Elle aime la vitesse, que ce soit sur les circuits au volant de sa Mustang ou sur scène, quand elle fait une prestation de speed-painting !Le speed-painting*  est une prestation spectaculaire qui consiste à peindre une ou plusieurs toiles  sur scène, devant un large public, en 5 à 10 minutes. Déjà pas facile, mais pour ménager le suspense, Cathy travaille son sujet à l’envers afin que le public ne découvre le résultat que lorsque l’on pivote la toile de 180 °.Elle a acquis cette aisance sur scène lorsqu’elle était danseuse professionnelle, mais sa dextérité dans l’expression picturale n’est qu’une facette de son talent, car Cathy est une artiste qui sait tout faire, de l’abstrait au portrait, en passant par les natures mortes, les paysages et les skylines de Dubai. Elle excelle tout particulièrement dans les portraits : hommes, femmes et plus original…voitures.En France, elle peignait des voitures de collections, ici ce sont plutôt des bolides dernier cri, dont elle sait dévoiler la personnalité en jouant avec la lumière, les reflets et l’angle de vue pour leur donner du caractère en plus de souligner la perfection de leurs lignes.Si maintenant Cathy est artiste peintre et ne danse plus que pour son plaisir, c’est pourtant comme danseuse qu’elle a démarré sa carrière artistique. Relativement tard d’ailleurs car si elle a toujours eu des prédispositions, c’est seulement à 18 ans qu’elle  quitte sa Bresse natale pour s’inscrire à un cours de danse jazz à Paris. Après deux ans elle devient danseuse professionnelle dans une troupe qui se produit dans les music-halls et même à la télévision. Elle est non  seulement douée pour la danse, mais aussi  dotée d’un corps magnifique, ce qui lui vaudra de défiler en tant que mannequin de lingerie, pour Dior entre autres !Après quelques années de tournées en France et à l’étranger, elle quitte le devant de la scène pour passer derrière les projecteurs et devient éclairagiste de spectacles.Sa vie de famille l’ayant ensuite amenée quitter la capitale pour vivre à la campagne, elle se met à l’aquarelle, y prend goût et s’aperçoit qu’elle est plutôt douée aussi dans cette forme d’expression artistique. Elle continuera sa formation dans de nombreux ateliers, mais c’est au peintre Christoff Debusschère**, son maître pour la peinture à l’huile, qu’elle doit sa maîtrise excellente des ombres et lumières qui donnent puissance et vibrance à ses œuvres.Cathy est une grande femme, belle et délicate, toute en finesse de corps et d’esprit. Son allure fluide et décontractée tient peut-être au fait qu’elle n’est pas passée par le « moule » de la danse classique, et n’arbore pas cette rigidité qui souvent caractérise les danseuses. Lorsqu’elle n’est pas sur scène, Cathy n’aime pas se mettre en avant et si elle n’arborait cette superbe ligne, on serait presque surpris quand elle avoue de sa voix douce qu’elle est aussi … fitness coach, personal trainer et certifiée en shiatsu !Et comme elle aime partager ses passions, si vous voulez vous initier où vous perfectionner à la peinture à l’huile ou acrylique, appelez Cathy  au +971 50 950 17 99  pour des cours en petit groupes.http://cathydeniset.nethttps://www.facebook.com/pages/Cathy-Deniset-Artiste-Peintre/186815054733690?ref=br_tf*http://www.youtube.com/watch?v=FWGUPNTKE6A**http://www.dicart-net.fr/photos/debusschere/img-debusschere-bis-160305.htmRetrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
« Au début, faire comprendre qu’une femme était une valeur ajoutée a été un vrai défi »Jameela Al Muhairi raconte son parcours au département de l’éducation et les combats qu’il reste à mener. Sa passion l’a poussée à devenir la chef du bureau des inspections des écoles de Dubaï et une pionnière dans le domaine des écoles privées dans une ville compte 85% d’expatriés. INTERVIEW.Les femmes au sommet s’aident-elles entre elles ?Il y a peu, j’ai participé à une réunion de femmes leaders et j’ai été impressionnée par l’utilité de ce genre de rencontres. Comment nous pouvons influencer et encourager les jeunes filles à s’inspirer de nos parcours et devenir de futurs chefs. Nous nous entraidons, nous discutons de nos rôles de modèles, quels obstacles les filles rencontrent encore. Nous comparons nos différentes approches. Quels obstacles les filles rencontrent-elles encore ?Lors d’une conférence organisée récemment par Dubai Women Establishment, à laquelle Sheikh Mohammed participait, des femmes de différents pays du Golfe échangeaient sur les défis et problèmes qu’elles rencontrent. Nous avons alors réalisé la chance que nous avons dans ce gouvernement. Ce n’est pas du blabla, je le dis du fond du cœur : notre gouvernement nous nomme comme ministres, députées, PDG, égales aux hommes. Nous pouvons présenter nos idées et les défendre vis à vis de la direction.Comment en avez-vous fait l’expérience ?Lorsque je fais des propositions devant le Conseil exécutif dans différents domaines de l’éducation, je me sens un membre à part entière. D’être assise là avec d’autres femmes me procure un sentiment de grande fierté. Qu’en est-il de mes collègues des autres pays du Golfe ? Les leaders de ce pays poussent les femmes à atteindre de hautes positions. Par exemple, je suis membre du Board de Dubai Cares avec la Ministre Reem Al Hashimi. Nous avons de la chance de représenter notre pays devant des délégations du monde entier. Nous sommes toutes de jeunes femmes qui voyageons à l’étranger, représentant les Emirats Arabes Unis.Comment avez-vous atteint un tel poste à responsabilités ?J’ai la chance d’avoir une famille qui me soutient et m’a permis d’avoir accès à une bonne éducation malgré le fait d’être une fille et de travailler dans un environnement mixte. Je n’ai pas eu à me battre pour ça. Ma sœur était déjà partie étudier aux US et au  Liban dans les années 60-70.Ce n’était pas  banal à l’époque ?Non pas avant les années 90.Avez-vous étudié à l’étranger ?Non, j’ai fait mes études à l’université d’Al Ain. J’avais le choix de partir mais j’ai voulu rester car cela m’a donné de nombreuses opportunités. Très jeune je me suis demandée ce que je ferai de ma vie. De nos jours, il n’y a pas de conseil d’orientation. Les étudiants ne savent pas ce qu’ils feront de leur avenir. Pourtant vers 13-15 ans, il faut commencer à se poser la question.Vous avez toujours su ce que vous vouliez faire ?J’ai toujours été passionnée par l’éducation. Je suis entrée au ministère de l’Education comme employée et comme j’avais un bon niveau d’anglais, je me suis concentrée sur les écoles privées. C’était ma passion. C’était un tout petit secteur à l’époque.Combien le pays comptait-il d’écoles privées dans les années 80 ?200 environ. J’ai étudié les règles, la qualité de l’enseignement, la possibilité d’ouvrir de nouvelles écoles privées. J’ai consacré toute ma carrière au ministère de l’Education et en particulier aux écoles privées. Un étage entier était consacré à l’enseignement public mais cela ne m’intéressait pas. J’étais attirée par ce petit département qu’on appelait « Ecoles privées ».Pourquoi ?Le potentiel, l’opportunité d’interagir avec d’autres nationalités, d’apprendre d’elles. J’ai pensé que j’améliorerais mon éducation, mon expérience à leur contact. J’ai pensé y rester quelques années avant d’aller vers le public. Mais chaque jour, le département grandissait. Incroyable. Les gens sont venus du monde entier.Les écoles ont dû s’adapter ? Il a fallu offrir plus à ces nouveaux arrivants ?Oui et aux nouveaux investisseurs potentiels dans le secteur. Ils voulaient faire de l’argent. C’est vraiment un business ?Oui, ça l’est toujours.Combien d’écoles privées y a–t-il aujourd’hui ?Dubaï en compte environ 150. Cela a plus que doublé en 20 ans. Chaque communauté a ouvert son ou ses écoles avec le soutien du gouvernement. Sheikh Rashid Al Makhtoum, le père de Sheikh Mohammed, voulait aider chacune d’elle : leur fournir un terrain et le soutien du Board en vue de l’ouverture d’une école adaptée aux besoins de leur communauté. Cela s’est développé si vite. Entre 2006 et 2007 seulement, dix écoles ont ouvert à Dubaï.Vous venez d’une famille consacrée à l’éducation ?Mon frère (ndlr : Khaled Al Muhairi fondateur et PDG d’Evolvence Capital, membre du Board des Gouverneurs de Repton, l’une des écoles anglaises les mieux cotées de Dubaï) est un homme d’affaire mais il a cette passion. Nous discutons beaucoup d’éducation, des écoles privées. Nous devons améliorer les écoles publiques à Dubaï afin de servir notre communauté et de donner aux nôtres une bonne éducation. A-t-il fait du bon boulot avec Repton ? Je ne peux répondre car ce serait un conflit d’intérêt. Mais je peux dire que c’est un secteur en développement.Comment est née KHDA, l’Autorité de la Connaissance et du Développement humain  pour laquelle vous travaillez ?Je voulais travailler dans l’éducation mais quelle sorte d’éducation ? Je voulais contribuer mieux. En 2000, Sheikh Mohammed nous a donné cette opportunité lorsqu’il a développé le concept des zones franches pour différents secteurs. « Knowledge Village » nous a donné cette opportunité de développer des écoles privées de bonne qualité sur Dubaï. Il nous a donné un immense terrain et nous a demandé de ramener de bons investisseurs pour bâtir les écoles. En 2006, nous avons mis sur pied le Projet Ecole Privées de Dubaï: nous avons visité des écoles du monde entier en Suisse, Grande Bretagne etc., leur proposant de venir et mettre en place le niveau d’éducation dont nous avions besoin ici. Nous n’avons pas insisté pour avoir des branches, juste des écoles de bonne qualité. Il n’y avait pas assez d’écoles qui offraient le Bac international. Puis, Sheikh Mohammed bin Rashid m’a nommée membre du Conseil de l’Education de Dubaï. Nous avons ensuite réalisé qu’il fallait plus qu’un Conseil pour donner notre avis aux écoles privées au gouvernement. Alors Sheikh Mohammed a créé le KHDA par décret en 2007.Vous êtes à la tête du Bureau des Inspections du KHDA ?Nous avions un accord avec le ministère de l’Education selon lequel nous surveillerions toutes les écoles et dans tous les domaines des enseignants, du cours, des frais de scolarité, tout... La première chose que nous avons faite a été de mettre au point une stratégie pour le public et le privé. Notre mandat couvrait le primaire et le secondaire. 