
 
A Noël, moment familial par excellence pèse parfois une atmosphère étrange où le silence est d’or.  Pas de référence au passé, on parle de tout et de rien, avec l’injonction de s’éblouir des derniers accomplissements de chacun. 
Mais il est cependant un moment propice à la régression absolue comme nous l’avons évoqué ci-dessus et où de manière quasi incontrôlable, la place que l’on occupait au sein du groupe familial reprend du service. 
Un jeu sans fin entre répression et régression….C’est une forme de confrontation entre l’adulte que nous sommes devenu et l’enfant qui sommeille en nous… Nous redevenons comme envoûté, ce personnage de l’enfance, bien remis en scène par la présence du système familiale et nous nous vidons peu à peu de cette identité si chèrement conquise dans notre vie d’adulte. 
 
La famille incarne, tout autant une valeur refuge, de confiance, un lieu de ressources, tout autant qu’un lieu de rivalités, d’enjeux de places, de frustrations et de rancœurs. C’est cette ambivalence très souvent qui reprend toute sa place au moment des retrouvailles.
 
Finalement, afin que Noël reste magique et demeure ce qu’il est supposé être, un moment de plaisir partagé avec nos proches…Il est important pour certains, d’appréhender cette période de fête à sa juste valeur : un moment en famille.
 
Pour cela, il faut pouvoir tendre la main à l’enfant qui en nous et qui trépigne d’impatience afin d’être enfin reconnu et apprécié à sa juste valeur ; et pouvoir lui communiquer la place qui est la nôtre aujourd’hui. 
 
Oui, je suis le fruit de demandes impossibles, d’amour inassouvie, de rivalités fratricides mais je suis aussi porteur d’un héritage d’amour, de confiance, de valeurs de vie, d’éducation qui a contribué à faire de moi aujourd’hui cet être « si parfait et si affreux » ! 
 
En réconciliant l’enfant à l’intérieur de moi et l’adulte que je suis aujourd’hui, je suis capable de prendre une place entre réjouissances et attentes surdimensionnées.
 
Et c’est avec cet héritage qui a construit la personne que je suis aujourd’hui, que je vais m’asseoir à la table des festivités et avec toute ma famille lever mon verre à ce monde d’imperfections qui m’a aidé à devenir tout simplement humain.
 
Bonnes fêtes à toutes !
 
 
Vanessa Bokanowski, psychologue, excerce au sein de la The French clinique (Dubai Healthcare city)
Contact : 056 948 7372.

 

 

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Dernière modification le jeudi, 21 septembre 2017 03:52
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