Cet oxymore un peu provocateur résume bien le personnage, car si Kyra est la simplicité même dans son rapport avec autrui, offrant son regard clair et droit, son port de tête avenant, comme à l’écoute,  et s’exprimant avec calme et précision… il en va autrement de son foisonnement  intellectuel et des questionnements qui sont les siens : complexes, profonds et alertes à la fois. Complexe… mais pas brouillon, au contraire,  derrière  sa silhouette frêle et  presque ascétique, son élégance décontractée, se cache une pensée bien ordonnée et toujours prompte à s’interroger sur ce qui l’entoure comme sur le passé. C’est la maternité qui a poussé Kyra à mettre en veille son activité de journaliste dans un grand quotidien suisse entre autre, pour se consacrer à l’écriture. Après un livre et un 2ème enfant, Kyra et son mari décident quitter le calme feutré de la suisse et de transplanter leur famille dans un nouvel univers. Kyra arrive donc l’été dernier à Dubai et, alors que d’autres se plaignent du manque de culture, elle semble s’y épanouir intellectuellement aussi bien, voire mieux qu’ailleurs. Car la culture, Kyra la trouve partout, elle sillonne les EAU pour interviewer des femmes émiraties de tous horizons dans le but de mieux les comprendre, d’observer entre autres comment elles parviennent  à gérer «  le grand écart entre leur culture, souvent traditionnelle, la modernité de leur pays et pour certaines, de leur éducation »*.De sa curiosité intellectuelle, Kyra a fait son métier (journaliste), de son métier elle a fait sa passion  (écrire) et en mélangeant les deux, après un premier roman de fiction drôle et gentiment moqueur sur le couple de notre époque**, elle change de ton et replonge, pour son nouvel ouvrage, dans deux des domaines qu’elle affectionne particulièrement, l’histoire et l’humain ou plus précisément encore l’histoire de l’humain, de l’individu.Le hasard a tout prévu, dont le très joli titre résume à lui seul une des problématiques majeures de son auteure, est donc un « docu-fiction ». On sent que Kyra a trouvé dans ce genre littéraire, SON média, sa palette idéale du moment, car elle peut y mêler les histoires vraies issues des rencontres souvent extraordinaires qu’elle a faites et la fiction née de sa propre analyse et de l’émotion qu’elle en ressent. Ainsi, elle a pu  approfondir les fils conducteurs communs à tous ces récits: la filiation, la séparation et le retour aux racines.Au travers de ces 8 récits souvent dramatiques, c’est un message d’espoir et de résilience que Kyra nous délivre. Car elle croit en quelque chose que d’autres appelleraient l’instinct de survie affective et qui la ramène à sa propre histoire, comme elle le dévoile pudiquement mais clairement dans sa postface où elle analyse rétrospectivement la démarche qui fût la sienne lors de l’écriture de ce livre.Tout est pensé, le fond comme la forme, ces 8 histoires de personnages réels dont les vies se déroulent dans des contextes historiques et géographiques différents et très bien documentés, qu’elle a colligées au fil des années et au gré des rencontres ont «comme par hasard ?» en commun les thèmes évoqués ci-dessus. Et la boucle est bouclée, ces histoires elles-mêmes et le fait que Kyra les regroupe dans un même ouvrage, la ramènent à une problématique qui lui tient à cœur : « sommes-nous maître de notre destin ou bien est-ce le hasard qui gouverne nos destinées ? », c’est ainsi  tout l’esprit du livre, que l’on retrouve dans la jolie contradiction du titre !Avec des questionnements aussi complexes que profonds, on ne s’étonnera pas que Kyra en  arrive vite au fondamentaux philosophiques et religieux qui qui régissent nos vies. Ce fût d’ailleurs, et ce sera peut-être de nouveau un jour prochain,  une autre ambition de Kyra, que de se pencher sur le rôle des religions et leur influence sur la perception du libre arbitre et de la fatalité dans nos sociétés.A toutes ces questions, sa nature et son passé de  journaliste la poussent à chercher des réponses dans les témoignages qu’elle recueille (parfois sans le vouloir ?), mais aussi dans les livres, car Kyra est, et a toujours été, de son propre aveu, du genre studieuse. Elle aime faire des recherches, creuser les pistes de réflexion, écouter, apprendre, poser et se poser des questions.Mais Kyra n’est pas un pur esprit ( la preuve elle est aussi maman de 2 enfants, ce qui est très efficace pour vous ramener les pieds sur terre), elle a aussi  besoin de sommeil, de faire du sport pour être en forme, de déjeuner avec ses copines... Elle avoue aussi, éprouver une certaine fierté –légitime-, doublée d’un trac -également normal- à la sortie de son livre. Pourtant il est excellent, complexe et profond, comme elle, car fruit d’un passé …pas si simple !*Vous pouvez lire tous ces portraits sur son blog Kyradubai.overblog.com, Kya a un site aussi, pour lire des extraits de ses livres:  www.kyra-dupont-troubetzkoy.com** Petit essai assassin de la vie conjugale, Kyra Dupont Troubezkoy, 224 pages, Editions Luce Wilquin, en librairie à Dubai chez Culture&Co, 114 AED*** en librairie le 13 mai 2013  et disponible sur amazon.fr et en librairie à Dubai chez Culture&Co , 120 AEDRetrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
Kenizé Hussain de Kotwara est la fille d’une princesse ottomane mariée à un rajah indien, réfugiée à Paris et décédée peu après sa naissance. Elle fait carrière dans le journalisme. Dans les années 1970-80 elle couvre pour Le Nouvel Observateur les conflits au Bangladesh, au Pakistan, en Éthiopie, au Liban ainsi que le conflit israélo-palestinien. Elle se consacre ensuite pleinement à l’écriture. En 1987, elle publie l’histoire de sa famille De la part de la princesse morte. En 1998, on découvre son premier roman Le jardin de Badalpur; puis en 2003, avec Le parfum de notre terre: Voix de Palestine et d'Israël, elle tente de comprendre des peuples déchirés. Son dernier roman Dans la ville d’or et d’argent (2010) retrace le destin de Hazrat Mahal, une femme méconnue qui a mené la première guerre d’indépendance des Indes.Elle a accepté de répondre à quelques questions. Portrait!Elle aime:la justiceles animaux, les chats en particulierla natureElle n’aime pas:la gauche caviarles nouveaux richesl’hypocrisieVous avez un parcours hors du commun, pourquoi le salon du livre d’Abu Dhabi cette année?J’ai été chaudement invitée il y a deux ans déjà et j’ai raté mon avion de Russie, alors cette année j’ai répondu présente!Vous avez été journaliste avant de devenir écrivain, cela vous a-t-il aidée dans votre travail d’écriture?Pour le style, pas vraiment! Quand j’ai montré mes premiers chapitres à un ami éditeur, Albin Michel pour ne pas le nommer, il a poussé des cris d’horreur qualifiant d’affreux le style de journaliste, trop sec et manquant de chair (rires)! J’ai compris par la suite: j’ai laissé parler mes émotions et mon style est devenu plus poétique. D’ailleurs la musique m’apporte quand j’écris. Je choisis des styles et des rythmes correspondants à l’atmosphère des scènes que je décris: des symphonies épiques pour des envolées stylistiques ou parfois des morceaux de Mozart plus intimistes.Pour la documentation, heureusement le journalisme m’a beaucoup apporté! Je n’aurais jamais envisagé avoir le courage de me documenter comme je l’ai fait, surtout pour mon premier livre. Que ce soit les lectures sur la Turquie, le Liban, l’Inde ou les milliers de journaux parcourus, je lisais beaucoup et très vite... un dialogue, un détail allant au-delà de l’écriture ‘digérée’ d’un roman. La valeur de mes livres, du premier en particulier, vient du réalisme apporté grâce à cette documentation gigantesque.Pensez-vous que l’écriture rend libre?Oh oui, avant tout comme catharsis personnelle! Moi-même, jeune, si je n’avais pas pu écrire, je n’aurais pas pu déverser mon trop-plein d’émotions. De toute façon, mettre devant soi les difficultés de la vie permet de mieux les résoudre. Quand en plus on le fait aussi pour les autres! J’ai la conviction qu’on n’écrit pas si on n’a pas quelque chose à surmonter.Je vais citer l’une de vos interviews: « je pense que mon pays c’est quand même avant tout ma langue. Et que l’identité, ce n’est pas le pays, ce n’est pas la religion, ce n’est même pas la famille. C’est le partage de valeurs essentielles avec des personnes »... Diriez-vous que vous êtes française?Intellectuellement, par mon éducation, je suis française. Par contre, je ne me reconnais pas dans l’abord froid, rationnel et cartésien français. L’environnement humain que je comprends et dans lequel je me sens bien est plus oriental.Dernière question habituelle, pour vous Abu Dhabi, c’est...?... Un îlot dont la population est une minorité dans un monde d’étrangers.N’attendez plus pour lire ou relire Kenizé Mourad, ses livres sont disponibles chez Culture&Co (www.culturecodubai.net), sur www.amazon.com et à l’emprunt à l’Alliance Française d’Abu Dhabi.Un grand merci à Mme Mourad pour sa disponibilité et sa gentillesse. Bonnes lectures!