10 000 personnes à Dubaï ont participé à cette stratégie, pas seulement des consultants venus de l’étranger. Nous avons suffisamment d’expérience ici pour savoir ce qu’il nous faut et quelles sont nos priorités. Je me suis une fois encore concentrée sur le secteur privé, là où j’avais une valeur ajoutée. La priorité était de réglementer et de m’assurer que les écoles dispensaient une éducation de qualité. J’ai présenté les résultats à Sheikh Hamdan afin de monter le Bureau : de cette façon j’avais le mandat pour aller poser des questions dans les écoles. J’ai ensuite été nommée Chef du Département des Inspections et obtenu la reconnaissance du gouvernement. Vous êtes une pionnière dans ce domaine ?Ce fut un long parcours. Pour moi, un voyage. C’est quelque chose qui n’avait jamais encore été fait dans mon pays. Un tel processus n’existait pas aux EAU. Personne ne vérifiait ce qui se passait dans les écoles, comment les enfants se développaient, leurs compétences, en quoi les écoles contribuaient à la société de Dubaï. Nous avons développé un cadre. La différence ici est que nous avons une société multiculturelle unique en son genre. C’est un défi. Nous avons développé sept indicateurs qui s’appliquent ainsi à tous les curriculums et aux écoles publiques. Nous avons décidé d’un barème : excellent, bon, acceptable, pas acceptable.Quels sont vos critères ? Cette année par exemple, vous avez mis en priorité « Elèves émiriens et qui demandent une attention particulière »…Lorsque nous avons démarré, il nous fallait une base. Aucune école n’était prête à cela : être inspectée de A à Z. Cela n’avait jamais été fait. Il nous fallait donc des indicateurs de qualité dans tous les domaines, c’était primordial. Et nous n’allions pas tout inventer. Nous avons utilisé les mêmes que ceux utilisés par le ministère de l’Education dans les écoles publiques. Des indicateurs pour les matières –maths, arabes pour les Arabes et non Arabes, études islamiques pour les Musulmans et non Musulmans, le développement de l’enfant (attitude, comportement, développement au sein de la communauté), curriculum, leadership de l’école, installations, ressources, partenariat avec les parents… Et nous avons noté tout cela. Il y a des mécanismes pour le faire et nous avons fait appel à des gens du monde entier pour nous aider à l’inspection des écoles et à les former.Comment les écoles ont-elles accueilli les premières inspections ?Il y a cinq ans, elles ne savaient pas ce qu’on attendait d’elles. La première année ce fut le choc dans le système. Il y a eu des résistances. Il y a eu des réactions du type : « Qu’est ce que c’est que ces indicateurs ? Je fais mon travail. Que regardez-vous ? Tout ça c’est de la paperasse… » Mais finalement notre mandat est d’être transparent, d’informer les parents sur la qualité de l’enseignement donné à leurs enfants. Les informer sur ce qui se passe dans les écoles, dans les classes. Certaines écoles étaient furieuses d’être notée « acceptable », nous disant que certains de leurs élèves faisaient Harvard ! Peut-être oui, mais les 2000 autres ? Telles furent les questions qu’il nous a fallu régler la première année.Et quelle fut la réaction au fait que l’Arabe a été mis sur un pied d’égalité avec la langue de l’école ?L’accent mis sur l’Arabe a été remis en question. « Pourquoi nos enfants devraient-ils parler l’Arabe ? » ont demandé certains. C’est ce que le gouvernement de ce pays souhaite : que vos enfants soient exposés à la culture et à la langue du pays dans lequel ils vivent. Qu’ils sachent pourquoi les femmes s’habillent en noir. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous voulons que les enfants comprennent pourquoi nous instaurons cela : les écoles doivent encourager les enfants à se familiariser avec les cultures respectives. Si vous voulez être un bon citoyen, il faut connaître l’autre et respecter l’autre. C’est la raison pour laquelle nous mettons l’accent sur l’indicateur 2 : le développement de l’élève, l’attitude et le comportement, les valeurs de l’Islam. Si je suis Musulman, que fais-tu pour moi ? Comment respectes-tu ma religion ? Que sais-tu de ma culture ? Qu’est ce que je connais de la tienne ? Il y a 92 nationalités différentes ici. Comment l’école gère-t-elle cette donnée ? Je suis Anglais, je connais la culture britannique. Je suis Musulman, local et je connais ton pays mieux que le mien parce que je fréquente une école anglaise… J’ai voulu mettre un terme à ce phénomène.Avez-vous des enfants ?Pas encore mais un jour si Dieu le veut !Vous les mettriez dans le secteur privé ?Bien sûr car je connais les qualités de ce système.Quels progrès doivent être faits dans le public ?Il est très difficile de répondre dans ma position. J’ai enquêté pendant trois ans sur le public, visité chacune des écoles du système public de Dubaï, écrit des rapports individuels et annuels. Tout est sur notre site. Lorsque je regarde le privé, je vois que 58% des locaux y mettent leurs enfants et que ce chiffre augmente de 5% chaque année.Pourtant les écoles privées sont très chères ?Les locaux ont le choix d’aller dans le public qui est gratuit mais ils choisissent en majorité de mettre leurs enfants dans le privé. C’est un grand point d’interrogation. Pourquoi les locaux choisissent-ils le privé ?N’ont-ils pas peur de perdre l’Arabe et leur culture ?Si. Notre inspection annuelle montre que nos enfants ne sont pas performants en arabe. Ils ont des difficultés. C’est un souci à Dubaï et dans tous les Emirats. Sheikh Mohammed a lancé quatre  initiatives autour de l’arabe. Chaque parent veut que sont enfant s’améliore en arabe. Nous avons un problème avec le niveau d’Arabe dans le secteur privé. C’est la raison pour laquelle nous avons mis l’accent sur le fait que l’arabe soit mis sur un pied d’égalité avec l’anglais, les maths ou les sciences. C’est un processus.Mais pour les expatriés qui ne savent pas combien de temps ils restent à Dubaï, leur imposer autant d’arabe n’est-ce pas un problème ? Dans les écoles privées, nous avons imposé l’arabe comme première langue pour les locaux. Ils se basent sur les livres et les standards du ministère de l’Education. Les études islamiques sont une obligation du gouvernement fédéral. Pour les expatriés nous l’enseignons comme langue étrangère. C’est plus facile. Nous attendons des écoles qu’elles soient créatives dans la façon dont elles l’enseignent. On n’y est pas encore. Mais certaines écoles le font vraiment bien. Dans certaines écoles anglaises, lorsque je croise des enfants blonds aux yeux bleus qui me disent en me voyant dans mon abaya « Salamalekoum, mon nom est … » et qui essayent d’interagir, je trouve cela magnifique. Mon souci pourtant ce n’est pas l’arabe langue étrangère mais l’arabe première langue. Le gros défi de notre société est de maintenir un bon niveau d’arabe. Que perd-on lorsqu’on perd sa langue natale ? C’est le souci essentiel de notre canevas.Comment convaincre les familles locales de mettre leurs enfants dans le public ?Si les gens croyaient au public, ils y mettraient leurs enfants. Pourquoi gaspiller leur argent dans les écoles privées ?Quelle a été votre expérience comme femme de pouvoir et d’imposer vos vues dans un milieu très masculin ?Dans les années 80, il était difficile pour une femme d’occuper une position comme la mienne, de directeur. Les hommes étaient en position dominante partout. Lorsque vous éduquez vos enfants, vous leur apprenez que la femme est l’égale de l’homme, si vous les éduquez correctement. Dans l’éducation –je ne devrais pas le dire- mais les femmes sont plus performantes que les hommes. Tout a commencé lorsque le gouvernement des EAU a donné aux filles l’accès à l’éducation. C’est comme cela que j’ai été éduquée. J’ai rejoint l’université dans les années 80, puis le ministère de l’Education qui comptait 99% d’hommes Emiriens et expatriés. C’était un défi que de trouver ma place. Cela a été difficile de me faire entendre et de leur faire comprendre que j’apportais quelque chose. Cela a été un cheminement. Parce que j’étais passionnée, parce que j’étais une femme, locale, que les membres hauts placés du ministère voyaient en moi le potentiel, j’ai eu de la chance.Qu’est ce qui fait la différence ?L’éducation et l’opinion du gouvernement.Les Emiriennes ont-elles plus de chance que les femmes dans les autres pays du Golfe ?Nous avons la chance d’avoir de tels dirigeants. Dans tous les secteurs, il y a des femmes. Lors d’un sommet gouvernemental, Sheikh Mohammed a dit devant 3000 personnes venus de tous les émirats –PDG, Directeurs, etc.- que les hommes devaient être vigilants et travailler dur sinon les femmes prendraient leur place. Quand votre propre chef dit cela… Nous avons quatre femmes ministres, nous en sommes fières. Tout est possible pour les femmes dans ce pays. Je ne sais pas ce qu’il en est des autres pays du Golfe, mais ici aux EAU, nous avons de la chance.Qu’étudiaient les femmes il y a 60 ans ?Prenons l’exemple de ma mère : elle a eu de la chance d’avoir une mère qui a insisté pour qu’elle étudie le Coran. C’est ainsi qu’elle a appris à lire et écrire. Mais bien sûr elle n’a pas étudié les maths ou les sciences. Dans les années 60, le Koweït envoyait ici des maîtres et des livres aux écoles locales. C’est là que tout a commencé. Quel est le budget alloué à l’éducation aux EAU?L’éducation et les affaires sociales sont la priorité et parmi les budgets les plus élevés. Le budget de l’éducation se monte à près de 9 milliards de dhs dont 10% pour Dubaï (secteur public). Le public compte 24 000 élèves et le privé 28 000 à Dubaï.Pour plus d’infos sur vos rapports d’inspection par école :http://www.khda.gov.ae/en/Home.aspxGrandes étapes de l’éducation aux Emirats1954 : ouverture d’Al-Zahra, la première école pour filles, à Sharjah1958 : ouverture des deux premières écoles pour filles à Dubaï : Khawla bint Al Azwar à Bur Dubai et Al Khansa à Deira1996 : ouverture de la première école pour filles d’Abu Dhabi.Elèves pionnières:Maryam Al KhajaRafia Abdullah LootahAmna Obaid GhubashAmal Al-BassamMaryam Saleh Al-OsaimiAvant les années 50:L’éducation des filles était basée sur le Coran, les principes de l’Islam et l’arabe.1953 :Débuts du système éducatif officiel financé par le gouvernement du Koweït1955 :L’Egypte offre des bourses pour des études au Caire.1971 :Débuts des études universitaires aux EAU (1971)-1976 : Université des UAE, Al Ain (Emirat d’Abu Dhabi)-1988 : Haut Collège de Technologie-1998 : Université Zayed, Abu Dhabi2010 :15% de l’Université des UAE sont des femmes51% de filles en collèges privés46% étudiantes post grade72% d’étudiantes en universités publiques, soit le taux le plus haut au monde!Source : Musée de la femme, DubaïEn savoir plus sur Kyra de Beaumont, écrivain: c'est ici
