Une femme de passion : Dr Rania Zaarour

Écrit par  Anne Ponsford 16 AOUT 2011

Biologiste, professeure à l’université de Médecine de Sharjah, le Dr Rania Zaarour, libanaise d’origine, est l’une des cinq lauréates du prix L’Oréal-Unesco « for Women in Science » décerné le 23 septembre dernier à Dubai.
Ces cinq femmes ont été récompensées pour leurs travaux de recherche et leur contribution à l’avancée scientifique, parmi  150 femmes du monde arabe participant à ce prix.


Plus particulièrement, Rania Zaarour est remarquée pour ses travaux de recherche en biologie du cancer, sur la relation « cellules tumorales et cellules hôtes environnantes ». C’est ce qu’elle a exposé brièvement le 29 septembre dernier, lors de la remise des prix, très à l’aise et rayonnante devant le nombreux public venu féliciter ces femmes remarquables.


C’est la passion, dit-elle qui l’a conduite jusqu’à ce podium et si on retrace le parcours de cette jeune scientifique, on sent qu’elle a puisé son équilibre et sa détermination dans une famille libanaise unie originaire de Byblos, engagée dans la Croix Rouge, où elle a vécu une enfance saine et heureuse, malgré les événements politiques. Elle se souvient des fruits gorgés de soleil cueillis à même les arbres, des jeux partagés avec son frère et sa sœur (ils n’avaient pas accès à la télévision), notamment des kits de physiciens et microscope reçus en cadeau à la place de jouets plus classiques et des dissections plus ou moins anatomiques de grenouilles faites avec son frère! C’est  dans l’enfance qu’elle a déjà la conviction qu’elle sera biologiste, sentiment confirmé plus tard alors que brillante élève en mathématiques, elle parvient toujours au résultat précis attendu… elle mesure qu’en biologie, cette science requiert toujours une étude plus approfondie… elle pressent qu’elle fera de la recherche.


Pour ses parents (père : homme d’affaires, mère : enseignante), dans un contexte politique incertain, l’éducation a toujours été primordiale. Donc quand le pays se trouve en guerre et que les études des trois enfants s’en trouve affectées, les parents de Rania alors âgée de 15 ans, décident de quitter le Liban, cela se réalise grâce au tirage au sort de toute la famille qui se voit attribuée la « green card » pour résider aux Etats Unis !


C’est donc dans ce pays, que Rania poursuit désormais des études brillantes :
- « Saddleback College », mission Viejo, Californie (de 92 à 94)
- « Bachelor of science » en biochimie et biologie cellulaire a l’Université de San Diego, Californie (de 94 à 96)
- « PH.D. » en biologie cellulaire, Université de Yale, New Haven, Connecticut (de 97 à 2004)
- « post-doctoral research », Institut Curie de Paris (de 2005 à 2008)
- elle enseigne actuellement la biologie et la biochimie a l’Université de Médecine de Sharjah, en parallèle avec ses travaux de recherche.


Devant ce CV impressionnant, elle constate humblement, « vous savez, ce n’est pas si difficile… il suffit d’être passionnée et les obstacles tombent tout seuls… »
Cette passion pour sa famille, son pays et la biologie est le moteur de cette jeune femme optimiste, gaie et chaleureuse, passion qui l’a conduite à son poste de chercheuse à l’Université de Sharjah et à son labo où elle travaille depuis 2 ans avec une équipe de 4 personnes et en collaboration avec l’Institut Gustave Roussy. Elle espère pouvoir publier les résultats de ses travaux dans 2 ou 3 ans. Financièrement bien soutenue par la « Sharjah Academy for Scientific Research », elle déplore cependant que les budgets ne soient pas plus importants dans cette région du monde ou beaucoup d’argent est dépensé dans d’autres domaines.


Après avoir vécu au Liban, aux Etats Unis et en France, elle a du s’adapter encore à un monde différent à Sharjah mais relate qu’elle ne s’est jamais sentie exclue en tant que femme. Elle dit « prendre le meilleur des mondes qui l’entourent ; tout est question d’attente et d’adaptation » lance-t-elle dans un grand sourire optimiste et positif. Elle n’a pas le sentiment que son parcours ait été plus difficile en tant que femme car elle a acquis la reconnaissance et le respect partout où elle a vécu et étudié.


Son activité à l’Université de Sharjah laisse à Rania peu de temps pour les loisirs mais dès qu’elle le peut, elle se rend chez sa sœur installée à Dubai et profite de ses neveux et nièces, de cours de salsa, de cuisine (moléculaire ?) ; elle pratique beaucoup la natation et est aussi ceinture noire de karaté.


Déjà bien rapprochée géographiquement si on juge son parcours de la Côte Ouest à la Côte Est des Etats-Unis, puis la France et le Moyen Orient, son rêve à moyen terme est de rentrer au pays poursuivre ses recherches… et retrouver son berceau familial.
Le parcours de cette femme passionnée encourage quiconque à croire en ses rêves et à les atteindre. Gageons que Rania fera encore parler d’elle dans l’avenir scientifique et comme il a été très justement dit à la cérémonie de remise du prix l’Oréal-Unesco « for Women in Science » :

«  The World needs Science
Science needs Women
The World needs Women
»… like Rania

Dernière modification le vendredi, 27 novembre 2015 15:29
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