Azza Al Qubaisi, une artiste émirienne, nous a ouvert les portes de son atelier. Elle nous a décrit son parcours, ses projets, sa vision de l’artiste dans la société et de l’art comme interaction entre les gens, les cultures, les époques. Portrait!Elle aime:Le camping dans le désertVoyagerLa découverte, la recherche    Elle n'aime pas:Les embouteillagesLa viande (Elle est végétarienne)Être déroutée Parlez-nous de votre parcours, qu'est-ce qui vous a amenée à prendre cette voie?C’est d’abord l’opportunité d’étudier en Angleterre, c’est là que j’ai compris que j’étais artiste!Après avoir étudié la biologie, je me suis naturellement dirigée vers Ia voie artistique.J’ai ensuite créé ma fondation, j’ai réfléchi aux matériaux à utiliser, j’ai repensé à mon héritage, après tout ça j’étais capable de dire que ma vie serait celle d’une artiste.Ici les gens concevaient la joaillerie comme des marques, du shopping, pas encore comme un Art, avec une histoire… J’ai créé des collections. J’ai monté mon atelier et j’ai essayé de comprendre la société à travers des travaux bénévoles pendant 4-5 ans. J’ai monté des projets artisanaux et je me suis diversifiée, notamment avec les souvenirs. Aujourd’hui, j’ai le soutien du Khalifa Fund et du Croissant Rouge: disons qu’on ne rit plus de moi, j’ai été acceptée comme une femme aidant au développement de l’artisanat local!Depuis une dizaine d'années, vous créez de nouvelles collections pour votre enseigne The Arabian Workshop for Jewellery and Gemstones et trouvez l'inspiration dans la nature et les matériaux naturels. Avez-vous des préférences?Et bien en fait je crée à partir de ma culture, de la nature, partout, toute la beauté de la nature, sa fragilité, le temps capturé... chaque pièce est choisie pour sa forme et sa qualité.  Les comportements ont changé ces dix dernières années, les rapports à l’argent et à l’environnement et si vite, sous mes yeux!Vous savez je change de matière en fonction du concept qui m’anime et chaque année je change de spécialité. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai une préférence. J’utilise surtout l’argent, pour que mes pièces restent abordables et avec je travaille une saison la perle, une autre le bois, ou encore les branches de palmier, les sculptures… en ce moment je cherche des concepts en interaction avec l’environnement et les gens.C’est une très bonne transition pour nous parler du projet Public art work Etihad 41. Quel est le concept? Qui peut participer?En 2011 j’ai eu l’idée de laisser les gens se dire librement “ok je peux le faire” et juste les aider à s’exprimer. J’ai créé une sculpture de 40 branches de palmier séchées que tout le monde puisse peindre, personnaliser ou transformer: près de 500 personnes ont participé au projet. De nombreuses nationalités  ont pu interagir in situ et en ligne à travers les réseaux sociaux! J’ai beaucoup aimé cette expérience mais je la trouvais trop limitée dans la durée, sans vraie continuité, du coup les participants ne se sont pas sentis assez engagés. J’ai souhaité rendre ce projet plus ‘pushy’ et je n’étais pas la seule puisque l’ADWEA (Abu Dhabi Water and Electricity Authority) m’a apporté son soutien et en a fait l’événement du National Day 2012. Cette année, comme auparavant, tout le monde à Abu Dhabi et Dubai peut participer! En bref:Étape 1: récupérez une branche de palmier (dans une ferme, au bord de la route ou si besoin contactez-nous)  Étape 2: envoyez-moi un brief, présentez-vous et présentez ce que vous souhaitez exprimer (emailProtector.addCloakedMailto("ep_c0a8f45b", 1);)Étape 3: Exprimez votre créativité et apportez votre branche au public, au sein d’une sculpture globale, présentée lors du National Day à Dubai et le lendemain à Abu Dhabi.Environ 150 personnes sont déjà concernées (et pas seulement des artistes)! J’aimerais vraiment faire grandir ce projet, montrer la vue globale d’une sculpture construite par moi et par tous ces gens, mais aussi montrer que chaque pièce qui la constitue peut exister seule.C’est mon idée d’un art participatif, d’une communauté créée autour d’un projet, engagée dans une expo… vous pourrez découvrir les premières images du montage en ligne prochainement!Je finirai par la question habituelle, pour vous Abu Dhabi, c'est....?... Moi, je veux dire mon cœur!Découvrez les créations d'Azza sur son site Internet www.arjmst.com et suivez-la sur Facebook (Azza.alqubaisi) et Twitter (@AzzaAlQubaisi)
Nayla Al Khaja, réalisatrice et productrice émirienne, fondatrice de la maison de production D-Seven, parle de son dernier projet pour l’initiative Soul of Dubai ainsi que des hauts et des bas de son audacieuse carrière dans le cinéma. Si la liberté totale n’existe pas encore, les EAU sont les plus progressifs du Moyen Orient en termes de production cinématographique, dit-elle. INTERVIEW.Est-ce l’absence de producteurs locaux qui vous a poussée à créer votre propre boîte de production ?Oui. J’adore les affaires et le monde de la création. J’aime combiner les deux. C’était très naturel pour moi de développer ma propre entreprise. J’étais free-lance agréée du département de l’économie dès l’âge de 21 ans. J’ai toujours eu un côté entrepreneur et j’ai toujours levé des fonds pour des initiatives artistiques. J’ai un talent pour les affaires, la négociation…Vous avez débuté votre carrière en radio ?J’étais Radio Jockey. J’avais mon show. Comme je travaillais aussi pour le département marketing, j’ai réussi à obtenir deux sponsors pour mon émission. Ils m’ont voulue à plein temps ! Mais j’aimais le divertissement alors j’ai fait les deux. J’ai fait ça un an avant de partir pour Toronto. J’y ai refait des études universitaires, de zéro. Je n’avais jamais pu étudier à l’étranger en raison de mon sexe. J’ai initialement fait des études ici. En raison de votre sexe, pouvez-vous expliquer ?Mes parents ne voulaient pas que je voyage seule sans un mari ou un oncle… J’ai étudié au Women’s College car c’était ça ou la maison. Ensuite, il y a eu un trou, puis je suis partie pour Toronto. Et comme ils n’étaient pas heureux que je parte, je me suis mariée. Vous vous êtes donc mariée pour étudier à l’étranger ?Correct. Six jours après m’avoir emmenée là bas, avec mon « mari » nous avons eu une petite discussion sur son rôle, sur le fait qu’il était mon visa à l’éducation. En gros vous avez divorcé ?Oui. Nous sommes restés bons amis.Quelle est votre relation avec vos parents vu que votre carrière a commencé sur un conflit?A ce moment là, j’étais la première femme dans le domaine. C’était un peu comme la première femme au volant dans les années 60 : tout le monde a les yeux tournés vers vous! Mes parents ne savaient pas quoi penser. Ils étaient inquiets. Le cinéma peut être noir, avoir un côté underground, beaucoup de fêtes… Ils ont pensé que j’allais vers le sombre…Et vous étiez aussi sous les projecteurs?Tout à fait. Cela voulait dire que j’étais sans cesse exposée. Si je fais quelque chose de mal, je serai exposée. Notre société est très tribale. Tout est question de réputation. La réputation de la famille. Ils avaient beaucoup de craintes.Vous vous attaquez aussi à des sujets controversés dans vos films ?Mon premier film était Unveiling Dubai, un documentaire pas du tout controversé. Un projet d’étude. C’était mon regard et celui d’un autre réalisateur sur Dubaï. Pas de problème. Le gouvernement a beaucoup aimé le film et cela m’a ouvert des portes pour ce que je voulais faire. Mon deuxième film, Arabana parle de maltraitance sur les enfants, de pédophilie. Je l’ai tourné. C’était mon premier film de fiction en 35 mm. Une très belle expérience. Et travailler avec des acteurs… Pourquoi vouliez-vous traiter un sujet aussi tabou ?Parce que le film est basé sur ma propre histoire. Très jeune, je me suis retrouvée dans une situation où je n’ai pas été violée mais très j’ai failli l’être et je me souviens de ce sentiment, de la peur. Je voulais capter cette émotion. Nous avons projeté ce film dans de nombreuses organisations, surtout des femmes, et elles ont commencé à témoigner de leurs propres expériences en tant qu’enfant. Certaines se sont mises à pleurer car elles n’avaient encore jamais révélé leur histoire. Les films peuvent parfois avoir ce rôle.Cela demande beaucoup de courage de rendre publique une histoire aussi personnelle ?Cela m’a beaucoup aidée. Faire ce film m’a libérée. J’ai dépassé la peur qui a été la mienne à 7 ans. Certaines femmes ont parlé de leurs problèmes. C’était bien. Ce film était incroyable. Pas le film en lui-même mais ce qu’il a permis de faire. Grâce à cela, nous avons gagné l’argent nécessaire aux études de l’actrice. Elle n’en avait pas les moyens. Je suis très engagée dans l’éducation des femmes. J’y crois de tout cœur. Parce que j’en ai été privée. On ne devrait pas empêcher les filles d’étudier. Ces dernières ne devraient pas se retrouver dans des situations telles qu’elles doivent se marier pour avoir accès à l’éducation. C’est mal.La pédophilie et la maltraitance sur enfants sont courants ici ?Non c’est un problème global. J’ai fait des recherches et j’ai découvert que l’architecture d’une maison joue un rôle important. Si la maison est grande, qu’il y a beaucoup de passages, même si vous surveillez bien vos enfants, les probabilités sont très grandes. C’est ce qui arrive dans le film. La fille habite une immense maison avec une cour énorme. Les parents peuvent difficilement voir ce qui se passe.Avez-vous eu affaire à la censure ? Comment cela marche ici ?Vous devez remettre vos scénarii au Media Council. En dix ans les choses se sont beaucoup améliorées. Ils sont beaucoup plus flexible, moins stricts. Je n’aurais jamais pu filmer ce que je filme aujourd’hui. C’est un progrès en lien direct avec les nombreux festivals de films du Moyen Orient. Comme beaucoup d’entre eux  ne sont pas censurés, cela a aidé à la sensibilisation ici, au respect du point de vue de l’artiste. Certes nous ne sommes pas complètement libres, mais au Moyen Orient nous sommes les plus progressifs.Quelles ont été les réactions du public et de votre entourage sur le film ?J’ai reçu des remarques très négatives mais ce n’est pas grave car les gens ont des opinions différentes. Certains venaient de ma propre communauté. Ils disaient que je devrais quitter le pays pour toujours. Comme réalisatrice je ne devrais pas faire ce genre de choses. Mais cela représente 10%, même pas, peut être 5% des gens. La majorité, et surtout les hommes d’ailleurs, me soutiennent. Mes collègues réalisateurs masculins, par exemple. Et mon plus grand soutien vient de mon frère. Il me pousse à fond.Quels métiers exercent vos parents ?Mes parents sont tous deux entrepreneurs. Ma mère dirigeait une école, l’a vendue et est dans l’immobilier. Mon père a gagné le prix de la meilleure entreprise de l’année dans les médias.Vous avez également reçu le prix de la meilleure entrepreneuse en 2005. Vous marchez sur les traces de votre père ?J’ai reçu un prix, ma boîte a reçu un prix ce qui est bien car dans le cinéma c’est un travail d’équipe. Je suis fière d’avoir vraiment une bonne équipe. Écrivez-vous vos scénarios ?Les courts oui, mais pour les documentaires et les longs, j’ai un auteur. Avez-vous pour ambition d’éduquer, de sensibiliser le public sur certains sujets ?C’est primordial. Cette année mon ordre du jour central consiste à visiter des écoles. Je me suis rendue dans trois écoles le mois dernier pour enseigner aux enfants comment trouver leur voie à travers le cinéma, n’importe quelle forme d’art, la musique, la danse, la peinture… Leur apporter confiance grâce à une formation, des ateliers. C’est ma façon de rendre à la communauté. Les prix c’est bien mais le mieux c’est quand je reçois un mail d’une fille de 16 ans qui me dit qu’elle veut suivre mes pas, se servir de mon exemple auprès de sa famille. Voilà, j’ai réussi. Cela sert à la prochaine génération. Servir d’exemple est très important pour moi. Me montrer sous un jour positif pour influencer les autres.J’ai vu des photos de vous avec George Clooney, Sharon Stone etc. Comment gardez-vous les pieds sur terre?L’amour des gens, l’humanité, et mon amour pour cette planète. Nous finirons tous enterrés alors la vie est trop courte pour qu’on soit arrogant. La vie vous donne plus si vous restez connectés aux autres. En tant qu’artistes vos émotions sont exacerbées. Que je sois aujourd’hui dans une hutte de terre en Afrique et demain dans un palace, ce qui est excitant, la vraie expérience de vie se trouve dans les menus détails qui rendent l’ensemble intéressant. Vous ne