Comme le velours elle allie douceur, élégance et profondeur ! Du coup on est un peu surpris quand cette dame soignée et posée vous raconte comme si c’était parfaitement banal, qu’elle est partie avec son sac à dos faire le tour du monde à 19 ans! Les événements politiques de l’époque ayant stoppé son élan vers l’Est, c’est l’Afrique qu’elle a parcouru ainsi pendant 18 mois au rythme des rencontres. Son chemin a croisé entre autres celui des tribus Turkana, ces nomades qui vivent aux confins du Soudan, du Kenya et de l’Ethiopie. Pendant un an et demi, elle a partagé  le quotidien et les maigres ressources de ces peuples. Elle communiquait avec eux par signes, n’a jamais dormi sous un toit en dur, mais elle a connu la générosité et la vraie solidarité de la vie de bédouin. C’est avec eux qu’elle a découvert le désert, voyageant à l’occasion à dos de chameau, et vécu dans une pauvreté matérielle mais une richesse humaine qui ont changé à tout jamais son regard sur la vie. Cette aventure a pris fin car les privations avaient altéré son état de santé, et Tamara est rentrée en France la tête pleine de souvenirs qu’elle a rassemblés dans un livre  (le Soudan à l’infini) et plusieurs articles publiés dans les rubriques récits de voyages des magazines.Ensuite, dans sa région lyonnaise natale, elle a « tout simplement » créé une agence de communication, au départ généraliste, qui s’est spécialisée dans la cosmétologie et la beauté. Un développement rapide vers l’international  lui a permis de travailler et de voyager en Asie (Hong Kong, Japon, Thaïlande…),  en Amérique du Sud (Brésil..) et occasionnellement à Dubai !De fil en aiguille, son entreprise a élargi son offre au design de produits (flacons de parfums…), au marketing et au conseil pour offrir une prestation globale dans ce domaine qu’elle connaissait bien. On apprend d’ailleurs au détour de la conversation qu’elle a aussi créé sa propre  ligne de parfum à base de Oud, inspirée par ses voyages à Dubai. Si les circonstances avaient été plus favorables, elle serait peut-être devenue une nouvelle Annick Goutal… mais son destin était  ailleurs. En effet en 2003, le virus des voyages et son activité de conseil qui se développait auprès des familles locales, l’ont amenée à venir s’installer avec sa famille à Dubai. Elle qui avait toujours cousu ses vêtements, comme sa mère le lui avait appris, fût ravie quand sa fille lui dit vouloir travailler dans la mode. Mais ne trouvant pas d’école spécialisée à Dubai, elle décida « tout simplement » d’y ouvrir une branche de la célèbre école parisienne Esmod, ce qu’elle fît en 2006 .Bien lui en a pris, car elle répondait ainsi non seulement aux besoins de sa propre fille, mais aussi à une demande importante à Dubai et dans la région puisque les quelques 200 élèves de chaque promotion sont issus de 70 nationalités différentes ! Tous viennent y chercher un enseignement théorique et pratique de qualité, centré sur la mode et l’art qui l’a toujours inspiré.Du cursus complet sur 3 ans, au module de quelques semaines spécialisé en « patronage », en passant par des cours à temps partiel sur quelques mois ou des workshop « accessoires vintage », Esmod Dubai offre de nombreuses formules et possibilités pour exprimer sa fibre artistique et créative, que l’on soit une jeune étudiante ou une femme au foyer (notre article ).Là encore, Tamara déborde d’idées et élargit sans cesse son offre avec des cours de maquillage ou de « fashion marketing », des cours de teinture, des ateliers pour enfants (sécurisés et sans aiguilles !)…Mais le point d’orgue de chaque promotion, c’est le défilé du mois de juin. Un public de 500 invités, 150 mannequins, 15 coiffeurs et 30 maquilleurs…un vrai show professionnel orchestré par Canella Hostal, la fille de Tamara qui y exerce ses talents de « show manager » en marge de son activité principale : sa propre marque de prêt à porter.Dès le plus jeune âge, son tempérament d’artiste a donné à Tamara une  vision de la vie qui sortait des sentiers battus, elle y est restée fidèle grâce à un esprit curieux et ouvert aux nouveautés comme aux traditions. Fidèle à la mode française, mais capable de réinterpréter les codes des différentes cultures de ses élèves, Tamara est enthousiaste, travailleuse et passionnée, elle aime partager …comme les bédouins, qu’elle croise encore parfois quand elle part camper dans le désert avec son Hummer pick-up !Entrepreneuse, originale et indépendante dans l’âme, Tamara est une femme « tout simplement » formidable et …qui ne manque pas d’étoffe ! Retrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
Meilleure joueuse française, 11ème meilleure joueuse mondiale, 2 ans d’avance à l’école …intellectuellement ou sur un court, Marion a tout d’une surdouée.  Mais loin de s’en satisfaire elle aime les challenges, les combats, c’est une femme de défis, qualité indispensable pour arriver à ce niveau dans ce sport ultra-compétitif qu’est le tennis. C’était déjà le cas lorsqu’elle était enfant et qu’à l’âge de 9 ans, elle a envoyé balader son entraineur en lui disant « rendez-vous … dans 10 ans ! ».  Il a dû regretter de l’avoir laissée partir car dès 2000, elle fût la première et jusqu’ici la seule, joueuse  française à gagner l’US open junior. Ce caractère trempé lui vient peut-être de ses origines corses, mais aussi, de son propre aveu, d’avoir été élevée dans une région (la Haute-Loire) où le climat et les distractions sont, plus qu’en Corse, propices au travail !Son père  a ensuite  pris le relais en devenant son entraineur et ensemble, ils ont mis au point sa technique, qui est parfois qualifiée d’atypique, mais s’est avérée efficace. Elle qui était gauchère s’est mise à jouer tous ses coups  à 2 mains, comme Monica Seles ,ce qui lui a plutôt bien réussi. On sent que Marion aime comprendre ce qu’elle fait et pourquoi elle le fait et pour couronner le tout, elle a une qualité inestimable … elle aime travailler ! D’ailleurs elle avoue que si elle n’avait pas fait cette carrière sportive, elle aurait aimé faire des maths et si possible polytechnique !Dubaimadame.com a eu la chance de rencontrer cette star du tennis lors du Dubai Duty Free Tennis Championships - ATP World Tour 2012 et en a profité pour lui poser quelques questions :La réputation du tournoi de Dubai est de choyer particulièrement les joueurs, est-elle méritée d’après vous? Oui tout à fait, de la descente de l’avion jusqu’au départ, la prise en charge, l’accueil et le service, tout est parfait. Par contre, sur le plan sportif c’est un tournoi qui se mérite car très élitiste. Le tableau est petit et très relevé, il y a seulement les meilleures et du coup, moi qui suis 11èmejoueuse mondiale ici, je ne suis même pas tête de série ! Mais j’adore Dubai, surtout depuis que j’y ai passé mes 2 semaines de préparation physique cet hiver. Cela m’a permis de découvrir cette ville incroyable, car pendant les tournois on n’a pas beaucoup de temps  pour en profiter.Qu'elles sont d’après-vous les qualités humaines qui font de vous une championne ?Je ne sais pas…peut-être justement le fait de rester humaine dans ce milieu très dur et compétitif, de savoir me faire des amies parmi mes concurrentes. Ce n’est pas toujours facile de n’être chez soi qu’une semaine tous les 2 mois, de voyager sans cesse à travers le monde, même si c’est bien sûr un privilège enrichissant sur tous les plans. C’est aussi la raison pour laquelle il est important pour moi d’avoir un soutien familial et amical dans mes déplacements.Quels sont les points que vous  devez encore améliorer ? Sur le plan physique, je dois améliorer 2 points, mon endurance et mon explosivité. J’ai la chance d’avoir un métabolisme très bas (j’ai un cœur lent, je consomme peu d’énergie dans l’effort) mais je dois travailler sur encore plus de réactivité. Pour cela j’ai un préparateur physique, avec qui j’ai démarré un nouveau programme d’entrainement récemment, qui  semble porter ses fruits.Le tennis est toute votre vie ou juste une belle étape ? Où serez-vous dans 10 ans ? Qui sait ?  J’aimerais bien poursuivre ma carrière pro jusqu’aux J.O. de 2016 et participer encore une fois à une finale du grand schlem (elle l’a déjà fait en 2007 à Wimbledon) et la gagner, cette fois (elle s’était inclinée devant …Venus Williams)!Ensuite, j’ai l’ambition de fonder une famille, et comme tout ce que je fais, je voudrais faire ça bien, ce qui n’est pas compatible avec la vie que je mène actuellement dans le circuit international. C’est pourquoi j’ai l’intention de m’y consacrer après ma carrière. J’ai aussi pas mal d’idées entrepreneuriales qui me viennent lors des nombreuses rencontres que je fais à travers le monde …grâce au tennis !Quel est votre petit luxe indispensable ?Trouver  un peu de temps pour peindre ! Dans tous mes déplacements  j’emporte une toile et mes tubes de peintures à l’huile, c’est ma façon de me détendre, de changer d’univers. Je peins les paysages qui m’inspirent là où je me trouve. (NDLR : elle est autodidacte et aussi très douée dans ce domaine !) L'objet que vous emmenez partout ? Mon sac à main, des jolies chaussures… j’adore la mode en général, les grands créateurs me fascinent et c’est un plaisir pour moi de faire du shopping pour me récompenser après un bon match.Pratiquez-vous d’autres sports ? Aucun régulièrement, car avec 6 h d’entraînement sportif et physique par jour, cela ne laisse pas  beaucoup de place pour le reste ! Mais j’aime tous les jeux de balle (volley….) et la natation, si je n’avais pas une sinusite chronique qui sait, j’aurais peut-être été nageuse !Vous habitez en Suisse et vous ne skiez pas ? Rires, je n’ai pas le droit ! Trop risqué !On resterait bien bavarder avec Marion pendant des heures, c’est une jeune femme sympa, naturelle, volontaire mais aussi sensible et intelligente, ce qui lui évite d’avoir la grosse tête. Mais voilà,une demi-heure s’est écoulée et son préparateur arrive. C’est vrai qu’elle a sûrement 2 ou 3 petites choses à faire avant de disputer son ¼ de finale contre Caroline Wozniacky, dans quelques heures !Malheureusement,  elle a perdu cette rencontre, mais nous, nous avons fait une belle rencontre … celle de Marion et nous lui donnons rendez-vous …dans 10 ans ;)Retrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
Bien au contraire, cette jeune et jolie vétérinaire spécialisée dans les bêtes sauvages (la « faune sauvage » en langage plus scientifique !) est un exemple de vocation précoce et de détermination.Dès l’âge de 3 ans, elle savait exactement ce qu’elle voulait faire.  Les murs de sa chambre étaient couverts de posters d’animaux sauvages, mais contrairement à la plupart des petites filles, cette passion  ne s’est pas émoussée au fil du temps. Les années passant, travailler avec les animaux est resté son objectif et le jour venu, après avoir terminé ses études de vétérinaire à Liège,  elle est partie à Londres faire sa spécialisation en faune sauvage !Son « role model » (le seul vivant précise-t-elle, l’autre c’était le commandant Cousteau), c’est David Attenborough, ce scientifique naturaliste et cinéaste (comme son grand frère Richard, mais dans un autre domaine, ndlr) qui a tourné de célèbres documentaires pour la BBC et qui a donné son nom à plusieurs espèces animales. Son diplôme en poche, Anne-Lise part au Botswana pour son premier job dans une réserve du delta de l’Okavango. Là-bas sa mission consiste à anesthésier,soigner et marquer des grands fauves,  pour permettre le suivi des populations.Après les grands espaces d’Afrique du Sud, c’est le zoo d’Al Ain qui la contacte pour lui proposer de venir y travailler. Qu’à cela ne tienne, Anne-Lise et son mari (vétérinaire également) partent vivre dans cette oasis au milieu du désert.Ce fût pour elle une expérience enrichissante qui lui a beaucoup appris, mais on sent que les « populations captives » ce n’est pas ce qu’elle préfère. Anne-Lise aime les animaux sauvages … en liberté et ne comptez pas sur elle pour cautionner l’adoption de fauves comme animaux de compagnie !Donc après trois ans et demi passés au zoo, elle décide de monter sa propre entreprise : « wildlife consultant ». Depuis, elle consacre une moitié de son temps à la recherche, l’épidémiologie et la conservation des espèces autochtones en partenariat avec le WWF et l’autre à soigner les animaux des nombreux zoos privés et gouvernementaux de la région. Le zoo privé, encore un concept dont elle n’est pas folle, même si pragmatique, elle explique qu’il y a des points positifs quand ceux-ci sont bien tenus, en particulier pour la préservation d’espèces qui ont disparu du milieu naturel.En effet si l’Oryx, cette grande antilope blanche qui fût en voie d’extinction, a été réintroduite avec succès en Oman, d’autres espèces sont encore menacées dans la région. Le Caracal (Lynx du désert) ou le Léopard d’Arabie pour les félins, mais aussi moins connu, le Tahrs, une chèvre sauvage qui ne vit qu’en Arabie et qui est en