« Les Vies de Raphaël Scorbiac nous emmènent sur une hauteur inconnue d'où regarder les hommes ; elles nous font quitter nos habituelles perceptions, pour nous imposer un recul, une vision plus généreuse et totalisante. Les personnages placés dans l'espace ne sont pas des êtres de sculptures uniques par leur solitude et leur pose, mais ils sont un tour des hommes, comme on ferait un tour du monde ; un homme et toute sa vie, une foule disséminée sur la terre à un instant saisi par le regard. Silhouettes en à-plats, bas-reliefs ou ronde-bosses, silhouettes posées là ou jeux de perspectives et de proportions ; un mélange des genres pour des vies encadrées ou hors-cadres, vivant de gestes, de fétiches, de rencontres et de parcours dans la Babel de la vie. Des vies statistiques, des vies poétiques. L'humanité vit son incroyable extension. Regardée depuis ailleurs, de plus loin, cette foule se fait silhouettes dessinées par la lumière ; une lumière qui condense la matière en masse ou la réduit à un trait filiforme. Les Vies déambulent dans un espace symbolique géométrisé ; le cercle et l'infini, le carré et l'intégrité, la ligne et l'horizon ; sans oublier les chemins de traverse, les ascensions fulgurantes, les inattendus de la vie. » B. Peran
 
Cortex, diam 60 x 56 x 40 cm, 
 
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Mon nom est Raphaël Scorbiac, je suis Français, j’habite à Dubaï depuis trois ans et je suis artiste depuis 30 ans.
 
Pratiquez-vous votre art pour votre loisir ou en tant que professionnel ?
Je pratique la sculpture en tant que professionnel.
 
Quel a été le parcours scolaire/professionnel et/ou artistique qui vous a forgé en tant qu’artiste ?
J’ai étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris dans les ateliers de Duffau (l’assistant de César qui a repris son atelier) et Delahaye. J’ai eu une expérience de restauration de sculptures. J’ai travaillé comme Quasimodo à la cathédrale Notre-Dame de Paris. J’ai ensuite travaillé entre Paris, Berlin et New-York, où j’ai enseigné la sculpture à la Columbia University et j’ai participé à diverses expositions personnelles, ainsi qu'à des expositions collectives chez Annick Goutal et Andrea von Stumm. Au cours de l'année 2004, je me suis installé dans la campagne du Berry, tout en continuant à exposer à Paris (Grand Palais, 2007). Depuis 2006, je collabore avec la galerie Dutko à Paris, qui participe chaque année à la BRAFA Art Fair de Bruxelles.
 
Comment définiriez-vous votre travail artistique ? Quel est votre style ? 
Mon travail tourne autour de l’humanité et je place l’homme au centre de mon univers. Je travaille beaucoup le bronze qui me permet outre une pérennité, une légèreté. Parfois, les autres ressentent de la poésie dans mon travail.
 
Astrolabe, 52 x 63 x 50 cm, en bronze, pièce unique, 2018
 
Qu’est-ce qui, de façon générale, influence votre art ? 
Souvent, une sculpture réalisée en appelle une autre. Le champ des possibles est infini et vertigineux. Le cinéma et certaines lectures m’ont parfois influencé. J’aimerais dire des choses sur l’époque et pourtant, je suis le plus souvent attiré par les œuvres intemporelles.
 
Votre vie et ses étapes influencent-t-elles votre art et de quelle manière ? En quoi la vie aux Emirats a-t-elle influencé votre travail artistique ? 
Nous avons eu la chance de vivre dans plusieurs pays et chacun a été une influence pour moi. Paris, New-York, Berlin, le Berry, San Francisco, Lisbonne, Marseille.
 Dubai et son architecture m’ont évidemment beaucoup influencé dans mon travail récent. Les sculptures ‘Babel’ ou ’Foraine’ en sont de bons exemples.
 
Babel, diam 55 x 186 cm, en bronze, verre et or, pièce unique, 2018
 
Quel artiste vous a le plus marqué jusqu’à présent ?

Giacometti pour son obstination et Picasso pour sa profusion.
 
Quelle est votre journée type à Dubai lorsque vous créez ?
À Dubai, Madame travaille plus que moi et j’adore m’occuper de mes enfants. Je partage ma vie entre Dubai et Marseille où j’ai mon atelier dans la zone portuaire. Lorsque je suis à Marseille, je démarre ma journée par un travail plutôt technique et la création se passe plus la nuit. Quand je crée, j’aime écouter des livres audio, comme Le Temps retrouvé, lu par Michael Lonsdale, Denis Podalydès et André Dussolier, ou Voyage au bout de la nuit.  
 
Deux lieux artistiques préférés à Dubai
Je les cherche encore. À part le Wild Wadi Park :)
 
Deux bonnes adresses à Dubai (pas forcément liées à l’art)
Ding Tai Fung au Mall of the Emirates

La piscine du Ritz sur JBR, entourée de fleurs et de verdures. 
 