pouvez répandre l’amour si vous êtes arrogant. Cela va à l’encontre du concept de vivre ensemble. Pour ce qui est du financement des projets, le gouvernement soutient-il les productions locales ?Je crois qu’ils sont en train de changer cela en ce moment. J’ai entendu dire qu’investir ici était au programme. Le film que je viens de tourner est une commande de Dubaï Culture, ce qui est super. C’est  important car cela va créer toute une économie, soutenir les artistes. Si nous produisons dix films et que l’un d’entre eux est sélectionné pour Cannes ou l’un des festivals de renom, son réalisateur est un ambassadeur du pays. Je me rends dans tous ces festivals, et il n’y a jamais un film de mon pays…Un film peut raconter l’histoire de façon unique et laisser une emprunte dans un pays de tradition orale ?Sur le tournage de MalalOui, un film est le parfait moyen, Il capte, c’est mobile, il voyage partout dans le monde, ça reste, vous pouvez faire des centaines de copies. La révolution du film a permis aux gens de saisir plus facilement leur propre histoire. Et maintenant c’est encore mieux car si vous ne parvenez pas à vous faire distribuer par les canaux traditionnels, il existe des alternatives on line.De quoi parle votre prochain film ?Il fait partie d’une thématique pour Soul of Dubai. Ali Mustafa (réalisateur de City of Life), un autre réalisateur et moi nous racontons tous une histoire autour de Dubaï. La mienne s’appelle « La voisine ». Je l’ai écrit et proposé et nous tournons tous 15 minutes de film. Il s’agit d’une expatriée, nouvelle à Dubaï qui interagit avec sa voisine, une vieille locale. Le dialogue est drôle parce que celle qui parle anglais ne parle pas l’arabe et celle qui parle l’arabe ne parle pas l’anglais. Et le traducteur est un petit garçon et c’est toujours inexact.Quels réalisateurs admirez-vous ?J’aime Lars Von Trier. J’aime les films noirs. J’adore Kubrick : c’est mon héro absolu. Pour ce qui est du cinéma plus commercial, j’aime aussi Clint Eastwood. Il sait tout faire : réaliser, produire… Pour les femmes, j’aime beaucoup Mira Neer et Deepa Metha.Quels défis les femmes doivent-elles encore relever ici ?L’accès à l’éducation à l’étranger. Rien ne l’interdit dans la loi mais c’est une décision qui se fait au niveau de la famille. En raison de leur sexe, de nombreuses filles n’ont pas le droit aux études internationales. Nous avons des écoles mais ce n’est pas la même chose de partir. Le second défi, ce sont les horaires. Dans mon métier on travaille très tard et beaucoup de famille ne laisse pas leurs filles sortir après 22 heures. Cela peut  perturber votre vie professionnelle. Ici les célibataires doivent vivre chez leurs parents même si elles sont vieilles ! Les hommes aussi d’ailleurs. Au moins, c’est égalitaire !Vous avez attaqué le sujet du flirt chez les adolescentes émiriennes dans votre film Once, pourquoi ?Le flirt, les rendez-vous galants sont contraires à notre tradition. Lorsque les jeunes filles atteignent un certain âge, elles sont évidemment attirées par l’autre sexe car nous vivons ensemble dans ce pays. Il n’y a plus de ségrégation comme avant et c’est très tentant d’avoir un partenaire. Vous avez des émotions. Vous voyez vos copines expats fréquenter des garçons et vous voulez faire la même chose. Alors vous trouvez d’autres moyens de communiquer avec le sexe opposé: par téléphone. Et cela amène à un rendez-vous. Voilà de quoi parle le film : l’histoire d’une fille qui va à un rendez-vous galant. Pour moi c’est un film d’horreur. Si je devais me rendre à un rendez-vous, je devrais raconter tellement  de mensonges que c’est épuisant. Il faut vous couvrir le visage, mentir à vos  parents, sauter dans un taxi, aller dans un mall, retrouver un type avec lequel vous avez juste parlé au téléphone, que vous ne connaissez même pas, et ne savez donc pas s’il est fiable. C’est dangereux. Et si quoi que ce soit arrive, vous ne pourrez pas en parler à vos parents. C’est très dangereux. Ce film dit « Attention ». Je refuse de flirter en secret. Je flirte ouvertement alors ça va.Comment le public a-t-il réagi ?Comme la fin est ouverte, les gens pouvaient envisager les choses de deux façons différentes. La première a été : « Super, vous allez décourager les filles de le faire ». L’autre a été « C’est un encouragement ». A mon avis, ce n’est ni l’un, ni l’autre. Je n’ai fait que décrire une réalité. Je voulais documenter ce qui se passe. Il y avait un risque que ce soit très dangereux pour cette fille pour plusieurs raisons : si elle se fait attraper par sa famille, si le copain se révèle être quelqu’un de malhonnête et la moleste… Il y a beaucoup de dangers autour de cela.Kyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
De nationalité émirienne, Dr Houriya Kazim est la première femme chirurgien du pays. Elle raconte comment elle a réussi à gravir l’échelle médicale et quels défis les femmes ont encore à relever aux Emirats Arabes Unis. Selon elle, leur avenir est entre leurs mains. INTERVIEW.Comment devient-on la première femme chirurgien d’un pays traditionnel ? Quelle est votre recette secrète ?Je suis originaire de Dubaï mais nous avons beaucoup voyagé durant mon enfance avec mon père qui était aussi chirurgien. Quand je suis née, il faisait son stage en Grande Bretagne donc j’ai passé les premières années de ma vie là bas. Il a travaillé dans les Caraïbes un moment, puis au Canada et nous sommes revenus dans les années 70. Donc j’ai passé mon enfance à l’étranger. Pour ce qui est de la médecine, je viens d’une famille de médecins alors ça n’a pas été vraiment une surprise. Mon grand-père paternel était un « hakim », un médecin traditionnel. Il n’a jamais étudié mais le village faisait appel à lui lorsque quelqu’un tombait malade et la plupart de ses enfants – je crois qu’il en a eu environ 25 avec toutes les femmes…- sont devenus médecins, même les filles. Ils ont tous été à l’école. En ce temps là, nous n’avions pas d’écoles, sans parler des universités ou des écoles de médecine. Ils ont donc tous été éduqués dans des écoles catholiques anglaises en Inde et enchaîné avec leurs études de médecine sur place.Catholique ?Oui, oui (elle rit). Il y a beaucoup d’histoires à raconter ! Cela m’a pris du temps à réaliser ! La famille est tellement grande et nous avons tous fait des études alors je croyais que c’était pareil pour tout le monde. Puis je me suis dit « Tiens, les cousins de mon père ne sont pas vraiment comme nous ! » Mon père a dans les 80 ans et la plupart des hommes de son âge ici n’ont pas reçu une éducation formelle et n’ont pas fréquenté l’université. La plupart sont des hommes d’affaires « self made ». Mon père dit que c’est sa mère –de Ras Al Khaimah-qui l’a poussé. Mon grand-père avait un Dhow et naviguait entre ici, l’Inde et l’Iran. Donc il mettait toute la famille sur le bateau et partait pour Bombay. Et comme Bombay faisait partie de l’Empire britannique, tout ce petit monde fréquenta l’école anglaise catholique (elle éclate de rire). Ce qui est bien. Il a appris l’anglais et a fait médecine avec ses frères et sœurs. Quant au reste de la famille, sa génération mais la suivante aussi, a fait médecine. Donc ce n’est pas très surprenant. Nous sommes très ennuyeux !Sur votre site, vous affichez ouvertement votre mariage mixte et le fait que vous ayez deux filles. Est-ce une façon de mettre vos patients en confiance ?J’ai rencontré mon mari à Sharjah. Il est américain. Il travaillait comme grand reporter pour la télé et couvrait la guerre Iran-Irak. Il était en train de se convertir à l’Islam alors c’était pratique (elle rit). Pour moi… Et pour vos parents ? Ont-ils approuvé ?Je ne suis pas sûre qu’ils aient encore vraiment accepté. Ça va faire 25 ans ! Ce n’est pas leur premier choix, disons. Mais ça va. Maintenant que je vieillis, je commence à apprécier ma famille. Jeune, on a tendance à les juger. Mais plus âgé, vous commencez à comprendre qui vous êtes et ce que vous êtes grâce à eux.Lorsque je rencontre d’autres femmes locales, je suis surprise par les combats qu’elles ont à mener. Nous en avons aussi mais les miens étaient d’ordre professionnel et non familial.J’ai grandi dans une famille où je ne savais pas qu’on avait le choix, que ce n’était pas une obligation d’aller à l’université et d’étudier. C’était comme ça. Tout le monde y allait.Et aujourd’hui je dis à mon père « Attends, il y a des gens qui prennent un café le matin, un cappuccino ! Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’on avait le choix ! » (elle rit).J’ai eu de la chance. Je rencontre des femmes qui doivent se battre pour étudier, pour avoir accès à une éducation ou pour étudier à l’étranger. Encore aujourd’hui.Quels autres combats les femmes doivent-elles encore mener ici ?Celui-ci est important. C’est mieux aujourd’hui car nous avons beaucoup d’universités. De nombreuses universités internationales ont une branche à Dubaï ou Abu Dhabi, ce qui a facilité les choses pour toutes ces femmes que leur famille ne laissait pas partir seules à l’étranger. Ce n’est pas la même chose que lorsque vous quittez le pays. En partant à l’étranger, vous apprenez aussi l’indépendance, à être avec les autres, à cuisiner, à nettoyer. Ce n’est pas seulement les études, c’est toute la vie de campus. Je n’avais jamais cuisiné chez mon père et tout à coup je me suis retrouvé seule au milieu de nulle part. Le Mc Donald ça va un moment ! Où avez-vous étudié ?J’ai obtenu mon diplôme principal de médecine à Dublin. Pourquoi Dublin ?On a choisi pour moi. Mon généraliste et mon dentiste étaient tout deux irlandais. Ils ont insisté. Il y avait encore les problèmes avec l’IRA et je me souviens de ma mère qui refusait« Pas question, il y a des bombes … » Mais ils disaient que c’était au nord et que l’école se trouvait dans la partie sud du pays. Ma mère a pris une carte et a répondu « Mais c’est encore trop près ! » Il a fallu beaucoup de persuasion. Puis j’ai fait d’autres diplômes au Canada et au Texas. Puis vous avez décidé de vous spécialiser dans la chirurgie du cancer du sein ?Après avoir obtenu mon diplôme en oncologie chirurgicale à Dublin, je suis revenue à Dubaï. J’ai fait mon stage à l’Hôpital russe. Puis je suis retournée en Grande Bretagne pour terminer mes études de chirurgie générale, mes spécialisations en oncologie chirurgicale et en chirurgie du sein.Le cancer est-il encore tabou ici ? Les gens ne refusent ils pas encore de parler de « cette maladie » de peur de l’attraper ?Ce tabou existe partout. Lorsque j’étais étudiante en médecine en Irlande, nous n’avions pas le droit de prononcer le mot commençant par « C » devant les patients. Même à cette époque, c’était quelque chose que l’on cachait. Ici le cancer est tellement courant, il y a tant de différentes formes de cancer…  Une femme locale me disait l’autre jour que le cancer était devenu comme la grippe. Lorsque je lui ai annoncé qu’elle avait un cancer et lui ai demandé si elle était surprise, elle a répondu que tout le monde avait le cancer. Et c’est vrai, c’est une réalité.Ya-t-il plus de cancers du sein ici que dans d’autres parties du monde ?On ne sait pas.J’ai lu que les femmes développaient des cancers du sein dix ans plus tôt qu’en Europe et aussi jeune que 17 ans ?Honnêtement, nous ne possédons pas de statistiques fiables car nous n’avons pas de registre du cancer. Mais nous observons une tendance similaire aux autres pays du Golfe et de l’Afrique du Nord : les femmes développent des cancers plus jeunes et des types de cancer beaucoup agressifs. Et nous ne savons pas pourquoi. Même les étrangères ?Oui. C’est pourquoi nous avons besoin d’un registre du cancer.  