compétition pour survivre avec les chèvres domestiques lâchées dans les wadis pour se nourrir.Voilà le genre de problématique qui l’interpelle car de nos jours, vétérinaire de faune sauvage ce n’est plus seulement jouer à « Daktari ». De nouveaux outils et de nouveaux problèmes sont apparus avec la modernisation. Son rôle consiste donc aussi à étudier les interactions entre les faunes sauvages et captives, à surveiller l’hérédité des troupeaux (trop de consanguinité aboutirait à l’extinction), l’impact de certaines espèces sur l’environnement… Entre éthologie, épidémiologie, zoologie, écologie et génétique son quotidien est varié et passionnant. Par contre il implique d’être mobile et du coup  elle sillonne les EAU entre Al Ain, sa base, et certaines réserves naturelles comme des wadis à Fujaïrah !Si Anne-Lise a réalisé son rêve de toujours, faire de sa passion pour les animaux sauvages  son métier et vivre le plus possible au grand air, elle a aussi réussi à trouver un équilibre, une façon de l’exercer qui lui permet de garder une vie affective et sociale normale et de fonder une famille, bravo !Les bonnes adresses d’Anne-Lise à Al AinCette oasis située à la frontière d’Oman, adossée au Jebel Hafeet était déjà habitée il y a 4000 ans, c’est la 4ème ville du pays située à 150 km environ de Dubai et d’Abu Dhabi, elle comprend de nombreux espaces verts et jardins :A visiter : Les palmeraie al Qatar, où l’on apprend comment sont cultivées les dates (ensemencement des dattiers femelles avec des branches de mâles …), on y voit des canaux d’irrigation anciens (falaj) avec de jolis fortins.Pour se relaxer : le Thai spa près du Rotana : un vrai voyage en Thaïlande !Ses restos préférés : les « boui-bouis » locaux du bord de la route où celui du Al Ain equestrian and shooting golf clubLoisirs : si comme Anne-Lise vous aimez la grimpe, certaines parties du Jebel Hafeet, sont équipées de voies, et pour la marche c’est dans les wadis d’Oman tout proches qu’Anne-Lise et son mari vont se ressourcer.Grâce  à tout cela,  Anne-Lise est ravie de sa vie à Al Ain , malgré la chaleur extrême en été (record des Émirats mais qui reste malgré tout plus sèche que dans les villes côtières) et le manque de bon fromages !Retrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
Cet oxymore un peu provocateur résume bien le personnage, car si Kyra est la simplicité même dans son rapport avec autrui, offrant son regard clair et droit, son port de tête avenant, comme à l’écoute,  et s’exprimant avec calme et précision… il en va autrement de son foisonnement  intellectuel et des questionnements qui sont les siens : complexes, profonds et alertes à la fois. Complexe… mais pas brouillon, au contraire,  derrière  sa silhouette frêle et  presque ascétique, son élégance décontractée, se cache une pensée bien ordonnée et toujours prompte à s’interroger sur ce qui l’entoure comme sur le passé. C’est la maternité qui a poussé Kyra à mettre en veille son activité de journaliste dans un grand quotidien suisse entre autre, pour se consacrer à l’écriture. Après un livre et un 2ème enfant, Kyra et son mari décident quitter le calme feutré de la suisse et de transplanter leur famille dans un nouvel univers. Kyra arrive donc l’été dernier à Dubai et, alors que d’autres se plaignent du manque de culture, elle semble s’y épanouir intellectuellement aussi bien, voire mieux qu’ailleurs. Car la culture, Kyra la trouve partout, elle sillonne les EAU pour interviewer des femmes émiraties de tous horizons dans le but de mieux les comprendre, d’observer entre autres comment elles parviennent  à gérer «  le grand écart entre leur culture, souvent traditionnelle, la modernité de leur pays et pour certaines, de leur éducation »*.De sa curiosité intellectuelle, Kyra a fait son métier (journaliste), de son métier elle a fait sa passion  (écrire) et en mélangeant les deux, après un premier roman de fiction drôle et gentiment moqueur sur le couple de notre époque**, elle change de ton et replonge, pour son nouvel ouvrage, dans deux des domaines qu’elle affectionne particulièrement, l’histoire et l’humain ou plus précisément encore l’histoire de l’humain, de l’individu.Le hasard a tout prévu, dont le très joli titre résume à lui seul une des problématiques majeures de son auteure, est donc un « docu-fiction ». On sent que Kyra a trouvé dans ce genre littéraire, SON média, sa palette idéale du moment, car elle peut y mêler les histoires vraies issues des rencontres souvent extraordinaires qu’elle a faites et la fiction née de sa propre analyse et de l’émotion qu’elle en ressent. Ainsi, elle a pu  approfondir les fils conducteurs communs à tous ces récits: la filiation, la séparation et le retour aux racines.Au travers de ces 8 récits souvent dramatiques, c’est un message d’espoir et de résilience que Kyra nous délivre. Car elle croit en quelque chose que d’autres appelleraient l’instinct de survie affective et qui la ramène à sa propre histoire, comme elle le dévoile pudiquement mais clairement dans sa postface où elle analyse rétrospectivement la démarche qui fût la sienne lors de l’écriture de ce livre.Tout est pensé, le fond comme la forme, ces 8 histoires de personnages réels dont les vies se déroulent dans des contextes historiques et géographiques différents et très bien documentés, qu’elle a colligées au fil des années et au gré des rencontres ont «comme par hasard ?» en commun les thèmes évoqués ci-dessus. Et la boucle est bouclée, ces histoires elles-mêmes et le fait que Kyra les regroupe dans un même ouvrage, la ramènent à une problématique qui lui tient à cœur : « sommes-nous maître de notre destin ou bien est-ce le hasard qui gouverne nos destinées ? », c’est ainsi  tout l’esprit du livre, que l’on retrouve dans la jolie contradiction du titre !Avec des questionnements aussi complexes que profonds, on ne s’étonnera pas que Kyra en  arrive vite au fondamentaux philosophiques et religieux qui qui régissent nos vies. Ce fût d’ailleurs, et ce sera peut-être de nouveau un jour prochain,  une autre ambition de Kyra, que de se pencher sur le rôle des religions et leur influence sur la perception du libre arbitre et de la fatalité dans nos sociétés.A toutes ces questions, sa nature et son passé de  journaliste la poussent à chercher des réponses dans les témoignages qu’elle recueille (parfois sans le vouloir ?), mais aussi dans les livres, car Kyra est, et a toujours été, de son propre aveu, du genre studieuse. Elle aime faire des recherches, creuser les pistes de réflexion, écouter, apprendre, poser et se poser des questions.Mais Kyra n’est pas un pur esprit ( la preuve elle est aussi maman de 2 enfants, ce qui est très efficace pour vous ramener les pieds sur terre), elle a aussi  besoin de sommeil, de faire du sport pour être en forme, de déjeuner avec ses copines... Elle avoue aussi, éprouver une certaine fierté –légitime-, doublée d’un trac -également normal- à la sortie de son livre. Pourtant il est excellent, complexe et profond, comme elle, car fruit d’un passé …pas si simple !*Vous pouvez lire tous ces portraits sur son blog Kyradubai.overblog.com, Kya a un site aussi, pour lire des extraits de ses livres:  www.kyra-dupont-troubetzkoy.com** Petit essai assassin de la vie conjugale, Kyra Dupont Troubezkoy, 224 pages, Editions Luce Wilquin, en librairie à Dubai chez Culture&Co, 114 AED*** en librairie le 13 mai 2013  et disponible sur amazon.fr et en librairie à Dubai chez Culture&Co , 120 AEDRetrouvez tous les portraits réalisés par Véronique Talma sur son blog : http://verotalma.wordpress.com/
Kenizé Hussain de Kotwara est la fille d’une princesse ottomane mariée à un rajah indien, réfugiée à Paris et décédée peu après sa naissance. Elle fait carrière dans le journalisme. Dans les années 1970-80 elle couvre pour Le Nouvel Observateur les conflits au Bangladesh, au Pakistan, en Éthiopie, au Liban ainsi que le conflit israélo-palestinien. Elle se consacre ensuite pleinement à l’écriture. En 1987, elle publie l’histoire de sa famille De la part de la princesse morte. En 1998, on découvre son premier roman Le jardin de Badalpur; puis en 2003, avec Le parfum de notre terre: Voix de Palestine et d'Israël, elle tente de comprendre des peuples déchirés. Son dernier roman Dans la ville d’or et d’argent (2010) retrace le destin de Hazrat Mahal, une femme méconnue qui a mené la première guerre d’indépendance des Indes.Elle a accepté de répondre à quelques questions. Portrait!Elle aime:la justiceles animaux, les chats en particulierla natureElle n’aime pas:la gauche caviarles nouveaux richesl’hypocrisieVous avez un parcours hors du commun, pourquoi le salon du livre d’Abu Dhabi cette année?J’ai été chaudement invitée il y a deux ans déjà et j’ai raté mon avion de Russie, alors cette année j’ai répondu présente!Vous avez été journaliste avant de devenir écrivain, cela vous a-t-il aidée dans votre travail d’écriture?Pour le style, pas vraiment! Quand j’ai montré mes premiers chapitres à un ami éditeur, Albin Michel pour ne pas le nommer, il a poussé des cris d’horreur qualifiant d’affreux le style de journaliste, trop sec et manquant de chair (rires)! J’ai compris par la suite: j’ai laissé parler mes émotions et mon style est devenu plus poétique. D’ailleurs la musique m’apporte quand j’écris. Je choisis des styles et des rythmes correspondants à l’atmosphère des scènes que je décris: des symphonies épiques pour des envolées stylistiques ou parfois des morceaux de Mozart plus intimistes.Pour la documentation, heureusement le journalisme m’a beaucoup apporté! Je n’aurais jamais envisagé avoir le courage de me documenter comme je l’ai fait, surtout pour mon premier livre. Que ce soit les lectures sur la Turquie, le Liban, l’Inde ou les milliers de journaux parcourus, je lisais beaucoup et très vite... un dialogue, un détail allant au-delà de l’écriture ‘digérée’ d’un roman. La valeur de mes livres, du premier en particulier, vient du réalisme apporté grâce à cette documentation gigantesque.Pensez-vous que l’écriture rend libre?Oh oui, avant tout comme catharsis personnelle! Moi-même, jeune, si je n’avais pas pu écrire, je n’aurais pas pu déverser mon trop-plein d’émotions. De toute façon, mettre devant soi les difficultés de la vie permet de mieux les résoudre. Quand en plus on le fait aussi pour les autres! J’ai la conviction qu’on n’écrit pas si on n’a pas quelque chose à surmonter.Je vais citer l’une de vos interviews: « je pense que mon pays c’est quand même avant tout ma langue. Et que l’identité, ce n’est pas le pays, ce n’est pas la religion, ce n’est même pas la famille. C’est le partage de valeurs essentielles avec des personnes »... Diriez-vous que vous êtes française?Intellectuellement, par mon éducation, je suis française. Par contre, je ne me reconnais pas dans l’abord froid, rationnel et cartésien français. L’environnement humain que je comprends et dans lequel je me sens bien est plus oriental.Dernière question habituelle, pour vous Abu Dhabi, c’est...?... Un îlot dont la population est une minorité dans un monde d’étrangers.N’attendez plus pour lire ou relire Kenizé Mourad, ses livres sont disponibles chez Culture&Co (www.culturecodubai.net), sur www.amazon.com et à l’emprunt à l’Alliance Française d’Abu Dhabi.Un grand merci à Mme Mourad pour sa disponibilité et sa gentillesse. Bonnes lectures!