Quelle est votre actualité artistique ? Quels sont vos projets artistiques ? 
- Une exposition à la ProArt Gallery à Jumeirah 1, où seront présentées plus d’une vingtaine de pièces. Le vernissage aura lieu le 13 mars. 
- Un ‘group show’ le 18 mars, dans le cadre de la DIFC Art Night. Rebia Naim, curateur d'art de cette section pour la 3ème année au DIFC Art Night.

- Dans un autre registre, je me suis lancé, avec d’autres artistes, dans la création de plans des villes qui me sont chères : Paris, New-York et Londres. On y retrouve les curiosités par quartier (art, architecture…).
 
Sur une île déserte, vous emporteriez :
- quel film ? Les enfants du Paradis de Marcel Carné
- quel livre ? Voyage au bout de la nuit de Céline
- quelle musique ? Le Concerto 26 pour piano de Mozart

- quel objet ? Une guitare

- laquelle de vos œuvres ? Je préfère que mes œuvres vivent chez les autres, une bonne raison pour en créer de nouvelles.

 
Vies et détails, 45 x 111 x 36 cm, en bronze et verre, pièce unique, 2016
 
Où peut-on vous suivre ou se procurer une de vos œuvres ?
Une vingtaine de pièces seront présentées à la ProArt Gallery à Jumeirah 1, le 13 mars
scorbiac.blogspot.com
Instagram : @scorbiac_sculptures 

Facebook : Raphael Scorbiac
 
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Photo Dwayne Brow

Je suis tombée en amour avec cet artiste par hasard. Un soir de printemps à Montréal. C’était en 2004, lors de la dernière représentation d’Incendies. Il quittait la direction du célèbre Théâtre de Quat’Sous.

La pièce durait 4h - presque aussi longue que la Trilogie des dragons de Robert Lepage - mais le temps s’est arrêté. Je ne voudrais pas tomber dans des lieux communs, mais cette pièce m’a définitivement marquée. Mon regard sur le théâtre contemporain a été bouleversé. C’était pour moi le nouveau Shakespeare, un poète discret qui a imposé un souffle nouveau au théâtre épique contemporain.

Ainsi, j’ai découvert Wajdi Mouawad. Son nom vous dit peut-être quelque chose car il était l’artiste associé au Festival d’Avignon pour la saison 2009. C’est un homme de théâtre, à la fois metteur en scène, auteur et comédien.
D’origine libanaise, il a quitté son pays natal à l’âge de huit ans pour la France puis a émigré au Québec en 1983. A l’âge de vingt ans, il a écrit sa première pièce, une dizaine d’autres ont suivi et parcouru le monde. Depuis 2008, Wajdi Mouawad dirige le Théâtre Français du Centre national des Arts d’Ottawa. Il vient de recevoir le prix du théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre.

Avec Ciels (2009), Wajdi Mouawad, termine son cycle « le sang des promesses », inauguré par Littoral (1999), suivi d’Incendies (2003) et de Forêts (2006). Un cycle sur la transmission et l’héritage où il dépeint un monde en quête d’identité et de sens.

Incendies

« Je t’ai cherché
Là-bas, ici, n’importe où.
Je t’ai cherché sous la pluie,
Je t’ai cherché au soleil
(…)
Je t’ai cherché au sud
Au nord,
À l’est
À l’ouest,
(…)
Je t’ai cherché en regardant le ciel
(…)
Qu’y a-t-il de plus seul qu’un oiseau,
Qu’un oiseau seul au milieu des tempêtes
Portant aux confins du jour son étrange destin ? »


On n’arrête pas le cours d’un fleuve, de même on ne résume pas le mouvement de la vie qui traverse Littoral, Incendies et Forêts. Le temps et le monde n’ont pas de frontières pour ce voyageur, aussi il nous emmène du Québec au Liban en passant par les Ardennes et la guerre 14-18 à la chute du mur de Berlin. À chaque fois, il s'agit de recomposer, une histoire familiale douloureuse et enfouie, et ainsi de se libérer d'un mal-être de vivre.

Littoral

« Ca fait un peu mal de rêver toujours. Ca rend fou, mais ce qu’il y a de plus douloureux dans le rêve, c’est qu’il n’existe pas ».


Pour lui, il n’y a pas de salut sans vérité ni parole. Tous ses personnages lui ressemblent. Ils cherchent leur place dans le monde, et savent inconsciemment qu'ils ne pourront la trouver tant que leur histoire familiale ne sera pas éclaircie. Chacun se retrouve dans son humanité touchante et bouleversante.

Aussi, je ne peux que vous recommander vivement de lire ou d’assister à ses pièces théâtrales.


Enfin, je terminerai par une citation de Wajdi Mouawad qui me semble tout a fait juste :

« Aller au théâtre, c'est prendre le risque d'être perturbé, inquiété, déplacé dans ses croyances ou ses convictions. C'est par transparence que l'on découvre des éléments de sa propre vie, et que l'on apprend sur soi ».

Prenez le risque de le lire…

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