La majorité de la population de Dubaï étant étrangère, c’est difficile à expliquer. Les femmes sont-elles pudiques ici en ce qui concerne le cancer du sein ?Cela dépend. Les jeunes sont tellement informées et il y a eu beaucoup de sensibilisation faite dans les grandes villes. Parmi les plus âgées, certaines se doutent qu’elles l’ont mais ne l’affrontent pas parce qu’elles estiment que cela ne vaut plus la peine. Mais c’est plus facile de leur en parler. Je vois des personnes superstitieuses qui pensent que si elles en parlent, elles l’attraperont ou  un truc dans le genre. Mais le cancer s’est tellement banalisé, que les gens ne sont plus choqués. Les gens sont sensibilisés ?Oui. Le problème principal que j’ai à affronter est la jeunesse de mes patientes. Ce sont des femmes dans la fleur de l’âge : elles travaillent, ont des carrières, sont maman et les voilà qui développent un cancer, si jeunes. En Europe, 80% des cancers du sein ont lieu après 50 ans. J’ai de la chance si je vois une femme de 50 ans. En ce moment j’ai deux patientes de 28 ans, des femmes dans la trentaine, quarantaine… C’est pourquoi j’aimerais étudier cette tendance de façon scientifique. Les informations que nous avons sur le cancer du sein proviennent de pays où il y en a beaucoup mais je ne sais si elles sont pertinentes pour nous. Il me semble que notre cas est différent. Est-ce génétique ? Sommes-nous plus enclines ? Pourtant les femmes font tout ce qu’elles sont supposées faire pour minimiser leurs chances : elles ont leurs enfants jeunes, allaitent – l’Islam encourage à allaiter deux ans-, ne prennent pas d’hormones. Et pourtant, elles ont des cancers et plus tôt que tout le monde.Qu’avez-vous vu comme progrès ici dans le domaine des femmes depuis que vous êtes enfant ?Je n’ai jamais eu de problèmes ici, de quelque sorte. Comme je vous l’ai dit, dans ma famille étudier était une évidence. Ma mère, qui s’est mariée adolescente, était une femme extrêmement forte. Je n’ai réalisé que plus tard en grandissant, que la personne que l’on devient dépend en grande partie de ceux qui vous éduquent. J’ai été élevée par une femme dont le mantra était « non » ne fait pas partie des possibles, n’existe pas dans mon dictionnaire. On ne lui disait jamais non, ni que c’était impossible. Tout est possible, cela dépend de ce que vous êtes prêt à sacrifier pour y arriver. Voilà la mère avec laquelle j’ai grandi. Elle est toujours comme ça. Elle vit la moitié de l’année en Californie. C’est une artiste, tout à fait différente. Et même du point de vue de mon pays : lorsque j’ai dit que je ferai médecine, j’ai obtenu une bourse du gouvernement et personne ne m’a jamais empêchée d’y arriver du fait que j’étais une fille. Personne ne m’a empêchée de devenir chirurgien bien que ce soit un métier traditionnellement masculin et qui le reste. Personne ne m’a conseillé de choisir plutôt la gynécologie ou la pédiatrie, des disciplines plus féminines. J’ai eu de la chance, j’ai été soutenue tout le long. Même lorsque je suis revenue et qu’il n’y avait pas de femme chirurgien, il n’y a eu aucun problème car les gens ont réalisé qu’en fait il y avait un besoin. Je recevais des patients qui préféraient avoir à faire à une femme même en bas de l’échelle. Et lorsque je suis devenue la première femme chirurgien des E.A.U, il n’y en avait pas plus de 2% en Grande Bretagne et 10% aux Etats-Unis. Alors, on n’était pas si loin derrière ! Je comprends mieux pourquoi. A l’époque, j’ai suivi ma passion. Mais ce n’est pas un chemin facile. Je n’aimerais pas que mes enfants suivent cette voie, car c’est long, fatiguant et vous sacrifiez une grande partie de votre vie. Et en général ?C’est totalement différent. Mon Dieu ! Je rentrais pour voir mes grands-parents. Tout a changé : la façon dont ils vivaient, plus tranquille, plus lente. Avec le recul, c’était peut-être mieux mais je dis cela en tant que personne plus âgée. Lorsque je suis venue travailler à l’hôpital russe dans les années 80, jeune et célibataire, je trouvais tout tellement ennuyeux. J’en voulais plus. Aujourd’hui il y a plus de tout : culture, art. Je ne peux croire tout ce qu’on a maintenant. Vous avez deux filles de 6 et 8 ans ?Oui mais je les ai eu à 40 ans car c’était impossible avant avec ma carrière.Les hommes et les femmes sont-ils égaux ici ?Je n’ai jamais été confronté à une impossibilité de faire quoi que ce soit. Jamais. Même à la maison, si vous rencontrez mes oncles et tantes, nous prenons nos repas tous ensemble même si il est de tradition de s’asseoir à part. Mais votre famille est particulièrement libérale, ce qui est rare ?Très.D’autre part, vous n’êtes pas voilée ?Oui, ça c’est moi. Et certaines femmes de la famille le sont. Je travaille comme ça. Je ne peux pas être en abaya et sheila avec ce que je fais. Vous portiez l’abaya ?Non. Pas régulièrement.Et vos parents ne vous y obligeaient pas ?Pas du tout. J’ai de nombreuses tantes et cousines qui se couvrent et c’est bien. Mais c’est encombrant pour moi : je traite avec du sang et des tripes…Une chose est la famille et votre choix personnel, mais quelles sont les réactions au niveau social ?La plupart des femmes qui portent l’abaya et le sheila le font plus par tradition que pour des raisons religieuses. Elles le portent lâche, on voit leurs cheveux. C’est plus une question de mode. Ces gens là n’y voient aucun problème. Celles qui me font des commentaires sont les religieuses qui portent le hijab très ajusté ou le niqab. Mais dans notre religion vous ne pouvez forcer personne. Ils doivent embrasser la religion. On embrasse l’Islam. Personne ne peut vous obliger à vous convertir. Personne ne peut vous obliger à vous couvrir. Donc ça va, je m’en sors.Quels challenges les femmes ont-elles encore à relever ?La chose principale et j’essaye de le dire aux femmes, est qu’il n’est pas facile d’accéder au sommet. Et il y a encore beaucoup d’autres questions culturelles auxquelles nous devons faire face. En principe, vous commencez au bas de l’échelle et vous gravissez les échelons jusqu’au sommet. Mais le problème c’est que beaucoup de filles vraiment intelligentes, qui réussissent bien à l’université, s’arrêtent en cours, quand elles se marient, ont des enfants et que leurs maris leur disent qu’elles doivent rester à la maison, qu’elles ne peuvent pas travailler. C’est un problème que nous n’avons pas encore résolu. Les femmes ont cette motivation mais il faut encore qu’elles résistent, continuent et ignorent les influences extérieures. Je suis devenue la première femme chirurgien mais je n’étais pas la première à essayer. Et le problème est que les gens abandonnent. J’ai eu mes enfants tard parce que je savais que sinon je n’arriverais pas où je suis. Dans tous les domaines, je vois des gens se lancer et laisser tomber. Et cela me contrarie un peu. Et puis, elles sont soutenues financièrement, pas comme des femmes qui n’ont pas le choix économiquement. Leur mari leur dit qu’elles n’ont pas besoin de travailler, qu’ils gagnent suffisamment, elles ont une maison ou des aides du gouvernement… Du coup, elles ne donnent pas tout ce qu’elles peuvent. C’est ce qui nous manque. Personne ne les arrête pourtant. Elles ont toutes les opportunités et la loi de leur côté. Nous ne sommes pas en Iran où certains métiers sont interdits aux femmes. Cela n’existe pas ici. Tout est possible. Mais je voudrais voir cette passion. Tout à l’heure, une patiente m’a demandé un congé maladie pour deux jours parce qu’elle est enceinte. J’ai opéré le matin et accouché l’après midi, attendre un bébé n’est pas une maladie. Cela me dérange car je constate qu’elles ne sont pas heureuses dans leur travail, qu’elles n’exercent pas un métier qui les passionne. Beaucoup choisissent d’être fonctionnaires par confort et pour les avantages au lieu de domaines où elles pourraient faire la différence et y travailler. Parlez-vous l’arabe à la maison ?Très mal. Mes filles ont besoin de cours. C’est un problème.Vous êtes-vous mariée traditionnellement ?Oui ! On a fait les trois jours !Ça a dû être quelque chose pour votre mari ?Non parce qu’il a vécu en Orient longtemps. Il a vécu épisodiquement en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, au Liban, en Iran pour couvrir les conflits. Il connaît mieux mon pays que moi quelque fois et la religion, n’en parlons pas. Lorsque vous êtes éduqué d’une certaine façon, vous le tenez pour acquis. Lui a dû étudier et vraiment s’immerger. Il avait ce mix Oriental-Occidental alors que moi je suis d’ici tout en ayant passé beaucoup de temps ailleurs. Nous sommes comme les deux faces d’une même médaille.Dr Houriya Kazim a fondé Well Woman Clinic, www.wellwomanclinic.comKyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
Abeer al Suwaidi a ouvert sa boutique, USH, en 2009. USH a la même sonorité que le mot « nid » en arabe. Cette jeune styliste émiratie s’est alors rendu compte que cela voulait aussi dire espoir ou bénédiction dans d’autres langues, un nom tout à fait approprié pour un showroom qui abrite les collections des designers locales qu’elle accueille en plus de la sienne. Rencontre avec une artiste excentrique au grand cœur et au style déjanté.Vous détournez l’abaya. Dites-nous en plus au sujet de votre style et de votre prise de position ?Je voulais faire des expérimentations avec l’abaya et l’exposer à différentes influences.  D’une façon un peu branchée. C’était un peu angoissant car il s’agit d’un des éléments les plus précieux de notre culture. Je voulais faire une petite entorse à l’abaya version classique et exprimer ce que je pensais devoir être une abaya. Je ne savais même pas si cela intéresserait quelqu’un. Lorsque j’ai commencé en utilisant du cuir, des ceintures, des corsets magnifiant le corps, je ne savais pas comment les gens réagiraient. J’ai utilisé la chambre à l’arrière presque comme un laboratoire. C’était une expérience et les femmes ont commencé à venir.Et elles ont réagi de façon positive ?Tout à fait. Je m’exprimais, moi, Abeer.Et comment ont réagi les hommes ?Nous avons eu quelques maris en colère (elle rit). Un jour, une fille qui avait acheté ce que j’appelle la « skinny abaya » en référence au jeans skinny (ndlr : près du corps et serré en bas), - je voulais quelque chose qui soit au moins mince (elle éclate de rire)… C’est ce qui a lancé la marque, ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Donc, elle portait cette abaya et déambulait dans la boutique en disant qu’elle en voulait une autre. Je riais en disant « mais vous en portez déjà une ». « Oui, a-t-elle répondu, mais mon mari est dehors et il me dit « non! » Donc j’en achète une autre». Pour elle c’était un positionnement mais son mari était fâché et s’énervait en dehors (ndlr : les hommes ne sont pas admis dans la boutique). Nous avons eu quelques situations amusantes de ce genre. Cela vous permet de connaître les clients de façon un peu plus personnelle. Les femmes qui mettent mes vêtements les portent bel et bien comme une prise de position.Comment définiriez-vous cette prise de position ?Elles sont puissantes, fortes, courageuses. Elles ont quelque chose à dire. Même si vous êtes silencieuse, que vous ne dites pas quelque chose verbalement, vous l’exprimez en portant mes abayas.Croisez-vous des femmes portant vos abayas quelque fois ?Oui. Je me dis : « tiens ! » J’aime les voir portées, en public.Parce qu’elles sont vraiment reconnaissables ? C’est toute l’idée. Comment vous est venue l’idée de changer l’esprit de la abaya classique qui vous était familière et de développer ce style excentrique ?En fait, tout ce que j’ai fait c’est ouvrir des horizons à l’abaya classique. L’ouvrir au monde. Afin que tout le monde puisse y avoir accès. C’était difficile car la frontière est ténue. Comment réussir à la métamorphoser d’un vêtement classique à un vêtement moderne et contemporain. Mais en réalité la seule chose que j’ai faite, c’est de revenir à la coupe traditionnelle, héritée de la tradition classique et la transformer en un style qui parle aux jeunes.Vos abayas sont aussi le reflet de ce qui se passe à Dubai : une culture traditionnelle et conservatrice mais exposée à toutes sortes d’influences internationales, de styles de mode et de matériaux importés de l’étranger ? Oui, tout à fait. Nous évoluons avec ce qui arrive à notre culture ici.Et cela se fait en douceur ? Vous voulez dire dans la mode (elle rit) ? Cela se fait en douceur mais voilà pourquoi USH existe. Si vous me trouvez trop expressive, trop excentrique, si vous trouvez mon style trop tape à l’œil, vous trouverez ici d’autres marques qui, bien que modernes et contemporaines n’en restent pas moins classiques.L’idée consiste à ne pas trop bousculer les gens ?C’est ça.Vous ne voulez pas aller trop vite non plus, juste proposer autre chose ?Oui. Il faut être prête à portez mes vêtements et se sentir à l’aise.Quelles matières utilisez-vous ?Pour ma dernière collection qui sort maintenant, j’ai utilisé beaucoup de velours. Je travaille beaucoup avec des broderies délicates faites à la main, de vieilles broderies mélangées à des matières très modernes. J’utilise du coton. Les femmes étrangères sont très intéressées par les abayas en coton car c’est plus proche du prêt à porter. La matière que l’on utilise en principe pour les abayas est le crêpe saoudien.Comment se sent-on dans cette matière ?C’est agréable. Cela dépend de la qualité. Il y a différents types de crêpe. C’est doux et léger. Mais nous utilisons à présent d’autres matières comme le satin, le coton, la dentelle et même le jersey en hiver.Et vous utilisez aussi des matériaux très « rock and roll », voire punk ?Oui. Des pics, du métal, des harnais. Ça c’est la Abeer qui se révèle ! C’est moi. C’est vraiment quelque chose que je voulais exprimer à travers l’abaya. Ces tempéraments existent même en portant l’abaya : des filles rock avec de fortes personnalités. Pour mon deuxième fashion show, j’ai fait une collection Bob Marley, très différente puisqu’elle était reggae. Chaque fois que je dessine une collection, que je fais un fashion show, c’est une prolongation de ma personnalité.Et comment réagit votre famille ?Mes parents me soutiennent. Les deux sont artistes. Ils peignaient lorsque j’étais jeune alors ils comprennent ce que je fais.  