Azza Al Qubaisi, une artiste émirienne, nous a ouvert les portes de son atelier. Elle nous a décrit son parcours, ses projets, sa vision de l’artiste dans la société et de l’art comme interaction entre les gens, les cultures, les époques. Portrait!Elle aime:Le camping dans le désertVoyagerLa découverte, la recherche    Elle n'aime pas:Les embouteillagesLa viande (Elle est végétarienne)Être déroutée Parlez-nous de votre parcours, qu'est-ce qui vous a amenée à prendre cette voie?C’est d’abord l’opportunité d’étudier en Angleterre, c’est là que j’ai compris que j’étais artiste!Après avoir étudié la biologie, je me suis naturellement dirigée vers Ia voie artistique.J’ai ensuite créé ma fondation, j’ai réfléchi aux matériaux à utiliser, j’ai repensé à mon héritage, après tout ça j’étais capable de dire que ma vie serait celle d’une artiste.Ici les gens concevaient la joaillerie comme des marques, du shopping, pas encore comme un Art, avec une histoire… J’ai créé des collections. J’ai monté mon atelier et j’ai essayé de comprendre la société à travers des travaux bénévoles pendant 4-5 ans. J’ai monté des projets artisanaux et je me suis diversifiée, notamment avec les souvenirs. Aujourd’hui, j’ai le soutien du Khalifa Fund et du Croissant Rouge: disons qu’on ne rit plus de moi, j’ai été acceptée comme une femme aidant au développement de l’artisanat local!Depuis une dizaine d'années, vous créez de nouvelles collections pour votre enseigne The Arabian Workshop for Jewellery and Gemstones et trouvez l'inspiration dans la nature et les matériaux naturels. Avez-vous des préférences?Et bien en fait je crée à partir de ma culture, de la nature, partout, toute la beauté de la nature, sa fragilité, le temps capturé... chaque pièce est choisie pour sa forme et sa qualité.  Les comportements ont changé ces dix dernières années, les rapports à l’argent et à l’environnement et si vite, sous mes yeux!Vous savez je change de matière en fonction du concept qui m’anime et chaque année je change de spécialité. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai une préférence. J’utilise surtout l’argent, pour que mes pièces restent abordables et avec je travaille une saison la perle, une autre le bois, ou encore les branches de palmier, les sculptures… en ce moment je cherche des concepts en interaction avec l’environnement et les gens.C’est une très bonne transition pour nous parler du projet Public art work Etihad 41. Quel est le concept? Qui peut participer?En 2011 j’ai eu l’idée de laisser les gens se dire librement “ok je peux le faire” et juste les aider à s’exprimer. J’ai créé une sculpture de 40 branches de palmier séchées que tout le monde puisse peindre, personnaliser ou transformer: près de 500 personnes ont participé au projet. De nombreuses nationalités  ont pu interagir in situ et en ligne à travers les réseaux sociaux! J’ai beaucoup aimé cette expérience mais je la trouvais trop limitée dans la durée, sans vraie continuité, du coup les participants ne se sont pas sentis assez engagés. J’ai souhaité rendre ce projet plus ‘pushy’ et je n’étais pas la seule puisque l’ADWEA (Abu Dhabi Water and Electricity Authority) m’a apporté son soutien et en a fait l’événement du National Day 2012. Cette année, comme auparavant, tout le monde à Abu Dhabi et Dubai peut participer! En bref:Étape 1: récupérez une branche de palmier (dans une ferme, au bord de la route ou si besoin contactez-nous)  Étape 2: envoyez-moi un brief, présentez-vous et présentez ce que vous souhaitez exprimer (emailProtector.addCloakedMailto("ep_c0685521", 1);)Étape 3: Exprimez votre créativité et apportez votre branche au public, au sein d’une sculpture globale, présentée lors du National Day à Dubai et le lendemain à Abu Dhabi.Environ 150 personnes sont déjà concernées (et pas seulement des artistes)! J’aimerais vraiment faire grandir ce projet, montrer la vue globale d’une sculpture construite par moi et par tous ces gens, mais aussi montrer que chaque pièce qui la constitue peut exister seule.C’est mon idée d’un art participatif, d’une communauté créée autour d’un projet, engagée dans une expo… vous pourrez découvrir les premières images du montage en ligne prochainement!Je finirai par la question habituelle, pour vous Abu Dhabi, c'est....?... Moi, je veux dire mon cœur!Découvrez les créations d'Azza sur son site Internet www.arjmst.com et suivez-la sur Facebook (Azza.alqubaisi) et Twitter (@AzzaAlQubaisi)
Nayla Al Khaja, réalisatrice et productrice émirienne, fondatrice de la maison de production D-Seven, parle de son dernier projet pour l’initiative Soul of Dubai ainsi que des hauts et des bas de son audacieuse carrière dans le cinéma. Si la liberté totale n’existe pas encore, les EAU sont les plus progressifs du Moyen Orient en termes de production cinématographique, dit-elle. INTERVIEW.Est-ce l’absence de producteurs locaux qui vous a poussée à créer votre propre boîte de production ?Oui. J’adore les affaires et le monde de la création. J’aime combiner les deux. C’était très naturel pour moi de développer ma propre entreprise. J’étais free-lance agréée du département de l’économie dès l’âge de 21 ans. J’ai toujours eu un côté entrepreneur et j’ai toujours levé des fonds pour des initiatives artistiques. J’ai un talent pour les affaires, la négociation…Vous avez débuté votre carrière en radio ?J’étais Radio Jockey. J’avais mon show. Comme je travaillais aussi pour le département marketing, j’ai réussi à obtenir deux sponsors pour mon émission. Ils m’ont voulue à plein temps ! Mais j’aimais le divertissement alors j’ai fait les deux. J’ai fait ça un an avant de partir pour Toronto. J’y ai refait des études universitaires, de zéro. Je n’avais jamais pu étudier à l’étranger en raison de mon sexe. J’ai initialement fait des études ici. En raison de votre sexe, pouvez-vous expliquer ?Mes parents ne voulaient pas que je voyage seule sans un mari ou un oncle… J’ai étudié au Women’s College car c’était ça ou la maison. Ensuite, il y a eu un trou, puis je suis partie pour Toronto. Et comme ils n’étaient pas heureux que je parte, je me suis mariée. Vous vous êtes donc mariée pour étudier à l’étranger ?Correct. Six jours après m’avoir emmenée là bas, avec mon « mari » nous avons eu une petite discussion sur son rôle, sur le fait qu’il était mon visa à l’éducation. En gros vous avez divorcé ?Oui. Nous sommes restés bons amis.Quelle est votre relation avec vos parents vu que votre carrière a commencé sur un conflit?A ce moment là, j’étais la première femme dans le domaine. C’était un peu comme la première femme au volant dans les années 60 : tout le monde a les yeux tournés vers vous! Mes parents ne savaient pas quoi penser. Ils étaient inquiets. Le cinéma peut être noir, avoir un côté underground, beaucoup de fêtes… Ils ont pensé que j’allais vers le sombre…Et vous étiez aussi sous les projecteurs?Tout à fait. Cela voulait dire que j’étais sans cesse exposée. Si je fais quelque chose de mal, je serai exposée. Notre société est très tribale. Tout est question de réputation. La réputation de la famille. Ils avaient beaucoup de craintes.Vous vous attaquez aussi à des sujets controversés dans vos films ?Mon premier film était Unveiling Dubai, un documentaire pas du tout controversé. Un projet d’étude. C’était mon regard et celui d’un autre réalisateur sur Dubaï. Pas de problème. Le gouvernement a beaucoup aimé le film et cela m’a ouvert des portes pour ce que je voulais faire. Mon deuxième film, Arabana parle de maltraitance sur les enfants, de pédophilie. Je l’ai tourné. C’était mon premier film de fiction en 35 mm. Une très belle expérience. Et travailler avec des acteurs… Pourquoi vouliez-vous traiter un sujet aussi tabou ?Parce que le film est basé sur ma propre histoire. Très jeune, je me suis retrouvée dans une situation où je n’ai pas été violée mais très j’ai failli l’être et je me souviens de ce sentiment, de la peur. Je voulais capter cette émotion. Nous avons projeté ce film dans de nombreuses organisations, surtout des femmes, et elles ont commencé à témoigner de leurs propres expériences en tant qu’enfant. Certaines se sont mises à pleurer car elles n’avaient encore jamais révélé leur histoire. Les films peuvent parfois avoir ce rôle.Cela demande beaucoup de courage de rendre publique une histoire aussi personnelle ?Cela m’a beaucoup aidée. Faire ce film m’a libérée. J’ai dépassé la peur qui a été la mienne à 7 ans. Certaines femmes ont parlé de leurs problèmes. C’était bien. Ce film était incroyable. Pas le film en lui-même mais ce qu’il a permis de faire. Grâce à cela, nous avons gagné l’argent nécessaire aux études de l’actrice. Elle n’en avait pas les moyens. Je suis très engagée dans l’éducation des femmes. J’y crois de tout cœur. Parce que j’en ai été privée. On ne devrait pas empêcher les filles d’étudier. Ces dernières ne devraient pas se retrouver dans des situations telles qu’elles doivent se marier pour avoir accès à l’éducation. C’est mal.La pédophilie et la maltraitance sur enfants sont courants ici ?Non c’est un problème global. J’ai fait des recherches et j’ai découvert que l’architecture d’une maison joue un rôle important. Si la maison est grande, qu’il y a beaucoup de passages, même si vous surveillez bien vos enfants, les probabilités sont très grandes. C’est ce qui arrive dans le film. La fille habite une immense maison avec une cour énorme. Les parents peuvent difficilement voir ce qui se passe.Avez-vous eu affaire à la censure ? Comment cela marche ici ?Vous devez remettre vos scénarii au Media Council. En dix ans les choses se sont beaucoup améliorées. Ils sont beaucoup plus flexible, moins stricts. Je n’aurais jamais pu filmer ce que je filme aujourd’hui. C’est un progrès en lien direct avec les nombreux festivals de films du Moyen Orient. Comme beaucoup d’entre eux  ne sont pas censurés, cela a aidé à la sensibilisation ici, au respect du point de vue de l’artiste. Certes nous ne sommes pas complètement libres, mais au Moyen Orient nous sommes les plus progressifs.Quelles ont été les réactions du public et de votre entourage sur le film ?J’ai reçu des remarques très négatives mais ce n’est pas grave car les gens ont des opinions différentes. Certains venaient de ma propre communauté. Ils disaient que je devrais quitter le pays pour toujours. Comme réalisatrice je ne devrais pas faire ce genre de choses. Mais cela représente 10%, même pas, peut être 5% des gens. La majorité, et surtout les hommes d’ailleurs, me soutiennent. Mes collègues réalisateurs masculins, par exemple. Et mon plus grand soutien vient de mon frère. Il me pousse à fond.Quels métiers exercent vos parents ?Mes parents sont tous deux entrepreneurs. Ma mère dirigeait une école, l’a vendue et est dans l’immobilier. Mon père a gagné le prix de la meilleure entreprise de l’année dans les médias.Vous avez également reçu le prix de la meilleure entrepreneuse en 2005. Vous marchez sur les traces de votre père ?J’ai reçu un prix, ma boîte a reçu un prix ce qui est bien car dans le cinéma c’est un travail d’équipe. Je suis fière d’avoir vraiment une bonne équipe. Écrivez-vous vos scénarios ?Les courts oui, mais pour les documentaires et les longs, j’ai un auteur. Avez-vous pour ambition d’éduquer, de sensibiliser le public sur certains sujets ?C’est primordial. Cette année mon ordre du jour central consiste à visiter des écoles. Je me suis rendue dans trois écoles le mois dernier pour enseigner aux enfants comment trouver leur voie à travers le cinéma, n’importe quelle forme d’art, la musique, la danse, la peinture… Leur apporter confiance grâce à une formation, des ateliers. C’est ma façon de rendre à la communauté. Les prix c’est bien mais le mieux c’est quand je reçois un mail d’une fille de 16 ans qui me dit qu’elle veut suivre mes pas, se servir de mon exemple auprès de sa famille. Voilà, j’ai réussi. Cela sert à la prochaine génération. Servir d’exemple est très important pour moi. Me montrer sous un jour positif pour influencer les autres.J’ai vu des photos de vous avec George Clooney, Sharon Stone etc. Comment gardez-vous les pieds sur terre?L’amour des gens, l’humanité, et mon amour pour cette planète. Nous finirons tous enterrés alors la vie est trop courte pour qu’on soit arrogant. La vie vous donne plus si vous restez connectés aux autres. En tant qu’artistes vos émotions sont exacerbées. Que je sois aujourd’hui dans une hutte de terre en Afrique et demain dans un palace, ce qui est excitant, la vraie expérience de vie se trouve dans les menus détails qui rendent l’ensemble intéressant. Vous ne pouvez répandre l’amour si vous êtes arrogant. Cela va à l’encontre du concept de vivre ensemble. Pour