Le parfum dans la culture arabe

Écrit par  Sylvie Aymes 28 MAI 2014


Dans le sillage d’une gandoura blanche ou dans les allées d’un centre commercial, le parfum est partout à Dubaï. Suaves et entêtantes, ces senteurs boisées ou musquées ne sont pas de simples traces olfactives mais bien des marqueurs de l’identité et de la culture arabes. Petit voyage au pays des mille et une senteurs…

Un lien avec la religion
«L’usage du parfum est lié à des recommandations religieuses» explique Nasif Kayed, le Directeur Général du Sheikh Mohammed Center for Cultural Understanding (SMCCU).
En effet, le Prophète Muhammad, au 7e s., explique l’importance du respect d’autrui. Ce respect doit se traduire dans les paroles (salutations, politesse…) ou les actes (gentillesse, sourire...) mais doit également se manifester dans des aspects plus prosaïques de la vie quotidienne comme par exemple les odeurs corporelles. Ainsi sentir bon n’est pas un acte anodin mais une manière de ne pas offenser l’autre et il est recommandé de porter du parfum avant d’aller à la mosquée.

Une expertise ancienne

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Durant des siècles, le monde arabe a développé et diffusé un savoir-faire dans le domaine de la parfumerie en réponse notamment à un réel besoin de fragrances par des populations transpirant sous le soleil puissant des zones les plus chaudes de la planète. On attribue par exemple aux scientifiques arabes l’invention de l’alambic et l’amélioration des techniques de distillation.

A la différence des parfums occidentaux, les parfums arabes traditionnels ne sont pas à base d’alcool mais d’huiles. Comme vous le feriez d’un parfum conventionnel, vous pouvez acheter un parfum correspondant à un mélange de senteurs ou, si vous êtes plus audacieux, composer votre fragrance originale en sélectionnant et mixant quelques huiles dans l’éventail offert par les différentes enseignes de parfums traditionnels. Mais attention, ces parfums, souvent assez intenses et avec une rémanence forte, évoluent au contact de la peau et de la chaleur et le parfum obtenu peut être sensiblement différent de celui attendu ! Avant de vous lancer, faites quelques tests avec les huiles pures et n’hésitez pas à solliciter leur conseil aux vendeurs.

Un parfum emblématique : l’oud

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Oud
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Maamoul

Par le passé, les marchands arabes firent le commerce des substances odorantes qu’ils allaient chercher par exemple en Inde, en Asie ou en Chine.
Nasif Kayed raconte d’ailleurs que « c’est à un marchand arabe que l’on doit la découverte de l’oud !», aujourd’hui l’un des parfums les plus populaires de la culture arabe. Alors qu’il était en Inde, l’homme passa à proximité d’une forêt dévorée par les flammes et intriguée par l’odeur agréable qui s’en dégageait, il découvrit les propriétés aromatiques des arbres qui la constituaient. Ceux-ci, des Agar Trees (Aquilaria) produisent, lorsqu’ils sont attaqués par une espèce particulière de champignon, une résine odorante qui imprègne le bois et c’est ce bois, débité en petits tronçons que l’on appelle l’oud (agarwood en anglais). Sa rareté, la lenteur de sa production et son faible rendement en font une matière brute chère dont le prix peut atteindre plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de dirhams au kilo ! De nos jours, l’oud provient du Cambodge, réputé fournir la meilleure qualité, du Laos, de Thaïlande, d’Inde, de Malaisie ou bien encore d’Indonésie. Outre sa forme « bois », l’oud peut aussi être exploité pour donner une huile.

Les autres senteurs particulièrement appréciées des consommateurs du Moyen-Orient sont notamment l’ambre, le musc ou le jasmin.

Le parfum dans la vie quotidienne

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L’étymologie latine du mot « parfum » renvoie à « per fumum » c’est-à-dire par la fumée et c’est précisément l’un des modes traditionnels d’utilisation du parfum dans les maisons émiriennes. « La méthode qui consiste à utiliser la fumée comme principe odorant s’appelle bakkhour » précise M. Kayed. Dans un mabkharah- le brûleur traditionnel- sont déposés, sur du charbon, des morceaux d’oud ou de maamoul. Ce dernier constitue une alternative nettement moins onéreuse que l’oud pur: c’est un mélange d’huiles et de bois (dont l’oud) aromatiques.
Il est en général pressé sous forme de petites galettes et, s’il est possible de le faire soi-même, les familles peuvent aussi faire appel à un artisan pour sa conception et fabrication. La fumée obtenue par combustion de l’oud ou du maamoul permet de parfumer et/ou de désodoriser la maison après la cuisine, de donner une odeur agréable aux tissus d’ameublement etc. De la même manière, comme l’explique le directeur du SMCCU, « les vêtements sont eux aussi parfumés par bakkhour ce qui leur confère une senteur plaisante et durable ».

Au-delà de ces fonctions, le bakkhour est, au même titre que le café et les dattes, un élément des usages d’hospitalité émirienne. En effet, lorsque le moment de clore une rencontre approche, le mabkhara est apporté dans le majlis, répandant sa fumée odorante. C’est, précise Nasif Kayed, «la manière la plus polie de signifier que la visite est désormais terminée et que les visiteurs peuvent prendre congé ».

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Le parfum est aussi utilisé à l’occasion de fêtes comme les mariages.
Nasif Kayed explique : « Pendant toute la semaine, la future mariée va baigner ses vêtements de la fumée du bakkhour et le jour qui précède la cérémonie, elle prendra elle-même un bain de fumée afin que les odeurs imprègnent complètement sa peau et ses cheveux ».
Les pièces dans lesquelles le mariage se déroule sont elles aussi parfumées et chaque invité est accueilli avec du parfum qu’il peut appliquer sous forme d’huile sur sa peau ou par le biais du bakkhour. Sachez que, si vous étiez invités à un mariage, offrir de l’oud de qualité est un cadeau apprécié.

Bien qu’ils soient très différents de nos fragrances occidentales souvent plus légères, il ne faut pas hésiter à s’intéresser aux parfums traditionnels arabes pour découvrir la subtilité du musc sauvage, l’odeur boisée du santal ou le floral du jasmin et de la rose. Les échoppes sont légion dans les malls de Dubai alors tentez la plongée dans un univers olfactif nouveau et comme le conseille Nasif Kayed « Donnez-vous la chance de découvrir l’oud ! ». A vos nez, prêts ? Sentez !

Où trouver des parfums arabes traditionnels ? Ajmal, Amouage, Arabian Oud, Swiss Arabian, Yas Perfume etc… Toutes ces enseignes ont des stands ou des boutiques dans les différents centres commerciaux de Dubai.

Un grand merci à M. Nasif Kayed, Directeur Général du Sheikh Mohammed Center for Cultural Understanding (SMCCU) pour son aide. LE SMCCU a pour slogan « Open Doors. Open Minds » et a pour but de sensibiliser le public à la culture locale, aux usages et à la religion des Émirats Arabes Unis. LE SMCCU organise notamment des visites et des déjeuners culturels. Tous les renseignements et contacts sur le site www.culture.ae.

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Dernière modification le mardi, 02 avril 2019 11:06
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