J’ai parfois un oncle ici ou là … (elle rit) qui me fait la morale.Que vous disent-ils ?Fais attention. C’est l’abaya. C’est au cœur de notre culture et de notre religion. Ne vas pas trop loin, respecte. Seriez-vous prête à ne pas porter l’abaya ?Non. J’aime mon abaya. En tant qu’émiratie, c’est mon identité. J’aime l’abaya.Cela vous paraîtrait bizarre de ne pas en porter ?Oui parce que l’abaya montre à tout le monde qui je suis et d’où je viens. Nous avons de la chance de l’avoir car personne ne peut se tromper sur notre compte. Les gens savent qu’ils ont face à eux une émiratie ce qui est rare à travers le monde : voir quelqu’un et immédiatement savoir qui il est. Pour moi, l’ abaya est une fierté et la porter une preuve immédiate de mon identité.Qu’avez fait comme études ?Je suis allée à l’université à Abu Dhabi et j’ai étudié "communications" au Dubai Women’s College mais j’ai rejoint la mode. J’ai toujours voulu travailler dans la mode et j’ai toujours eu un style à part. Pour mon entrée en sixième, j’étais la seule à venir avec une robe… énorme ! Tellement volumineuse, comme une robe de bal. Qui fait ça ? Comment ma mère m’a-t-elle même laissée sortir ? Bon, vas-y exprime toi mais en dehors de la famille ! Je suis donc sortie dans cette robe et je me souviens d’avoir été sur scène et gagné le prix de la plus belle robe. Mais je ne crois pas que les autres trouvaient ça cool à l’époque !Comment vos collègues, votre famille, vos amis vous décrivent-ils ?Une excentrique, un peu différente. Créative. Quels créateurs de mode admirez-vous ?Alexander Mc Queen, Vivienne Westwood, et beaucoup de designers japonais comme Yohji Yamamoto.Avez-vous vécu à l’étranger ?Un an à Singapour.Que portez-vous sous votre abaya aujourd’hui ?Un legging noir, un marcel noir et mes chaussures à talon rose fluo (elle éclate de rire).Qui est votre clientèle ?Tous les âges. Des jeunes filles et jusqu’à 50 ans. Des émiraties mais aussi des femmes d’Oman, du Qatar, des Saoudiennes. Et même des Yéménites qui pourtant ne portent pas la abaya. Je suis très heureuse quand elles craquent pour une des miennes. Un projet ?Nous prévoyons d’ouvrir une boutique à House of Frazer à Abu Dhabi début 2013.Quelle différence de style notez-vous entre les femmes occidentales et moyen-orientales ? Souffrir pour être belle. Nous sommes plus là dedans. J’ai remarqué que sur le marché européen, ils veulent des choses plus légères, confortables. Nous sommes prêtes à souffrir : les pics, les ceintures, les talons aiguilles, le maquillage. On prend la mode au sérieux ! Et on est très « total look », des pieds à la tête. Le sac est assorti aux chaussures. Elles adorent. Je sors une ligne de prêt à porter. En Irlande, nous avons fait un show et les femmes ont adoré les abayas. J’étais surprise : elles en veulent mais bien sûr, pour elles, elles sont trop longues, pas pratiques… Mais elles ont aimé le style, la couleur noire. Donc je développe une ligne de prêt à porter pour mes clientes occidentales.Quels sont vos temples du shopping à Dubai ?If Boutique. Une vraie boutique qui propose quelque chose de différent.Où sortez-vous ?Je n’ai pas le temps de sortir mais en hiver, nous allons dans le désert. Près de la route, vous verrez tous les émiratis avec leurs tentes et leurs théières. On reste là jusqu’à minuit, toutes générations confondues. Et sur une autre colline (dune), il y a nos amis. On prend les motos, les quads…Une journée dans la vie d’AbeerJe me lève vers 7h30 avec mes enfants. J’en ai trois. Nous nous asseyons ensemble et discutons. Je leur fais la morale : soyez gentils, ne faites pas de mal aux autres. Quand ils sont partis pour l’école, je dessine et fais mes recherches. J’ai de l’inspiration le matin. Je travaille avec mon mari. Nous travaillons beaucoup. C’est bon signe ! Hamdulilla ! J’ai un bébé de 9 mois alors je passe ensuite un peu de temps avec lui puis je vais chercher mes enfants à la sortie de l’école. Je passe à la boutique, dans mes deux autres boutiques aussi, je regarde la production. Le soir, je repasse à la maison et je les mets au lit. Finalement, vers 20-21h, je sors enfin prendre un café et je retrouve d’autres designers. Je n’ai pas beaucoup de temps à « moi » en ce moment ni de vie sociale. Si quelqu’un veut m’inviter à prendre un café d’ailleurs ? Je suis souvent chez Shakespeare au Village Mall. Mes vies professionnelles et personnelles sont mêlées.Petit lexiqueAbaya : robe de tissu noir portées par les femmes au Moyen Orient afin de dissimuler leurs corps et leurs cheveuxJalabiya : Robe colorée plus décontractée portée en intérieurKaftan : robe un peu plus habillée que la jalabiya mais de même espritSheila : foulard noir se portant comme un voile servant à camoufler la chevelure. Les voiles de couleurs sont des foulards.Kyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
Dimanche 6 janvier 2013, presque midi, je suis en route pour récupérer mon fils. Au feu rouge juste avant d’arriver à l’école, je crois avoir une hallucination… Un camping car immatriculé en France, dans le 44, attend au même feu, dans la file d’à côté. Est-ce bien réel ? Serait-ce les bulles de champagne du 31 qui pétillent encore dans mon cerveau ? Non pas possible, ça fait une semaine… Des autocollants placés à l’arrière du véhicule ne laissent aucun doute sur le pourquoi du comment. Je descends, vite, avec mon téléphone en main, je toque à la fenêtre, et là surprise, c’est une jolie jeune femme au volant. A la place passager, un petit garçon d’une dizaine d’années. Je comprends tout de suite qu’il s’agit de la maman et de son fils. Nous échangeons quelques mots en vitesse, avant que le feu ne passe au vert et surtout, j’enregistre son numéro de téléphone. Je suis sûre que l’histoire de cette famille est à ne pas rater ! J’en saurai plus rapidement.Lundi 14 janvier 2013, 10h du mat’, cette maman voyageuse et ses enfants sont installés dans mon salon… nous faisons connaissance…Christine, c’est une VRAIE femme. Elle est très jolie, porte du vernis aux ongles, son regard serein est plein de bienveillance… et la mécanique n’a plus aucun secret pour elle. Christine conduit un énorme camping car. Elle et ses deux enfants, Thomas et Julie, âgés respectivement de 10 et 12 ans, sont partis depuis 6 mois de Nantes. Après une préparation d’environ 2 ans et demi, ils se sont mis en route pour un périple d’un an à travers le Moyen-Orient et l’Asie. Ils sont passés par l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran, et Oman, et se sont posés quelques jours à Dubai, pour faire une pause dans cette aventure parfois éprouvante, mais merveilleuse. Une pause de civilisation, de consommation, de modernité, de confort, de lumières de la nuit, de supermarchés, de piscines, de vraies maisons, puisqu’ils ont été invités ça et là chez des français expatriés.Christine a toujours voulu voyager. Lorsqu’elle termine ses études de commerce international, elle ne sait pas au juste ce qu’elle veut faire, mais elle sait ce qu’elle ne veut pas : travailler dans un bureau, avoir une vie « classique ». Christine veut découvrir le monde, partir. C’est chez Emirates en tant qu’hôtesse de l’air que sa « vraie » vie va commencer. La vie comme elle la rêvait : pleine de rencontres et d’expériences riches.  Avant de devenir maman, elle part en bateau sur les mers du monde, en sac à dos un peu partout,  vit en Californie pendant deux ans et, souhaite ainsi un jour pouvoir transmettre à ses enfants cette soif des voyages et de découvertes. On peut dire que jusqu'à présent, l’objectif est déjà atteint. A la fin du voyage, une chose est sûre, Julie et Thomas reviendront avec mille choses à raconter à leur famille, et à leurs amis, et des souvenirs extraordinaires ancrés à vie.Christine a donc connu Dubai il y à une quinzaine d’années, à une époque finalement pas si lointaine où l’on circulait facilement, où la vie était plus « simple » et plus authentique… A cette période, elle avait adoré Dubai. Aujourd’hui, c’est surtout Thomas, son fils qui prend la relève. Pour lui, de tous les pays qu’ils ont parcourus depuis leur départ, c’est celui qu’il préfère. Tous ces buildings l’impressionnent et le font rêver ; Christine et Julie ont beaucoup aimé l’Iran et Oman, pour leur aspect montagneux, rocailleux. Mais surtout, la famille y a rencontré des gens formidables, parmi les autochtones qui ont eu la curiosité de les approcher pour s’intéresser à leur périple, ou pour les aider. Et à égalité entre ces deux pays. Au quotidien, les journées se déroulent au rythme des longs trajets parcourus, des visites des villes et villages par lesquels ils sont passé, des intempéries, des rencontres, des cours du CNED que les enfants suivent consciencieusement, des problèmes mécaniques que Christine sait régler elle même grâce à la formation que lui a apportée un de ses amis avant le départ. Parfois le trio connaît quelques embûches comme ce jour où le camping car n’avançait plus sur une route de montagne sinueuse et très raide, en Italie. Christine a du s’armer de courage, de patience et surtout de sang froid pour pouvoir descendre en marche arrière et manœuvrer son énorme camion sur ce chemin très étroit pris entre la rocaille et le ravin. Une autre fois, sur le bord d’une petite route au milieu des montagnes iraniennes, éloignés de la vie et de la ville, le tout dans une ambiance glauque à souhait, la batterie du camping car ne répond plus. Il tombe des cordes dehors et il fait froid… Christine aura eu la chance de rencontrer un gentil monsieur, muet, qui la remorquera avec sa vieille camionnette, et les sortira de cette mauvaise passe.Pour ce long séjour hors de nos frontières, cette super-maman doit faire preuve d’une grande vigilance de tous les instants, que ce soit sur la route ou dans la vie de tous les jours. Aussi, elle a tout prévu avant de partir : la sécurité, (la sienne et celle de ses enfants car elle a suivi des cours de self défense pendant deux ans avant le grand départ, ainsi que Julie, et s’est munie de ressources bien spécifiques au cas où), la santé, le quotidien, la mécanique, la scolarité à distance des enfants, le budget (un peu plus de 1,000 euros par mois selon les pays), un congé sabbatique de un an (elle est guide dan une usine ultra moderne), et le blog (http://jumatolie.eklablog.fr/) sur lequel on peut suivre les péripéties de l’équipée, entre autre leur parcours en Oman (consulter l’article « Oman les tortues », ou le nouvel an à Dubai…etc ; les photos postées régulièrement sont magnifiques et illustrent bien l’aventure.)Ce qui leur aura manqué: l’interaction, en français, avec des gens de leur âge (pour chacun des trois), le sport, le papa, l’espace par rapport au logis confiné, le confort d’une bonne douche bien chaude et d’une chambre bien à soi principalement.Ces deux enfants ont la chance de réaliser que la vie dans un pays développé et occidental tel que la France est complètement différente de la façon dont on peut vivre ailleurs et dont ils sont les témoins privilégiés.Christine a eu une prise de conscience depuis son départ, et elle a envie de la transmettre à ceux qui auraient peur de se lancer dans n’importe quelle nouvelle aventure, nouvel apprentissage ou dans ce genre d’expérience : il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, d’aller en dehors des sentiers battus, d’oser… la vie est riche ! (cf. le nouvel anglicisme à la mode : YOLO : You Only Live Once).Le joyeux trio passe encore quelques jours dans les Emirats puis s’envolera (eh oui, le camping car, lui, prendra le bateau) vers l’Asie (Malaisie, Laos, Cambodge…etc, le trajet n’est pas encore tout à fait validé).  Puis le retour à la mère patrie se fera en juin 2013. Bon voyage à eux, bon vent et félicitations à Christine pour son courage et sa persévérance !