ce qui est du financement des projets, le gouvernement soutient-il les productions locales ?Je crois qu’ils sont en train de changer cela en ce moment. J’ai entendu dire qu’investir ici était au programme. Le film que je viens de tourner est une commande de Dubaï Culture, ce qui est super. C’est  important car cela va créer toute une économie, soutenir les artistes. Si nous produisons dix films et que l’un d’entre eux est sélectionné pour Cannes ou l’un des festivals de renom, son réalisateur est un ambassadeur du pays. Je me rends dans tous ces festivals, et il n’y a jamais un film de mon pays…Un film peut raconter l’histoire de façon unique et laisser une emprunte dans un pays de tradition orale ?Sur le tournage de MalalOui, un film est le parfait moyen, Il capte, c’est mobile, il voyage partout dans le monde, ça reste, vous pouvez faire des centaines de copies. La révolution du film a permis aux gens de saisir plus facilement leur propre histoire. Et maintenant c’est encore mieux car si vous ne parvenez pas à vous faire distribuer par les canaux traditionnels, il existe des alternatives on line.De quoi parle votre prochain film ?Il fait partie d’une thématique pour Soul of Dubai. Ali Mustafa (réalisateur de City of Life), un autre réalisateur et moi nous racontons tous une histoire autour de Dubaï. La mienne s’appelle « La voisine ». Je l’ai écrit et proposé et nous tournons tous 15 minutes de film. Il s’agit d’une expatriée, nouvelle à Dubaï qui interagit avec sa voisine, une vieille locale. Le dialogue est drôle parce que celle qui parle anglais ne parle pas l’arabe et celle qui parle l’arabe ne parle pas l’anglais. Et le traducteur est un petit garçon et c’est toujours inexact.Quels réalisateurs admirez-vous ?J’aime Lars Von Trier. J’aime les films noirs. J’adore Kubrick : c’est mon héro absolu. Pour ce qui est du cinéma plus commercial, j’aime aussi Clint Eastwood. Il sait tout faire : réaliser, produire… Pour les femmes, j’aime beaucoup Mira Neer et Deepa Metha.Quels défis les femmes doivent-elles encore relever ici ?L’accès à l’éducation à l’étranger. Rien ne l’interdit dans la loi mais c’est une décision qui se fait au niveau de la famille. En raison de leur sexe, de nombreuses filles n’ont pas le droit aux études internationales. Nous avons des écoles mais ce n’est pas la même chose de partir. Le second défi, ce sont les horaires. Dans mon métier on travaille très tard et beaucoup de famille ne laisse pas leurs filles sortir après 22 heures. Cela peut  perturber votre vie professionnelle. Ici les célibataires doivent vivre chez leurs parents même si elles sont vieilles ! Les hommes aussi d’ailleurs. Au moins, c’est égalitaire !Vous avez attaqué le sujet du flirt chez les adolescentes émiriennes dans votre film Once, pourquoi ?Le flirt, les rendez-vous galants sont contraires à notre tradition. Lorsque les jeunes filles atteignent un certain âge, elles sont évidemment attirées par l’autre sexe car nous vivons ensemble dans ce pays. Il n’y a plus de ségrégation comme avant et c’est très tentant d’avoir un partenaire. Vous avez des émotions. Vous voyez vos copines expats fréquenter des garçons et vous voulez faire la même chose. Alors vous trouvez d’autres moyens de communiquer avec le sexe opposé: par téléphone. Et cela amène à un rendez-vous. Voilà de quoi parle le film : l’histoire d’une fille qui va à un rendez-vous galant. Pour moi c’est un film d’horreur. Si je devais me rendre à un rendez-vous, je devrais raconter tellement  de mensonges que c’est épuisant. Il faut vous couvrir le visage, mentir à vos  parents, sauter dans un taxi, aller dans un mall, retrouver un type avec lequel vous avez juste parlé au téléphone, que vous ne connaissez même pas, et ne savez donc pas s’il est fiable. C’est dangereux. Et si quoi que ce soit arrive, vous ne pourrez pas en parler à vos parents. C’est très dangereux. Ce film dit « Attention ». Je refuse de flirter en secret. Je flirte ouvertement alors ça va.Comment le public a-t-il réagi ?Comme la fin est ouverte, les gens pouvaient envisager les choses de deux façons différentes. La première a été : « Super, vous allez décourager les filles de le faire ». L’autre a été « C’est un encouragement ». A mon avis, ce n’est ni l’un, ni l’autre. Je n’ai fait que décrire une réalité. Je voulais documenter ce qui se passe. Il y avait un risque que ce soit très dangereux pour cette fille pour plusieurs raisons : si elle se fait attraper par sa famille, si le copain se révèle être quelqu’un de malhonnête et la moleste… Il y a beaucoup de dangers autour de cela.Kyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
De nationalité émirienne, Dr Houriya Kazim est la première femme chirurgien du pays. Elle raconte comment elle a réussi à gravir l’échelle médicale et quels défis les femmes ont encore à relever aux Emirats Arabes Unis. Selon elle, leur avenir est entre leurs mains. INTERVIEW.Comment devient-on la première femme chirurgien d’un pays traditionnel ? Quelle est votre recette secrète ?Je suis originaire de Dubaï mais nous avons beaucoup voyagé durant mon enfance avec mon père qui était aussi chirurgien. Quand je suis née, il faisait son stage en Grande Bretagne donc j’ai passé les premières années de ma vie là bas. Il a travaillé dans les Caraïbes un moment, puis au Canada et nous sommes revenus dans les années 70. Donc j’ai passé mon enfance à l’étranger. Pour ce qui est de la médecine, je viens d’une famille de médecins alors ça n’a pas été vraiment une surprise. Mon grand-père paternel était un « hakim », un médecin traditionnel. Il n’a jamais étudié mais le village faisait appel à lui lorsque quelqu’un tombait malade et la plupart de ses enfants – je crois qu’il en a eu environ 25 avec toutes les femmes…- sont devenus médecins, même les filles. Ils ont tous été à l’école. En ce temps là, nous n’avions pas d’écoles, sans parler des universités ou des écoles de médecine. Ils ont donc tous été éduqués dans des écoles catholiques anglaises en Inde et enchaîné avec leurs études de médecine sur place.Catholique ?Oui, oui (elle rit). Il y a beaucoup d’histoires à raconter ! Cela m’a pris du temps à réaliser ! La famille est tellement grande et nous avons tous fait des études alors je croyais que c’était pareil pour tout le monde. Puis je me suis dit « Tiens, les cousins de mon père ne sont pas vraiment comme nous ! » Mon père a dans les 80 ans et la plupart des hommes de son âge ici n’ont pas reçu une éducation formelle et n’ont pas fréquenté l’université. La plupart sont des hommes d’affaires « self made ». Mon père dit que c’est sa mère –de Ras Al Khaimah-qui l’a poussé. Mon grand-père avait un Dhow et naviguait entre ici, l’Inde et l’Iran. Donc il mettait toute la famille sur le bateau et partait pour Bombay. Et comme Bombay faisait partie de l’Empire britannique, tout ce petit monde fréquenta l’école anglaise catholique (elle éclate de rire). Ce qui est bien. Il a appris l’anglais et a fait médecine avec ses frères et sœurs. Quant au reste de la famille, sa génération mais la suivante aussi, a fait médecine. Donc ce n’est pas très surprenant. Nous sommes très ennuyeux !Sur votre site, vous affichez ouvertement votre mariage mixte et le fait que vous ayez deux filles. Est-ce une façon de mettre vos patients en confiance ?J’ai rencontré mon mari à Sharjah. Il est américain. Il travaillait comme grand reporter pour la télé et couvrait la guerre Iran-Irak. Il était en train de se convertir à l’Islam alors c’était pratique (elle rit). Pour moi… Et pour vos parents ? Ont-ils approuvé ?Je ne suis pas sûre qu’ils aient encore vraiment accepté. Ça va faire 25 ans ! Ce n’est pas leur premier choix, disons. Mais ça va. Maintenant que je vieillis, je commence à apprécier ma famille. Jeune, on a tendance à les juger. Mais plus âgé, vous commencez à comprendre qui vous êtes et ce que vous êtes grâce à eux.Lorsque je rencontre d’autres femmes locales, je suis surprise par les combats qu’elles ont à mener. Nous en avons aussi mais les miens étaient d’ordre professionnel et non familial.J’ai grandi dans une famille où je ne savais pas qu’on avait le choix, que ce n’était pas une obligation d’aller à l’université et d’étudier. C’était comme ça. Tout le monde y allait.Et aujourd’hui je dis à mon père « Attends, il y a des gens qui prennent un café le matin, un cappuccino ! Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’on avait le choix ! » (elle rit).J’ai eu de la chance. Je rencontre des femmes qui doivent se battre pour étudier, pour avoir accès à une éducation ou pour étudier à l’étranger. Encore aujourd’hui.Quels autres combats les femmes doivent-elles encore mener ici ?Celui-ci est important. C’est mieux aujourd’hui car nous avons beaucoup d’universités. De nombreuses universités internationales ont une branche à Dubaï ou Abu Dhabi, ce qui a facilité les choses pour toutes ces femmes que leur famille ne laissait pas partir seules à l’étranger. Ce n’est pas la même chose que lorsque vous quittez le pays. En partant à l’étranger, vous apprenez aussi l’indépendance, à être avec les autres, à cuisiner, à nettoyer. Ce n’est pas seulement les études, c’est toute la vie de campus. Je n’avais jamais cuisiné chez mon père et tout à coup je me suis retrouvé seule au milieu de nulle part. Le Mc Donald ça va un moment ! Où avez-vous étudié ?J’ai obtenu mon diplôme principal de médecine à Dublin. Pourquoi Dublin ?On a choisi pour moi. Mon généraliste et mon dentiste étaient tout deux irlandais. Ils ont insisté. Il y avait encore les problèmes avec l’IRA et je me souviens de ma mère qui refusait« Pas question, il y a des bombes … » Mais ils disaient que c’était au nord et que l’école se trouvait dans la partie sud du pays. Ma mère a pris une carte et a répondu « Mais c’est encore trop près ! » Il a fallu beaucoup de persuasion. Puis j’ai fait d’autres diplômes au Canada et au Texas. Puis vous avez décidé de vous spécialiser dans la chirurgie du cancer du sein ?Après avoir obtenu mon diplôme en oncologie chirurgicale à Dublin, je suis revenue à Dubaï. J’ai fait mon stage à l’Hôpital russe. Puis je suis retournée en Grande Bretagne pour terminer mes études de chirurgie générale, mes spécialisations en oncologie chirurgicale et en chirurgie du sein.Le cancer est-il encore tabou ici ? Les gens ne refusent ils pas encore de parler de « cette maladie » de peur de l’attraper ?Ce tabou existe partout. Lorsque j’étais étudiante en médecine en Irlande, nous n’avions pas le droit de prononcer le mot commençant par « C » devant les patients. Même à cette époque, c’était quelque chose que l’on cachait. Ici le cancer est tellement courant, il y a tant de différentes formes de cancer…  Une femme locale me disait l’autre jour que le cancer était devenu comme la grippe. Lorsque je lui ai annoncé qu’elle avait un cancer et lui ai demandé si elle était surprise, elle a répondu que tout le monde avait le cancer. Et c’est vrai, c’est une réalité.Ya-t-il plus de cancers du sein ici que dans d’autres parties du monde ?On ne sait pas.J’ai lu que les femmes développaient des cancers du sein dix ans plus tôt qu’en Europe et aussi jeune que 17 ans ?Honnêtement, nous ne possédons pas de statistiques fiables car nous n’avons pas de registre du cancer. Mais nous observons une tendance similaire aux autres pays du Golfe et de l’Afrique du Nord : les femmes développent des cancers plus jeunes et des types de cancer beaucoup agressifs. Et nous ne savons pas pourquoi. Même les étrangères ?Oui. C’est pourquoi nous avons besoin d’un registre du cancer.  