Shaikha Mohamed Al Muhairi : la culture comme choix de vie.

Écrit par  Laetitia C. 05 DEC 2012



Quoi de tel pour inaugurer la nouvelle orientation Abu Dhabi de Dubai Madame.com  qu’une rencontre avec une émirienne ?


Elle aime :
Les gens
Les livres
La bonne cuisine
La liberté

Elle n’aime pas :
Les espaces exigus
Les bureaux trop petits
L’étroitesse d’esprit



Shaikha Mohamed Al Muhairi dirige les Bibliothèques Nationales pour la Abu Dhabi Tourism & Culture Authority. Transmettre la culture c’est sa vocation.
Sa liberté de ton lui permet de  s’épanouir dans un environnement masculin. Portrait !

Chère Shaikha, racontez-nous brièvement votre parcours.

Et bien, on peut dire que je suis éducatrice.
J’ai commencé par enseigner en anglais à des adultes, puis à des adolescents. J’ai ensuite enseigné à des enseignants. Avec mon expérience, j’ai conseillé des éducateurs, des bibliothécaires et me voilà, après quelques années, la coordinatrice du réseau des bibliothèques nationales d’Abu Dhabi.

Vous savez il est rare pour une émirienne de travailler ailleurs que dans une ambassade ou une institution médicale.

La communauté émirienne est attachée à son pays, même s’il est très courant d’aller étudier à l’étranger, on finit par revenir.

Personnellement, je me dois de rester auprès de ma mère, je vis avec elle. Mais j’ai aussi atteint un âge où je sais ce que je veux vraiment, ce qui est bon pour moi : le contact avec les gens, le développement et la transmission de la culture !

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier, de porter ces projets éducatifs?

Comme beaucoup de gens je suis allée à l’école pour forger mon éducation, je devais aller à l’école et c’était comme ça.
En grandissant, en mûrissant, je me suis rendue compte qu’au-delà de l’éducation scolaire, je cherchais à apprendre tout simplement (des autres, de la vie…). Et là j’ai compris que j’avais ce choix, cette liberté de différencier l’éducation et l’apprentissage.

La bibliothèque est un lieu pas très éloigné de l’école où on apprend sur soi et les autres, où on développe sa sensibilité et ses goûts. Malheureusement on ne peut pas tout lire, alors avec l’âge on découvre puis on sait ce qu’on aime et ce qu’on apprécie moins.

Vous qui voyagez beaucoup, quelle place occupe le livre à Abu Dhabi et dans la région plus largement?

C’est notre patrimoine, ça a toujours fait partie de notre culture.
Mais dans la pratique ce n’est pas si évident. Les enjeux de pouvoir et d’enrichissement économique entrent en ligne de compte si on peut dire.
Le 20e siècle a permis aux Émirats et au Moyen-Orient d’émerger culturellement et de susciter l’intérêt au niveau international. L’engouement a un peu faibli ces vingt dernières années.

Nous avons aujourd’hui un vrai choix à faire pour notre futur : il n’y a pas que la politique ou l’économie qui porte un peuple, il y a aussi sa culture. Et ce n’est pas qu’un luxe de riches, même les pays les plus pauvres ont leur culture, leur patrimoine, c’est leur identité.

Quand on a des ressources, on peut la préserver et la transmettre. C’est notre challenge actuel : on mobilise tous les acteurs culturels des émirats, mais aussi du Qatar, d’Égypte… à travers des festivals.
Au-delà des hôtels et du tourisme de masse, on sent actuellement comme un réveil, un retour à la lecture, à l’écrit. Mais c’est loin d’être suffisant, il faut mener un travail de fond pour les futures générations, à travers l’éducation.

Quels sont vos auteurs préférés? Vos adresses préférées pour lire?

Difficile à dire, quand j’étais jeune je lisais principalement des auteurs arabes. Après l’université, j’ai découvert l’écriture anglophone (« Western »). J’ai quelques noms en tête, George Orwell et sa ferme sarcastique ou encore Gabriel Garcia Marquez, sa plume émouvante et douloureuse !

En ce moment, je me concentre sur des lectures pour les 16-25 ans ; il n’y a pas encore d’auteurs arabes sur ce créneau.
Je n’ai pas vraiment d’écrivain préféré, mais j’aime l’écriture féminine. Je pense à l’écossaise Maeve Binchy. En fait, si vous permettez je vais utiliser une métaphore culinaire, je dévore les livres ! (rires)

Et la poésie ? La poésie arabe en particulier ?

Oui ça m’arrive d’en lire de temps en temps. Pour continuer sur la métaphore de la nourriture spirituelle, j’en déguste de temps en temps et je la savoure. La poésie est une musique, elle se lit à haute voix et lentement.

Vous avez des habitudes, des endroits préférés pour lire ?

Tout simplement à la maison, dans mon lit le soir. C’est assez banal en fait ! Parfois, je profite d’être au calme dans un café mais c’est rare.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une nouvelle arrivante à Abu Dhabi?

Oh, il y a tellement d’expatriés ici. Surtout si on parle anglais, de nombreuses communautés sont déjà bien formées et les interactions sont assez faciles.
Je pense qu’il faut juste être patient avec soi-même car le changement de vie est difficile. Il faut  prendre le temps de tout reprendre à zéro, faire des efforts et ne pas être effrayé ou offusqué de certaines réactions rencontrées ici. La plupart du temps c’est tout simplement dû aux différences culturelles, à la découverte de l’autre. Petit à petit on rencontre d’autres personnes déjà installées, on surfe sur Internet, on lit les journaux et les différentes publications à disposition (comme le TimeOut...). Bref, on finit par se sentir comme chez soi, et là on peut aller plus loin, ailleurs.
Il y a du choix ! En gros, s’installer, s’informer et s’ouvrir.

Une dernière question Shaikha.
Pour vous Abu Dhabi, c'est… ?

… Une ville hyperactive le matin et contentée, plus détendue le soir!

Pour plus d’informations sur les bibliothèques nationales d’Abu Dhabi : http://library.adach.ae/en/portal/about.nat.lib.aspx

Dernière modification le samedi, 28 novembre 2015 12:11
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