Saba est pétillante, douce et légère, pourtant ses œuvres sont puissantes, lourdes de sens et émouvantes, mais jamais sombres. Sa dernière exposition, à la galerie Cuadro au DIFC, nous fait découvrir un de ses univers,  intense et coloré. Des vêtements, des tissus, des foulards … qui semblent flotter autour, ou en l’absence, de corps invisibles. Chaque tableau suggère des formes inattendues qui offrent à chacun des évocations différentes selon sa sensibilité. Les drapés sont si réalistes que certaines toiles pourraient, au premier regard, passer pour des photos ; mais la composition, l’émotion et le mystère qu’elles dégagent nous emportent dans une autre dimension.L’œuvre de Saba est largement influencée par les moments intenses de sa vie de femme. Deuils, naissances, maternité, sont des évènements qu’elle transcende dans son expression artistique. Contrairement à sa personnalité qui est si abordable et attentive, son travail est très introspectif, ses toiles très travaillées, riches de détails et de sens et surtout, comme elle, d’énergie.Et encore, ce sont là « que » ses œuvres artistiques, dont elle parle volontiers, mais ceux qui la connaissent savent qu’elle investit aussi son énergie dans  d’autres « œuvres », au sens où l’entendaient nos grand-mères. En effet Saba est une des co-fondatrices de Mums’share, une association  qui distribue de la nourriture aux travailleurs sur les chantiers tous les jeudis. Un geste simple (mais pas si simple à mettre en œuvre et pour lequel elle est aidée, entre autres, par un groupe de françaises ) mais très symbolique, de partage avec ces hommes qui par leur travail font aussi Dubai.Ne  comptez pas sur elle pour jouer l’artiste maudite ou la passionaria humanitaire. Elle est beaucoup plus complexe et profonde que chacun de ces 2 rôles. L’art, qu’elle a étudié toute sa jeunesse, au Pakistan d’abord puis aux Etat-Unis pour son MBA, est pour elle un moyen d’expression fondamental, sa façon de transcender les épreuves et les bouleversements de la vie. Cependant,  elle considère que c’est un privilège de pouvoir pratiquer son art et c’est ainsi que lui est venue la nécessité de  donner en retour, aux moins favorisés, une partie de son temps et de son énergie. Sur cet engagement humanitaire, elle reste très discrète et n’en parle que si on insiste. Et c’est avec un naturel déconcertant, comme si cela coulait de source, qu’elle raconte comment elle discute avec les chefs de chantier pour obtenir leur accord pour les distributions ! Elle n’en veut tirer ni éloge, ni notoriété, elle se satisfait juste d’agir humainement.En effet, contrairement à beaucoup d’artistes qui, parfois malgré eux, sont totalement égocentriques, Saba est tournée vers les autres par nature et par engagement. Elle aime partager. Partager son art en exposant ses œuvres, partager son savoir en enseignant l’art à l’American University of Dubai (AUD) et en tant que professeur honoraire à l’université de Lahore, partager sa notoriété avec sa belle-sœur, artiste aussi et son frère compositeur !Pourtant cet équilibre profond n’est pas inné, elle y travaille. Elle le dit elle-même, ses œuvres sont un exutoire pour ses démons, ses peurs et ses interrogations face à la mort, la pourriture du corps et quelques autres sujets morbides qui influencent profondément son travail.Quand on l’interroge sur son processus créatif, on comprend que la technique n’est pas un problème, pour elle peindre, c’est jubilatoire. Elle maîtrise les drapés classiques comme les techniques mixtes et saura utiliser du café et ses pouces sur du papier ou de l’acrylique sur une toile, sans aucun état d’âme. Cequi lui importe ce n’est pas le médium, mais le message.  Et le message qu’elle transmet, peut-être inconsciemment par son histoire, sa personnalité et son énergie, est un message profondément humaniste. Ce message rayonne dans son sourire et sa gaité face à la vie et à l’avenir,dont elle n’ignore pourtant en tant que femme et mère, ni les enjeux,ni les épreuves.Pour en voir et savoir  plus :Galerie Cuadro jusqu’au 09/02/2013 :Contemporary Art From Pakistan: Saba Qizilbash : 09/01/13 - 09/02/13http://www.cuadroart.com/en/exhibitions/contemporary-art-from-pakistan-saba-qizilbash.htmlhttp://sabaqizilbash.com/Pour celles qui veulent contribuer par leurs dons à Mums’Share contacter Oriane Kunterman : emailProtector.addCloakedMailto("ep_3583172e", 1);
Laila Mohamed Suhail est la jeune Directrice générale de l’Établissement en charge des Événements et de la Promotion de Dubaï. De son bureau, elle donne le tempo événementiel d’une ville qui s’est forgé la réputation d’être l’une, voire, LA destination shopping la plus courue au monde. INTERVIEW. Comment le Dubai Shopping Festival (DSF) et l’Établissement en charge des Événements et de la Promotion de Dubaï (DEPE) ont-ils vu le jour? Le DSF a été lancé en 1995 par Sheikh Mohammed et le premier événement a eu lieu un an plus tard. Nous fonctionnions alors comme un bureau. Le DSF est le plus grand festival de Dubaï. Nous sommes chargés d’en faciliter l’organisation. Nous avons ensuite lancé Dubai Summer Surprises (DSS) en 1998, le deuxième festival de la ville. Cela a eu un impact majeur en termes de fréquentation. En 2008, nous avons continué avec Eid à Dubaï et Ramadan à Dubaï. Puis, en 2009, notre Souverain a passé un décret pour changer le mandat du DSF qui est alors devenu l’Établissement en charge des Événements et de la Promotion de Dubaï (DEPE). Notre nouvelle mission consistât alors à travailler à un calendrier d’événements et devenir une plateforme dont le rôle est d’aider à l’organisation de tous les événements de Dubaï. J’en suis la Directrice générale. Puis-je vous demander votre âge pour être ainsi à la tête des festivals les plus réussis d’une ville comme Dubaï, l’une des destinations les plus prisées en termes de shopping ? J’ai 36 ans. Comment en êtes-vous arrivée là? J’ai débuté comme Coordinatrice sponsors avec le DSF en 1995. J’étais alors fonctionnaire du Département du développement économique. Je suis devenue Sponsor Manager en 2000, Chef du marketing en 2004 et j’ai été promue Directrice générale du DSF en 2008. L’étendue et la nature de notre organisation si vivante et active m’ont permis d’acquérir une expérience qui va croissant. Alors que vous organisez vous inter-réagissez avec le secteur privé, le gouvernement et les média. Cela vous donne une immense quantité d’expériences et de connaissances. J’ai été impliquée dans 32 festivals de la ville : 17 ans pour le DSF et 15 ans pour le DSS. J’ai été associée à ces événements depuis le commencement.Comment avez-vous bâti cette carrière en tant que femme ? En tant que femmes émiraties, nous bénéficions d’un grand soutien de nos leaders, en particulier Sheikh Mohammed. Il encourage toujours le leadership féminin. Je suis aussi à la tête du Comité Sportif de Dubaï dirigé par le Prince héritier qui croit beaucoup au sport. Même là nous sommes soutenues. Qui a eu l’idée du DSF ? Son Excellence. Vous semblez passionnée par votre travail ? Je le suis, oui. C’est un domaine vraiment unique où l’on interagit avec les différentes parties prenantes, secteurs de la ville, des gens très divers. Organiser des événements dans une ville comme Dubaï vous met en contact avec tellement de nationalités différentes. Êtes-vous ambitieuse ? Je suis passionnée. J’aime mon travail. J’adore le secteur événementiel et je suis une personne créative. J’aime trouver de nouvelles idées. J’aime les challenges. Le marketing est ma passion. Quelle meilleure toile que Dubaï ? Dubaï est un endroit où les idées prennent forme, où les rêves se réalisent. Ces 15 dernières années, nous avons vu se construire la Marina, Downtown, Burj Khalifa, Dubai Mall. Toutes ces visions, nous en faisons l’expérience chaque jour. Les idées sont réalisées ici. Cela vous pousse à la créativité lorsque vous en voyez les résultats. Quel était le taux de fréquentation du DSF au début et maintenant ? Nous avons commencé avec un peu plus d’un million de visiteurs et nous en avons eu 4,6 millions en 2012. Nous avions 15 malls et aujourd’hui nous en comptons plus de 50. Un millier de marques participaient et elles sont plus de 6000 à proposer des rabais et participer à la saison des soldes à présent. Quel est le secret ou la raison d’un tel succès ? Notre communication avec les différents secteurs. La chose la plus excitante est que nous travaillons tous ensemble, le gouvernement et le secteur privé. Il existe de nombreuses synergies. C’est la raison de notre succès. Les gens de l’étranger nous demandent « comment faites-vous cela ? » C’est la relation, le travail d’équipe, le soutien que nous nous apportons les uns les autres. Ils sponsorisent nos événements, nous les impliquons dans nos activités, nous leur donnons du feedback, nous les consultons, nous les soutenons, nous facilitons leur business. En tant que spécialiste de marques, diriez-vous que Dubaï est la meilleure marque pour laquelle travailler ? Absolument. Pourquoi est-ce important pour les marques de faire partie du DSF ? C’est l’une des saisons les plus importantes du commerce de détail. Ils planifient leurs promotions et leurs activités à l’avance en fonction du DSF. Quel est votre parcours? J’ai un diplôme du London City College en Traitement et Programmation. Je suis en train de faire un masters via Internet en Programmation au Chartered Institute of Marketing (CIM). Comment avez-vous convaincu les sponsors de la région et du monde ? En leur montrant que Dubaï est une ville où les rêves deviennent réalité. Dubaï s’est forgé cette réputation. Grâce à cela, le secteur privé a cru en Dubaï et son leadership, qui a construit la ville comme une marque et a cru en cette marque. Les détaillants ressentent les bienfaits du festival et voient la fréquentation augmenter. Quel est votre prochain challenge ? Dubaï a énormément grandi. Lorsque nous avons lancé le DSF en 1996, la ville était différente. Aujourd’hui elle a besoin de plus en plus d’activités, les attentes sont très élevées de la part du gouvernement et du public. Ils attendent de nous que nous réinventions et que nous rajeunissions les festivals. De quoi êtes-vous le plus fière ? Faire partie d’un secteur d’activités unique qui bénéficie à l’économie et à la croissance de la ville. Je suis fière de faire partie du secteur événementiel et d’être associée aux marques DSF et DSS. J’ai fait 18 DSF, 16 DSS et 8 Eids ! Combien d’employés dirigez-vous?65 dans toute la structure DEPE. Comment est-ce d’être une femme directrice générale ?Nous sommes bénies dans ce pays d’avoir un gouvernement qui croit aux femmes et à leurs capacités. Malgré le fait qu’au Moyen-Orient nous vivons dans un monde d’hommes, le gouvernement reconnaît notre potentiel. De nos jours le pourcentage de femmes occupant des postes à responsabilité au sein du gouvernement a augmenté et continue d’augmenter. Je crois que le DEPE est une preuve de plus que les femmes peuvent diriger et je l’ai fait depuis quelques temps déjà. J’ai commencé comme employée il y a 18 ans pour DSF et je suis aujourd’hui à la tête d’une équipe professionnelle qui a monté des festivals de renommée internationale.