La majorité de la population de Dubaï étant étrangère, c’est difficile à expliquer. Les femmes sont-elles pudiques ici en ce qui concerne le cancer du sein ?Cela dépend. Les jeunes sont tellement informées et il y a eu beaucoup de sensibilisation faite dans les grandes villes. Parmi les plus âgées, certaines se doutent qu’elles l’ont mais ne l’affrontent pas parce qu’elles estiment que cela ne vaut plus la peine. Mais c’est plus facile de leur en parler. Je vois des personnes superstitieuses qui pensent que si elles en parlent, elles l’attraperont ou  un truc dans le genre. Mais le cancer s’est tellement banalisé, que les gens ne sont plus choqués. Les gens sont sensibilisés ?Oui. Le problème principal que j’ai à affronter est la jeunesse de mes patientes. Ce sont des femmes dans la fleur de l’âge : elles travaillent, ont des carrières, sont maman et les voilà qui développent un cancer, si jeunes. En Europe, 80% des cancers du sein ont lieu après 50 ans. J’ai de la chance si je vois une femme de 50 ans. En ce moment j’ai deux patientes de 28 ans, des femmes dans la trentaine, quarantaine… C’est pourquoi j’aimerais étudier cette tendance de façon scientifique. Les informations que nous avons sur le cancer du sein proviennent de pays où il y en a beaucoup mais je ne sais si elles sont pertinentes pour nous. Il me semble que notre cas est différent. Est-ce génétique ? Sommes-nous plus enclines ? Pourtant les femmes font tout ce qu’elles sont supposées faire pour minimiser leurs chances : elles ont leurs enfants jeunes, allaitent – l’Islam encourage à allaiter deux ans-, ne prennent pas d’hormones. Et pourtant, elles ont des cancers et plus tôt que tout le monde.Qu’avez-vous vu comme progrès ici dans le domaine des femmes depuis que vous êtes enfant ?Je n’ai jamais eu de problèmes ici, de quelque sorte. Comme je vous l’ai dit, dans ma famille étudier était une évidence. Ma mère, qui s’est mariée adolescente, était une femme extrêmement forte. Je n’ai réalisé que plus tard en grandissant, que la personne que l’on devient dépend en grande partie de ceux qui vous éduquent. J’ai été élevée par une femme dont le mantra était « non » ne fait pas partie des possibles, n’existe pas dans mon dictionnaire. On ne lui disait jamais non, ni que c’était impossible. Tout est possible, cela dépend de ce que vous êtes prêt à sacrifier pour y arriver. Voilà la mère avec laquelle j’ai grandi. Elle est toujours comme ça. Elle vit la moitié de l’année en Californie. C’est une artiste, tout à fait différente. Et même du point de vue de mon pays : lorsque j’ai dit que je ferai médecine, j’ai obtenu une bourse du gouvernement et personne ne m’a jamais empêchée d’y arriver du fait que j’étais une fille. Personne ne m’a empêchée de devenir chirurgien bien que ce soit un métier traditionnellement masculin et qui le reste. Personne ne m’a conseillé de choisir plutôt la gynécologie ou la pédiatrie, des disciplines plus féminines. J’ai eu de la chance, j’ai été soutenue tout le long. Même lorsque je suis revenue et qu’il n’y avait pas de femme chirurgien, il n’y a eu aucun problème car les gens ont réalisé qu’en fait il y avait un besoin. Je recevais des patients qui préféraient avoir à faire à une femme même en bas de l’échelle. Et lorsque je suis devenue la première femme chirurgien des E.A.U, il n’y en avait pas plus de 2% en Grande Bretagne et 10% aux Etats-Unis. Alors, on n’était pas si loin derrière ! Je comprends mieux pourquoi. A l’époque, j’ai suivi ma passion. Mais ce n’est pas un chemin facile. Je n’aimerais pas que mes enfants suivent cette voie, car c’est long, fatiguant et vous sacrifiez une grande partie de votre vie. Et en général ?C’est totalement différent. Mon Dieu ! Je rentrais pour voir mes grands-parents. Tout a changé : la façon dont ils vivaient, plus tranquille, plus lente. Avec le recul, c’était peut-être mieux mais je dis cela en tant que personne plus âgée. Lorsque je suis venue travailler à l’hôpital russe dans les années 80, jeune et célibataire, je trouvais tout tellement ennuyeux. J’en voulais plus. Aujourd’hui il y a plus de tout : culture, art. Je ne peux croire tout ce qu’on a maintenant. Vous avez deux filles de 6 et 8 ans ?Oui mais je les ai eu à 40 ans car c’était impossible avant avec ma carrière.Les hommes et les femmes sont-ils égaux ici ?Je n’ai jamais été confronté à une impossibilité de faire quoi que ce soit. Jamais. Même à la maison, si vous rencontrez mes oncles et tantes, nous prenons nos repas tous ensemble même si il est de tradition de s’asseoir à part. Mais votre famille est particulièrement libérale, ce qui est rare ?Très.D’autre part, vous n’êtes pas voilée ?Oui, ça c’est moi. Et certaines femmes de la famille le sont. Je travaille comme ça. Je ne peux pas être en abaya et sheila avec ce que je fais. Vous portiez l’abaya ?Non. Pas régulièrement.Et vos parents ne vous y obligeaient pas ?Pas du tout. J’ai de nombreuses tantes et cousines qui se couvrent et c’est bien. Mais c’est encombrant pour moi : je traite avec du sang et des tripes…Une chose est la famille et votre choix personnel, mais quelles sont les réactions au niveau social ?La plupart des femmes qui portent l’abaya et le sheila le font plus par tradition que pour des raisons religieuses. Elles le portent lâche, on voit leurs cheveux. C’est plus une question de mode. Ces gens là n’y voient aucun problème. Celles qui me font des commentaires sont les religieuses qui portent le hijab très ajusté ou le niqab. Mais dans notre religion vous ne pouvez forcer personne. Ils doivent embrasser la religion. On embrasse l’Islam. Personne ne peut vous obliger à vous convertir. Personne ne peut vous obliger à vous couvrir. Donc ça va, je m’en sors.Quels challenges les femmes ont-elles encore à relever ?La chose principale et j’essaye de le dire aux femmes, est qu’il n’est pas facile d’accéder au sommet. Et il y a encore beaucoup d’autres questions culturelles auxquelles nous devons faire face. En principe, vous commencez au bas de l’échelle et vous gravissez les échelons jusqu’au sommet. Mais le problème c’est que beaucoup de filles vraiment intelligentes, qui réussissent bien à l’université, s’arrêtent en cours, quand elles se marient, ont des enfants et que leurs maris leur disent qu’elles doivent rester à la maison, qu’elles ne peuvent pas travailler. C’est un problème que nous n’avons pas encore résolu. Les femmes ont cette motivation mais il faut encore qu’elles résistent, continuent et ignorent les influences extérieures. Je suis devenue la première femme chirurgien mais je n’étais pas la première à essayer. Et le problème est que les gens abandonnent. J’ai eu mes enfants tard parce que je savais que sinon je n’arriverais pas où je suis. Dans tous les domaines, je vois des gens se lancer et laisser tomber. Et cela me contrarie un peu. Et puis, elles sont soutenues financièrement, pas comme des femmes qui n’ont pas le choix économiquement. Leur mari leur dit qu’elles n’ont pas besoin de travailler, qu’ils gagnent suffisamment, elles ont une maison ou des aides du gouvernement… Du coup, elles ne donnent pas tout ce qu’elles peuvent. C’est ce qui nous manque. Personne ne les arrête pourtant. Elles ont toutes les opportunités et la loi de leur côté. Nous ne sommes pas en Iran où certains métiers sont interdits aux femmes. Cela n’existe pas ici. Tout est possible. Mais je voudrais voir cette passion. Tout à l’heure, une patiente m’a demandé un congé maladie pour deux jours parce qu’elle est enceinte. J’ai opéré le matin et accouché l’après midi, attendre un bébé n’est pas une maladie. Cela me dérange car je constate qu’elles ne sont pas heureuses dans leur travail, qu’elles n’exercent pas un métier qui les passionne. Beaucoup choisissent d’être fonctionnaires par confort et pour les avantages au lieu de domaines où elles pourraient faire la différence et y travailler. Parlez-vous l’arabe à la maison ?Très mal. Mes filles ont besoin de cours. C’est un problème.Vous êtes-vous mariée traditionnellement ?Oui ! On a fait les trois jours !Ça a dû être quelque chose pour votre mari ?Non parce qu’il a vécu en Orient longtemps. Il a vécu épisodiquement en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, au Liban, en Iran pour couvrir les conflits. Il connaît mieux mon pays que moi quelque fois et la religion, n’en parlons pas. Lorsque vous êtes éduqué d’une certaine façon, vous le tenez pour acquis. Lui a dû étudier et vraiment s’immerger. Il avait ce mix Oriental-Occidental alors que moi je suis d’ici tout en ayant passé beaucoup de temps ailleurs. Nous sommes comme les deux faces d’une même médaille.Dr Houriya Kazim a fondé Well Woman Clinic, www.wellwomanclinic.comKyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
Abeer al Suwaidi a ouvert sa boutique, USH, en 2009. USH a la même sonorité que le mot « nid » en arabe. Cette jeune styliste émiratie s’est alors rendu compte que cela voulait aussi dire espoir ou bénédiction dans d’autres langues, un nom tout à fait approprié pour un showroom qui abrite les collections des designers locales qu’elle accueille en plus de la sienne. Rencontre avec une artiste excentrique au grand cœur et au style déjanté.Vous détournez l’abaya. Dites-nous en plus au sujet de votre style et de votre prise de position ?Je voulais faire des expérimentations avec l’abaya et l’exposer à différentes influences.  D’une façon un peu branchée. C’était un peu angoissant car il s’agit d’un des éléments les plus précieux de notre culture. Je voulais faire une petite entorse à l’abaya version classique et exprimer ce que je pensais devoir être une abaya. Je ne savais même pas si cela intéresserait quelqu’un. Lorsque j’ai commencé en utilisant du cuir, des ceintures, des corsets magnifiant le corps, je ne savais pas comment les gens réagiraient. J’ai utilisé la chambre à l’arrière presque comme un laboratoire. C’était une expérience et les femmes ont commencé à venir.Et elles ont réagi de façon positive ?Tout à fait. Je m’exprimais, moi, Abeer.Et comment ont réagi les hommes ?Nous avons eu quelques maris en colère (elle rit). Un jour, une fille qui avait acheté ce que j’appelle la « skinny abaya » en référence au jeans skinny (ndlr : près du corps et serré en bas), - je voulais quelque chose qui soit au moins mince (elle éclate de rire)… C’est ce qui a lancé la marque, ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Donc, elle portait cette abaya et déambulait dans la boutique en disant qu’elle en voulait une autre. Je riais en disant « mais vous en portez déjà une ». « Oui, a-t-elle répondu, mais mon mari est dehors et il me dit « non! » Donc j’en achète une autre». Pour elle c’était un positionnement mais son mari était fâché et s’énervait en dehors (ndlr : les hommes ne sont pas admis dans la boutique). Nous avons eu quelques situations amusantes de ce genre. Cela vous permet de connaître les clients de façon un peu plus personnelle. Les femmes qui mettent mes vêtements les portent bel et bien comme une prise de position.Comment définiriez-vous cette prise de position ?Elles sont puissantes, fortes, courageuses. Elles ont quelque chose à dire. Même si vous êtes silencieuse, que vous ne dites pas quelque chose verbalement, vous l’exprimez en portant mes abayas.Croisez-vous des femmes portant vos abayas quelque fois ?Oui. Je me dis : « tiens ! » J’aime les voir portées, en public.Parce qu’elles sont vraiment reconnaissables ? C’est toute l’idée. Comment vous est venue l’idée de changer l’esprit de la abaya classique qui vous était familière et de développer ce style excentrique ?En fait, tout ce que j’ai fait c’est ouvrir des horizons à l’abaya classique. L’ouvrir au monde. Afin que tout le monde puisse y avoir accès. C’était difficile car la frontière est ténue. Comment réussir à la métamorphoser d’un vêtement classique à un vêtement moderne et contemporain. Mais en réalité la seule chose que j’ai faite, c’est de revenir à la coupe traditionnelle, héritée de la tradition classique et la transformer en un style qui parle aux jeunes.Vos abayas sont aussi le reflet de ce qui se passe à Dubai : une culture traditionnelle et conservatrice mais exposée à toutes sortes d’influences internationales, de styles de mode et de matériaux importés de l’étranger ? Oui, tout à fait. Nous évoluons avec ce qui arrive à notre culture ici.Et cela se fait en douceur ? Vous voulez dire dans la mode (elle rit) ? Cela se fait en douceur mais voilà pourquoi USH existe. Si vous me trouvez trop expressive, trop excentrique, si vous trouvez mon style trop tape à l’œil, vous trouverez ici d’autres marques qui, bien que modernes et contemporaines n’en restent pas moins classiques.L’idée consiste à ne pas trop bousculer les gens ?C’est ça.Vous ne voulez pas aller trop vite non plus, juste proposer autre chose ?Oui. Il faut être prête à portez mes vêtements et se sentir à l’aise.Quelles matières utilisez-vous ?Pour ma dernière collection qui sort maintenant, j’ai utilisé beaucoup de velours. Je travaille beaucoup avec des broderies délicates faites à la main, de vieilles broderies mélangées à des matières très modernes. J’utilise du coton. Les femmes étrangères sont très intéressées par les abayas en coton car c’est plus proche du prêt à porter. La matière que l’on utilise en principe pour les abayas est le crêpe saoudien.Comment se sent-on dans cette matière ?C’est agréable. Cela dépend de la qualité. Il y a différents types de crêpe. C’est doux et léger. Mais nous utilisons à présent d’autres matières comme le satin, le coton, la dentelle et même le jersey en hiver.Et vous utilisez aussi des matériaux très « rock and roll », voire punk ?Oui. Des pics, du métal, des harnais. Ça c’est la Abeer qui se révèle ! C’est moi. C’est vraiment quelque chose que je voulais exprimer à travers l’abaya. Ces tempéraments existent même en portant l’abaya : des filles rock avec de fortes personnalités. Pour mon deuxième fashion show, j’ai fait une collection Bob Marley, très différente puisqu’elle était reggae. Chaque fois que je dessine une collection, que je fais un fashion show, c’est une prolongation de ma personnalité.Et comment réagit votre famille ?Mes parents me soutiennent. Les deux sont artistes. Ils peignaient lorsque j’étais jeune alors ils comprennent ce que je fais.  