Êtes-vous mariée? Non mais j’ai une grande famille de huit frères et sœurs et ma mère. Mon père est décédé l’année dernière. Je passe du temps avec mes neveux. Dans quoi travaillaient vos parents ?Mon père était un employé des douanes et ma mère femme au foyer.Ils doivent être fiers de vous? Ils le sont. Leurs prières, c’est aussi cela qui nous aide à avancer. Pouvez-vous imaginer votre mère à votre place quarante ans plus tôt? Notre pays a 41 ans. Nous sommes tous très fiers de ce qu’il est devenu. Un tel développement et une telle croissance en si peu de temps. Quelle est votre relation avec Sheikh Mohammed ? Je l’ai vu de nombreuses fois. En dépit de ses responsabilités, il vous traite toujours comme s’il était proche de vous et vous motive à faire plus, il encourage l’équipe de direction. Quelles sont ses principales qualités qui vous viennent en tête? C’est un vrai leader. Un homme capable de réaliser les rêves et un père aimant : il nous traite comme si nous étions ses enfants. Ce n’est pas la première fois que j’entends cela et une telle relation est vraiment propre à Dubaï ? Nous sommes un peuple très émotionnel. Que vouliez-vous devenir petite fille ? Tant de choses. Médecin, ingénieure… Que diriez-vous aux jeunes femmes qui démarrent leur carrière ? Je leur dis que nous sommes bénies d’être nées aux Émirats Arabes Unis et que ce pays offre de grandes opportunités. Tout ce qu’il faut c’est de la passion et du travail et vous pouvez réussir. Quelles sont vos destinations shopping préférées? Londres, New York, Hong Kong, Singapour. Je fais du shopping partout. Je suis accroc au shopping ! Le meilleur endroit où faire du shopping à Dubaï ? Partout.Pour plus d’infos :Le DSF a lieu jusqu’au 3 février 2013Dubai Shopping Festival 1996 – 2011Faits & Chiffres•    Le plus ancien festival de ce genre dans le monde (18 ans)•    Nombre de visiteurs attaints 50 millions•    Total des dépenses AED 88 Milliards•    Plus de 40 activités recensées dans le Guinness Book des RecordsAnnée               Visiteurs                       Total dépensé1996               1.6 million                  AED 2.15 Milliards2010               3.5 millions                 AED 10 Milliards2011               3.98 millions               AED 15.1 Milliards2012               4.36 millionsKyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
C’est à l’Alliance Française de Dubai que la réalisatrice moscovite Olga Sapozhnikova présentait hier son film Hidden Beauty, un documentaire dressant le portrait de quatre femmes arabes ayant fait leurs preuves dans une société dominée par les hommes. L’occasion de demander à cette diplomate russe, diplômée de l’école de journalisme politique de Moscou, son avis sur la condition féminine dans la région et les stéréotypes véhiculés. Interview entre est et ouest.Depuis combien de temps vivez-vous aux Émirats ?Mes parents y vivent depuis 17 ans et je me souviens de ce pays la première fois que je suis venue il y a près de 20 ans quand il n’y avait pas encore grand chose. J’ai vu ce lieu se développer donc j’y suis très attachée.Vous avez une carrière particulièrement intéressante : vous avez été diplomate auprès de l’ambassade de Russie au Japon et travaillé pour le ministère des affaires étrangères Russe. Vous réalisez des films documentaires sur la condition féminine. Ces femmes de différents horizons que vous avez côtoyées, sont elles différentes ?Tout semble si différent et pourtant il existe de nombreuses similitudes. Je peux vous donner des exemples de ce qui est différent. Au Japon, les femmes tiennent les cordons de la bourse. Elles sont en charge des finances du foyer, ce qui est très intéressant. Les femmes arabes –bien que beaucoup de femmes occidentales les croient réprimées – ont beaucoup de droits et mènent souvent des vies très heureuses. Pourriez-vous décrire ces droits ?Le droit d’être très belles. Certaines d’entre elles sont plus éduquées que dans beaucoup d’endroits dans le monde. Elles ont parfois deux ou trois diplômes et ce, en ayant trois, quatre, cinq enfants. La façon dont elles combinent leur vie quotidienne et leur carrière est unique. J’ai des amies qui se lèvent à 5 heure du matin malgré le fait qu’elles viennent de familles riches parce qu’elles veulent étudier, avoir accès à plus d’éducation, travailler et avoir beaucoup d’enfants. C’est intéressant de voir comment elles parviennent à gérer les deux mondes tout en préservant leur culture. Les femmes russes, elles, ont perdu beaucoup de leurs valeurs. Les valeurs qui ont fait notre culture pendant des années. La nouvelle génération essaye de se souvenir des valeurs transmises par leurs mères et leurs grand-mères : la famille, le respect des ainés, les enfants. On essaye d’y revenir. Parce que nous avons eu tant de révolutions, de changements comme le fait que nous nous inspirons du système américain basé sur l’argent et ce n’est pas les valeurs slaves.  D’ailleurs une des héroïnes de votre documentaire, Hidden Beauty, est un véritable exemple de gestion de vie professionnelle et familiale ?Oui Jamilya est un exemple pour nous toutes. Elle explique que lorsqu’elle est ambulancière elle ne pense plus à la maison. Et quand elle est à la maison, elle oublie son travail. Elle sépare les deux mondes. C’est une femme extraordinaire.Dites nous en plus sur ces femmes dont vous dressez le portrait ?Rym à la gauche et Ahlam à la droite d'OlgaLa première est donc Jamilya, l’une des premières femmes à travailler comme ambulancière avec 5 à 600 hommes. La première femme ici à travailler avec autant d’hommes. Surtout si l’on pense qu’ici les femmes ne sont pas autorisées à sortir avec les hommes. Donc c’était une vraie révolution. C’était très difficile et beaucoup de gens se demandaient comment une femme locale pourrait travailler avec autant d’hommes. Mais elle a réussi et a sauvé de nombreuses vies. Elle est devenue une sorte de légende, une mère ambulancière. Son histoire est si inspirante que Sheikh Mohammed en personne est venu chez elle pour la remercier et lui dire combien le pays était fier d’elle d’avoir sauvé tant de personnes d’incendies, d’accidents, de décombres d’immeubles. Et en plus de cela, comme je le disais elle est veuve et mère de 5 enfants. C’est un exemple unique. Une femme sage, douce et bonne. Puis, il y a Ahlam qui vient d’une riche famille saoudienne. Elle a décidé de quitter son pays d’origine pour trouver des soins adaptés à sa fille qui souffre de déficiences mentales. Elle a recommencé de zéro en Europe et elle a réussi seule avec trois enfants, sans argent, sans aide. Elle a fait des études, travaillé et construit sa carrière. Ensuite, il y a Rym, une journaliste émiratie qui a couvert l’Iran, l’Irak et essaye aujourd’hui de monter une opération humanitaire pour apporter des jouets et de la lecture aux enfants réfugiés syriens dans les camps. Enfin, il y a cette femme finlandaise qui vit ici et souhaite adopter le style de vie des femmes locales. Elle aimerait épouser un homme arabe et faire l’expérience de cette vie comme femme car elle pense que les femmes ici sont respectées comme femmes. Comment les avez-vous persuadées de se livrer à vous à un niveau aussi personnel ?Je choisis des héroïnes que j’aime. J’aime les gens. C’est ce qui me pousse à travailler et j’aime ce que je fais. Ce n’est pas du business. Je ne gagne pas ma vie avec ça. Je dépense de l’argent pour faire des films. Je n’en vis pas. Je vis d’autre chose. Pour me le permettre, être prête à voyager, je dois vraiment tomber amoureuse de mes personnages. Mes films m’aident à tant de niveaux. Je ne pense pas profit. Cela arrive mais ce n’est pas le but. Mes héros voient ce que j’ai accompli avant et ils me font confiance. Ils constatent que je me suis fixé certaines règles et que je fais de mon mieux pour les suivre. Il m’arrive de faire des erreurs parce que c’est très personnel. Le journalisme est comme une quête, faire de son mieux pour ne pas commettre d’erreurs. Vous avez la vie des gens entre vos mains : leurs affaires privées. J’essaie d’être vraie et de prendre soin d’eux. Ainsi, mes personnages sont d’accord de partager leurs secrets car ils comprennent que je les aime et les respecte. Qu’avez-vous essayé de montrer avec ce documentaire ?J’étais fascinée par ces femmes et j’ai voulu raconter leur histoire. Je ne pensais pas que le film serait sollicité comme cela.Le film est sorti en 2009 ?Oui, j’ai été invitée à La Femme Film Festival à Los Angeles en 2009, au Festival du Monde Arabe de Montréal la même année… Ils ont été très intéressés d’avoir un film sur les femmes émiraties, arabes. Un film qui comparait les femmes de l’ouest et de l’est. Celles de l’est ont des opinions sur celles de l’ouest et vice versa. Et il y a une petite querelle… Un conflit?Parce que l’un de mes personnages est européen et les autres sont arabes. L’un d’entre eux dit ce qu’elle pense des femmes occidentales : elles sortent sans maquillage, sans être allée chez le coiffeur, ce qui est très laid. Elle désapprouve leur comportement. C’est intéressant car certains personnages donnent leur opinion.  Et que dit l’Européenne des femmes arabes ?Qu’elle aimerait être comme elles, qu’on s’occupe plus d’elle, être plus soignée. C’était intéressant pour moi d’avoir le point de vue des deux côtés. Ce film est invité au Kazakhstan, dans les universités hongroises, en Europe, à Montréal. Il vit sa vie, je n’interfère pas.Vous dites que c’est un  privilège d’être une femme ici, qu’entendez-vous par là ?En Europe, il arrive que vous regardiez des femmes et des hommes et qu’il vous faille cinq minutes avant de savoir qui est qui. Parfois vous n’êtes pas sûre à 100%. Les femmes ressemblent aux hommes. Ici, je trouve qu’une femme se sent femme.Vous voulez parler de féminité ?Oui, la féminité. Bien sûr comme ce pays s’est développé très vite ce n’est pas facile de prendre ce chemin. Il y a quarante ans, les gens n’avaient pas de poches à leurs vêtements. Pour quoi faire ? Il n’y avait pas d’argent à mettre dedans. Le pays est parti de rien. J’aime qu’ils aient utilisé le meilleur de partout dans le monde et réussit à en faire cela et de façon pacifique. Il y a tant de sang et de guerres dans le monde. Alors 200 nationalités vivant en paix… C’est admirable. Je pense que le rôle de la femme est important car elles ne consentiraient jamais à envoyer leurs fils, leurs pères, leurs maris à la mort, de leur plein gré. Je suis sûre que les femmes auront un rôle plus important à l’avenir. Une femme qui atteint des niveaux importants au niveau décisionnel peut faire la différence.Que souhaitez-vous aux femmes de cette région ?De gagner en assurance.C’est encore difficile d’accéder aux postes stratégiques ?Les femmes ici sont soutenues par leur gouvernement. Quels sont les stéréotypes et les fausses conceptions des Occidentaux vis à vis des femmes arabes ?Quiconque porte une habaya est peut être une terroriste, par exemple. Elle est vue comme dangereuse, il ne faut pas l’approcher. Malheureusement les media véhiculent ce genre d’idées, de peurs. C’est la raison pour laquelle je fais des films. Ma sœur a été touchée par les attentats du 11 septembre. Elle n’était pas dans les tours mais en dessous et durant trois jours nous ne savions pas si elle était vivante. Cela a eu un grand impact sur notre famille. Aussi bien que la prise d’otages du théâtre de Moscou en 2002. J’ai décidé de faire des films pour montrer différentes cultures et montrer comment les gens vivent car la haine a pour origine l’ignorance. Vous commencez par avoir peur et ensuite vous haïssez car vous avez peur que cela vous tue. Mais si vous vous familiarisez avec les règles, que vous comprenez, ouvrez les yeux, vous commencez à aimer ces cultures et la haine disparaît. Mon documentaire s’appelle Hidden Beauty car un personnage comme Jamilya, peut être n’est-elle pas une Claudia Schiffer ou une Cindy Crawford, mais elle est si belle en tant que personne que vous tombez amoureux d’elle. C’est casser les stéréotypes sous le voile.Dubai vous inspire-t-elle ?Dubai est belle, vivante, jeune, dynamique et se métamorphose tous les jours. J’adore les gens qui vivent ici. Cela m’inspire.Pouvez-vous nous parler de votre premier projet qui est sorti ici l’année dernière ?Veiled Police (Police voilée) : un film sur les femmes de la police d’Abu Dhabi. J’ai essayé d’enquêter sur comment ces femmes mêlent leur travail dans la police –sauter, courir, protéger la nation- et être des mères. Comment avez-vous réussi à les interviewer ?C’était très difficile parce que c’était la première fois qu’elles étaient interviewées. La police m’a aidée.Quel est votre prochain projet ?Je voudrais faire un film sur les enfants. Comment on élève des enfants avec internet, les media, le sang, la violence etc. Comment les rendre beaux, sains, équilibrés et heureux dans un tel environnement. Et puis maintenant je travaille pour Mitsubishi et Nissan au Kazakhstan comme relations publiques. Mon prochain film s’intéresse aux champions olympiques, ceux qui ont rapporté des médailles de Londres 2012. A travers leurs histoires, je cherche à savoir s’il est facile ou difficile de nos jours de devenir champion olympique. Ces femmes viennent du Kazakhstan.Vous dites de Hidden Beauty qu’il doit inspirer ceux qui ressentent un manque d’opportunités. Que tout est possible. Vous êtes une vraie pub pour Dubai !?Quand je suis fatiguée ou découragée, je regarde la Burj Khalifa et je me dis que si les hommes ont pu créer cela, si l’esprit humain est capable de ça, tout est possible. Parfois, les reflets de lumière sur la fenêtre de la tour semblent me sourire. Je crois que tout est possible.Le film est disponible sur :www.cultureandplugged.comwww.olgasap.comKyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
Quoi de tel pour inaugurer la nouvelle orientation Abu Dhabi de Dubai Madame.com  qu’une rencontre avec une émirienne ? Elle aime :Les gensLes livresLa bonne cuisineLa libertéElle n’aime pas :Les espaces exigusLes bureaux trop petitsL’étroitesse d’espritShaikha Mohamed Al Muhairi dirige les Bibliothèques Nationales pour la Abu Dhabi Tourism & Culture Authority. Transmettre la culture c’est sa vocation. Sa liberté de ton lui permet de  s’épanouir dans un environnement masculin. Portrait !Chère Shaikha, racontez-nous brièvement votre parcours.Et bien, on peut dire que je suis éducatrice. J’ai commencé par enseigner en anglais à des adultes, puis à des adolescents. J’ai ensuite enseigné à des enseignants. Avec mon expérience, j’ai conseillé des éducateurs, des bibliothécaires et me voilà, après quelques années, la coordinatrice du réseau des bibliothèques nationales d’Abu Dhabi.Vous savez il est rare pour une émirienne de travailler ailleurs que dans une ambassade ou une institution médicale. La communauté émirienne est attachée à son pays, même s’il est très courant d’aller étudier à l’étranger, on finit par revenir. Personnellement, je me dois de rester auprès de ma mère, je vis avec elle. Mais j’ai aussi atteint un âge où je sais ce que je veux vraiment, ce qui est bon pour moi : le contact avec les gens, le développement et la transmission de la culture !Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier, de porter ces projets éducatifs?Comme beaucoup de gens je suis allée à l’école pour forger mon éducation, je devais aller à l’école et c’était comme ça. En grandissant, en mûrissant, je me suis rendue compte qu’au-delà de l’éducation scolaire, je cherchais à apprendre tout simplement (des autres, de la vie…). Et là j’ai compris que j’avais ce choix, cette liberté de différencier l’éducation et l’apprentissage. La bibliothèque est un lieu pas très éloigné de l’école où on apprend sur soi et les autres, où on développe sa sensibilité et ses goûts. Malheureusement on ne peut pas tout lire, alors avec l’âge on découvre puis on sait ce qu’on aime et ce qu’on apprécie moins. Vous qui voyagez beaucoup, quelle place occupe le livre à Abu Dhabi et dans la région plus largement?C’est notre patrimoine, ça a toujours fait partie de notre culture. Mais dans la pratique ce n’est pas si évident. Les enjeux de pouvoir et d’enrichissement économique entrent en ligne de compte si on peut dire. Le 20e siècle a permis aux Émirats et au Moyen-Orient d’émerger culturellement et de susciter l’intérêt au niveau international. L’engouement a un peu faibli ces vingt dernières années.Nous avons aujourd’hui un vrai choix à faire pour notre futur : il n’y a pas que la politique ou l’économie qui porte un peuple, il y a aussi sa culture. Et ce n’est pas qu’un luxe de riches, même les pays les plus pauvres ont leur culture, leur patrimoine, c’est leur identité. Quand on a des ressources, on peut la préserver et la transmettre. C’est notre challenge actuel : on mobilise tous les acteurs culturels des émirats, mais aussi du Qatar, d’Égypte… à travers des festivals. Au-delà des hôtels et du tourisme de masse, on sent actuellement comme un réveil, un retour à la lecture, à l’écrit. Mais c’est loin d’être suffisant, il faut mener un travail de fond pour les futures générations, à travers l’éducation.Quels sont vos auteurs préférés? Vos adresses préférées pour lire?Difficile à dire, quand j’étais jeune je lisais principalement des auteurs arabes. Après l’université, j’ai découvert l’écriture anglophone (« Western »). J’ai quelques noms en tête, George Orwell et sa ferme sarcastique ou encore Gabriel Garcia Marquez, sa plume émouvante et douloureuse !En ce moment, je me concentre sur des lectures pour les 16-25 ans ; il n’y a pas encore d’auteurs arabes sur ce créneau. Je n’ai pas vraiment d’écrivain préféré, mais j’aime l’écriture féminine. Je pense à l’écossaise Maeve Binchy. En fait, si vous permettez je vais utiliser une métaphore culinaire, je dévore les livres ! (rires)Et la poésie ? La poésie arabe en particulier ?Oui ça m’arrive d’en lire de temps en temps. Pour continuer sur la métaphore de la nourriture spirituelle, j’en déguste de temps en temps et je la savoure. La poésie est une musique, elle se lit à haute voix et lentement.Vous avez des habitudes, des endroits préférés pour lire ?Tout simplement à la maison, dans mon lit le soir. C’est assez banal en fait ! Parfois, je profite d’être au calme dans un café mais c’est rare.Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une nouvelle arrivante à Abu Dhabi?Oh, il y a tellement d’expatriés ici. Surtout si on parle anglais, de nombreuses communautés sont déjà bien formées et les interactions sont assez faciles.Je pense qu’il faut juste être patient avec soi-même car le changement de vie est difficile. Il faut  prendre le temps de tout reprendre à zéro, faire des efforts et ne pas être effrayé ou offusqué de certaines réactions rencontrées ici. La plupart du temps c’est tout simplement dû aux différences culturelles, à la découverte de l’autre. Petit à petit on rencontre d’autres personnes déjà installées, on surfe sur Internet, on lit les journaux et les différentes publications à disposition (comme le TimeOut...). Bref, on finit par se sentir comme chez soi, et là on peut aller plus loin, ailleurs. Il y a du choix ! En gros, s’installer, s’informer et s’ouvrir.Une dernière question Shaikha. Pour vous Abu Dhabi, c'est… ?… Une ville hyperactive le matin et contentée, plus détendue le soir!Pour plus d’informations sur les bibliothèques nationales d’Abu Dhabi : http://library.adach.ae/en/portal/about.nat.lib.aspx
                          Féline, c’est l’adjectif qui me vient à l’esprit après avoir rencontré Stephanie Cornfield. Comme un chat, elle est solitaire mais sociable, indépendante mais sensible, on la sent à la fois forte des épreuves qu’elle a surmontées, dont elle ne dévoile rien, et fragile des traces qu’elle en a gardées. Comme un chat, elle a trouvé un équilibre   qui peut paraître improbable, mais qui lui permet de toujours retomber sur ses pattes, avec élégance.Comme un chat, on croit la cerner, elle vous échappe, puis elle se livre toute en retenue et de nouveau s’efface tout en douceur. Elle s’efface derrière son histoire, ses voyages, ses rencontres comme elle le ferait derrière son objectif, si elle en avait un à ce moment-là.Alba RohrwacherC’est donc ambitieux de ma part de vouloir faire avec des mots ce qu’elle fait si bien aux autres avec un clic : son portrait !En effet, Stephanie est photographe spécialisée dans les portraits, et finalement on livre parfois plus par un regard ou un haussement d’épaules que par un long discours, en tous cas quand c’est elle qui est derrière l’objectif.David LynchSon style est élégant, son sens de l’esthétique développé, ses lumières sont magnifiques mais il y a autre chose,  il y a une âme dans ses portraits. Bien que non conventionnelles, ses images ne choquent pas, elles font mieux, elles frappent. Elles frappent  à la  fois par leur profondeur et par leur éclat, elles ne sont jamais tristes mais toujours intenses, les expressions restent simples, pas de mise en scène complexe, une pose quand même, mais sur le vif, naturelle en tous cas pour celui ou celle qui l’adopte et qui lui livre tout ou un peu de lui-même.Shu QiPoint de frivolité chez celle qui fut pourtant une photographe de la night-life underground de Paris, Londres et New York puis la photographe des rock stars avant de se spécialiser dans les portraits de réalisateurs et acteurs de cinéma. De la profondeur, mais tout en délicatesse sans brusquer ou forcer, sans provoquer, ça elle l’a déjà fait pendant sa jeunesse « rebelle », maintenant elle interpelle, c’est beaucoup plus subtil.Comme souvent les artistes, les vrais, ceux qui ont le courage de renoncer à un certain confort pour vivre de leur art, elle est à la fois délicate et solide. Forte même, car quand on a des personnalités comme Kirk Douglas ou Jack Nicholson en face de soi, il faut avoir du répondant, savoir ce que l’on veut obtenir d’eux, agir vite car ils ont peu de temps, et bien,  pour être satisfaite de soi et tant qu’à faire …les satisfaire aussi.Melvin Van Peebles - Kirk DouglasElle est attachante, mais pas captive ni de l’espace, ni du temps, elle est toujours entre deux voyages, deux rencontres, deux projets. Elle est franco-américaine mais avec des ascendances grecques, russes, roumaines, et italiennes, se dit parisienne mais vit entre Mumbai, Bali, les USA et l’Italie, elle collabore de façon régulière depuis 6 ans avec le Los Angeles Times mais travaille aussi pour un grand magazine chinois The Bund ainsi que diverses publications internationales. Tsui HarkLes stars d’Hollywood, et elle espère bientôt de Bollywood, lui confient leur portrait mais elle en parle avec le naturel de quelqu’un qui a toujours été baigné dedans. Son père réalisateur a tourné avec Poitier et Brando, son grand-père était président de la Fox, cette lourde hérédité l’a rattrapée, car elle qui voulait être reporter de guerre parcourt maintenant le monde au grès des festivals du cinéma et c’est ce qui nous vaut le plaisir de l’avoir à Dubai pendant quelques semaines.Ah j’oubliais, du chat, elle a aussi …le regard vert magnifique!Andy LauStephanie Cornfield a reçu le prix du meilleur portrait au festival de Venise 2011, elle est à Dubai jusqu’au 17 décembre et peut réaliser sur rendez-vous vos portraits pour usage professionnel ou personnel ( portrait de famille, individuel …etc)Ray Wise- Jack Nicholson La joindre à Dubai :  056 3427478Email : emailProtector.addCloakedMailto("ep_e3abe826", 1);
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