J’ai parfois un oncle ici ou là … (elle rit) qui me fait la morale.Que vous disent-ils ?Fais attention. C’est l’abaya. C’est au cœur de notre culture et de notre religion. Ne vas pas trop loin, respecte. Seriez-vous prête à ne pas porter l’abaya ?Non. J’aime mon abaya. En tant qu’émiratie, c’est mon identité. J’aime l’abaya.Cela vous paraîtrait bizarre de ne pas en porter ?Oui parce que l’abaya montre à tout le monde qui je suis et d’où je viens. Nous avons de la chance de l’avoir car personne ne peut se tromper sur notre compte. Les gens savent qu’ils ont face à eux une émiratie ce qui est rare à travers le monde : voir quelqu’un et immédiatement savoir qui il est. Pour moi, l’ abaya est une fierté et la porter une preuve immédiate de mon identité.Qu’avez fait comme études ?Je suis allée à l’université à Abu Dhabi et j’ai étudié "communications" au Dubai Women’s College mais j’ai rejoint la mode. J’ai toujours voulu travailler dans la mode et j’ai toujours eu un style à part. Pour mon entrée en sixième, j’étais la seule à venir avec une robe… énorme ! Tellement volumineuse, comme une robe de bal. Qui fait ça ? Comment ma mère m’a-t-elle même laissée sortir ? Bon, vas-y exprime toi mais en dehors de la famille ! Je suis donc sortie dans cette robe et je me souviens d’avoir été sur scène et gagné le prix de la plus belle robe. Mais je ne crois pas que les autres trouvaient ça cool à l’époque !Comment vos collègues, votre famille, vos amis vous décrivent-ils ?Une excentrique, un peu différente. Créative. Quels créateurs de mode admirez-vous ?Alexander Mc Queen, Vivienne Westwood, et beaucoup de designers japonais comme Yohji Yamamoto.Avez-vous vécu à l’étranger ?Un an à Singapour.Que portez-vous sous votre abaya aujourd’hui ?Un legging noir, un marcel noir et mes chaussures à talon rose fluo (elle éclate de rire).Qui est votre clientèle ?Tous les âges. Des jeunes filles et jusqu’à 50 ans. Des émiraties mais aussi des femmes d’Oman, du Qatar, des Saoudiennes. Et même des Yéménites qui pourtant ne portent pas la abaya. Je suis très heureuse quand elles craquent pour une des miennes. Un projet ?Nous prévoyons d’ouvrir une boutique à House of Frazer à Abu Dhabi début 2013.Quelle différence de style notez-vous entre les femmes occidentales et moyen-orientales ? Souffrir pour être belle. Nous sommes plus là dedans. J’ai remarqué que sur le marché européen, ils veulent des choses plus légères, confortables. Nous sommes prêtes à souffrir : les pics, les ceintures, les talons aiguilles, le maquillage. On prend la mode au sérieux ! Et on est très « total look », des pieds à la tête. Le sac est assorti aux chaussures. Elles adorent. Je sors une ligne de prêt à porter. En Irlande, nous avons fait un show et les femmes ont adoré les abayas. J’étais surprise : elles en veulent mais bien sûr, pour elles, elles sont trop longues, pas pratiques… Mais elles ont aimé le style, la couleur noire. Donc je développe une ligne de prêt à porter pour mes clientes occidentales.Quels sont vos temples du shopping à Dubai ?If Boutique. Une vraie boutique qui propose quelque chose de différent.Où sortez-vous ?Je n’ai pas le temps de sortir mais en hiver, nous allons dans le désert. Près de la route, vous verrez tous les émiratis avec leurs tentes et leurs théières. On reste là jusqu’à minuit, toutes générations confondues. Et sur une autre colline (dune), il y a nos amis. On prend les motos, les quads…Une journée dans la vie d’AbeerJe me lève vers 7h30 avec mes enfants. J’en ai trois. Nous nous asseyons ensemble et discutons. Je leur fais la morale : soyez gentils, ne faites pas de mal aux autres. Quand ils sont partis pour l’école, je dessine et fais mes recherches. J’ai de l’inspiration le matin. Je travaille avec mon mari. Nous travaillons beaucoup. C’est bon signe ! Hamdulilla ! J’ai un bébé de 9 mois alors je passe ensuite un peu de temps avec lui puis je vais chercher mes enfants à la sortie de l’école. Je passe à la boutique, dans mes deux autres boutiques aussi, je regarde la production. Le soir, je repasse à la maison et je les mets au lit. Finalement, vers 20-21h, je sors enfin prendre un café et je retrouve d’autres designers. Je n’ai pas beaucoup de temps à « moi » en ce moment ni de vie sociale. Si quelqu’un veut m’inviter à prendre un café d’ailleurs ? Je suis souvent chez Shakespeare au Village Mall. Mes vies professionnelles et personnelles sont mêlées.Petit lexiqueAbaya : robe de tissu noir portées par les femmes au Moyen Orient afin de dissimuler leurs corps et leurs cheveuxJalabiya : Robe colorée plus décontractée portée en intérieurKaftan : robe un peu plus habillée que la jalabiya mais de même espritSheila : foulard noir se portant comme un voile servant à camoufler la chevelure. Les voiles de couleurs sont des foulards.Kyra, journaliste et écrivain tient un blog, que nous vous recommandons chaudement : http://kyradubai.overblog.com/ Entretiens avec des femmes… « Pas n'importe lesquelles. Des femmes qui ont fait de Dubai l'écrin de leur succès, des femmes émancipées et entrepreneuses ou qui s'apprêtent à s'en donner les moyens. Fermez les yeux. Essayez d'imaginer Dubai il y a quarante ans. Réalisez le chemin parcouru... »
Dimanche 6 janvier 2013, presque midi, je suis en route pour récupérer mon fils. Au feu rouge juste avant d’arriver à l’école, je crois avoir une hallucination… Un camping car immatriculé en France, dans le 44, attend au même feu, dans la file d’à côté. Est-ce bien réel ? Serait-ce les bulles de champagne du 31 qui pétillent encore dans mon cerveau ? Non pas possible, ça fait une semaine… Des autocollants placés à l’arrière du véhicule ne laissent aucun doute sur le pourquoi du comment. Je descends, vite, avec mon téléphone en main, je toque à la fenêtre, et là surprise, c’est une jolie jeune femme au volant. A la place passager, un petit garçon d’une dizaine d’années. Je comprends tout de suite qu’il s’agit de la maman et de son fils. Nous échangeons quelques mots en vitesse, avant que le feu ne passe au vert et surtout, j’enregistre son numéro de téléphone. Je suis sûre que l’histoire de cette famille est à ne pas rater ! J’en saurai plus rapidement.Lundi 14 janvier 2013, 10h du mat’, cette maman voyageuse et ses enfants sont installés dans mon salon… nous faisons connaissance…Christine, c’est une VRAIE femme. Elle est très jolie, porte du vernis aux ongles, son regard serein est plein de bienveillance… et la mécanique n’a plus aucun secret pour elle. Christine conduit un énorme camping car. Elle et ses deux enfants, Thomas et Julie, âgés respectivement de 10 et 12 ans, sont partis depuis 6 mois de Nantes. Après une préparation d’environ 2 ans et demi, ils se sont mis en route pour un périple d’un an à travers le Moyen-Orient et l’Asie. Ils sont passés par l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran, et Oman, et se sont posés quelques jours à Dubai, pour faire une pause dans cette aventure parfois éprouvante, mais merveilleuse. Une pause de civilisation, de consommation, de modernité, de confort, de lumières de la nuit, de supermarchés, de piscines, de vraies maisons, puisqu’ils ont été invités ça et là chez des français expatriés.Christine a toujours voulu voyager. Lorsqu’elle termine ses études de commerce international, elle ne sait pas au juste ce qu’elle veut faire, mais elle sait ce qu’elle ne veut pas : travailler dans un bureau, avoir une vie « classique ». Christine veut découvrir le monde, partir. C’est chez Emirates en tant qu’hôtesse de l’air que sa « vraie » vie va commencer. La vie comme elle la rêvait : pleine de rencontres et d’expériences riches.  Avant de devenir maman, elle part en bateau sur les mers du monde, en sac à dos un peu partout,  vit en Californie pendant deux ans et, souhaite ainsi un jour pouvoir transmettre à ses enfants cette soif des voyages et de découvertes. On peut dire que jusqu'à présent, l’objectif est déjà atteint. A la fin du voyage, une chose est sûre, Julie et Thomas reviendront avec mille choses à raconter à leur famille, et à leurs amis, et des souvenirs extraordinaires ancrés à vie.Christine a donc connu Dubai il y à une quinzaine d’années, à une époque finalement pas si lointaine où l’on circulait facilement, où la vie était plus « simple » et plus authentique… A cette période, elle avait adoré Dubai. Aujourd’hui, c’est surtout Thomas, son fils qui prend la relève. Pour lui, de tous les pays qu’ils ont parcourus depuis leur départ, c’est celui qu’il préfère. Tous ces buildings l’impressionnent et le font rêver ; Christine et Julie ont beaucoup aimé l’Iran et Oman, pour leur aspect montagneux, rocailleux. Mais surtout, la famille y a rencontré des gens formidables, parmi les autochtones qui ont eu la curiosité de les approcher pour s’intéresser à leur périple, ou pour les aider. Et à égalité entre ces deux pays. Au quotidien, les journées se déroulent au rythme des longs trajets parcourus, des visites des villes et villages par lesquels ils sont passé, des intempéries, des rencontres, des cours du CNED que les enfants suivent consciencieusement, des problèmes mécaniques que Christine sait régler elle même grâce à la formation que lui a apportée un de ses amis avant le départ. Parfois le trio connaît quelques embûches comme ce jour où le camping car n’avançait plus sur une route de montagne sinueuse et très raide, en Italie. Christine a du s’armer de courage, de patience et surtout de sang froid pour pouvoir descendre en marche arrière et manœuvrer son énorme camion sur ce chemin très étroit pris entre la rocaille et le ravin. Une autre fois, sur le bord d’une petite route au milieu des montagnes iraniennes, éloignés de la vie et de la ville, le tout dans une ambiance glauque à souhait, la batterie du camping car ne répond plus. Il tombe des cordes dehors et il fait froid… Christine aura eu la chance de rencontrer un gentil monsieur, muet, qui la remorquera avec sa vieille camionnette, et les sortira de cette mauvaise passe.Pour ce long séjour hors de nos frontières, cette super-maman doit faire preuve d’une grande vigilance de tous les instants, que ce soit sur la route ou dans la vie de tous les jours. Aussi, elle a tout prévu avant de partir : la sécurité, (la sienne et celle de ses enfants car elle a suivi des cours de self défense pendant deux ans avant le grand départ, ainsi que Julie, et s’est munie de ressources bien spécifiques au cas où), la santé, le quotidien, la mécanique, la scolarité à distance des enfants, le budget (un peu plus de 1,000 euros par mois selon les pays), un congé sabbatique de un an (elle est guide dan une usine ultra moderne), et le blog (http://jumatolie.eklablog.fr/) sur lequel on peut suivre les péripéties de l’équipée, entre autre leur parcours en Oman (consulter l’article « Oman les tortues », ou le nouvel an à Dubai…etc ; les photos postées régulièrement sont magnifiques et illustrent bien l’aventure.)Ce qui leur aura manqué: l’interaction, en français, avec des gens de leur âge (pour chacun des trois), le sport, le papa, l’espace par rapport au logis confiné, le confort d’une bonne douche bien chaude et d’une chambre bien à soi principalement.Ces deux enfants ont la chance de réaliser que la vie dans un pays développé et occidental tel que la France est complètement différente de la façon dont on peut vivre ailleurs et dont ils sont les témoins privilégiés.Christine a eu une prise de conscience depuis son départ, et elle a envie de la transmettre à ceux qui auraient peur de se lancer dans n’importe quelle nouvelle aventure, nouvel apprentissage ou dans ce genre d’expérience : il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, d’aller en dehors des sentiers battus, d’oser… la vie est riche ! (cf. le nouvel anglicisme à la mode : YOLO : You Only Live Once).Le joyeux trio passe encore quelques jours dans les Emirats puis s’envolera (eh oui, le camping car, lui, prendra le bateau) vers l’Asie (Malaisie, Laos, Cambodge…etc, le trajet n’est pas encore tout à fait validé).  Puis le retour à la mère patrie se fera en juin 2013. Bon voyage à eux, bon vent et félicitations à Christine pour son courage et sa persévérance !
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