Lecture : petits bonheurs pour prolonger l'été

Écrit par  Frederique VANANDREWELT 05 SEPT 2017
Les vacances ont déjà le parfum du souvenir mais les clichés de l'été en fond d'écran en perpétuent la magie. Quelques lectures pour prolonger les bienfaits de cette parenthèse estivale avant la rentrée littéraire dont nous nous ferons bientôt l'écho. 
 
En hommage à Simone Veil qui nous a quittés le 30 juin dernier, relisons Une Vie, sa lumineuse autobiographie. Restons dans la nostalgie avec Costa Brava d’Éric Neuhoff, pour replonger dans l’ambiance couleur sépia des vacances d’autrefois. Passons des larmes au rire ou du rire aux larmes avec les « instantanés de vie et d’amour » de Pauline dans Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi. Suivons enfin les pas de Sylvain Tesson Sur les chemins noirs, merveilleux périple sur les sentiers des cartes d’état-major de la France piétonne. Partageons avec tous ces personnages les petits moments précieux qui constituent la richesse d’une vie.
 
Une Vie, Simone Veil
 
 
« Lorsque je repense à ces années de l’avant-guerre, j’éprouve une profonde nostalgie. Ce bonheur est difficile à restituer en mots parce qu’il était fait d’ambiances calmes, de petits riens, de confidences entre nous, d’éclats de rire partagés, de moments à tout jamais perdus. »
 
De son enfance niçoise, Simone Veil ne retient que les rires et la chaleur d’une famille unie. Elle raconte une mère dévouée à son mari au point de quitter la capitale où elle avait une vie sociale riche pour le suivre à Nice où ils subiront la crise de 1929 ; un père sérieux et sévère, soucieux de mettre ses enfants en sécurité dès le déclenchement de l’offensive allemande en 1940, quatre frères et sœurs, heureux dans le jardin de la maison de vacances de La Ciotat. Mais très vite, l’insouciance enfantine cède la place à la réalité insupportable de la déportation. La libération n’en aura que le nom, toute sa vie Simone Veil vivra avec le souvenir de l’enfer de Bergen-Balsen où sa mère mourut terrassée par le typhus malgré l’attention de ses filles. Son père et son frère disparus, elle fut accueillie avec ses deux sœurs rescapées Denise et Milou chez un oncle et décida d’étudier le droit puis les sciences politiques. On connait mieux la suite de ce destin singulier. Suivre l’itinéraire de Simone Veil, c’est revivre tout un pan de notre histoire depuis les années d’avant-guerre jusqu’à la reconnaissance de la responsabilité de la France dans les crimes perpétrés contre les juifs le 16 juillet 1995. On découvre au fil des pages la personnalité d’une femme marquée par les aléas de l’Histoire et marquant cette même Histoire de son empreinte, une simple femme et une héroïne des temps modernes.
 
Costa Brava, Eric Neuhoff
 
 
« Je repense à toutes ces vacances d’été. Je me souviens que nous les attendions toute l’année. Elles avaient l’air de ne jamais vouloir finir. A partir de 1960, nous sommes allés sur la Costa Brava. Cela a duré des années. Nous ne verrons plus jamais ça revenir. »
 
C’est dans un voyage empreint de nostalgie que nous emmène Eric Neuhoff sur les traces des vacances de son enfance sur la Costa Brava. A Canyelles, dans les années 60 puis 70 non loin de Rosas, le père roule en Aronde, 403 puis 404, les enfants boivent du fanta, on écoute la bande originale de West Side Story, on découvre sur la plage les premiers émois amoureux. Le narrateur veut faire découvrir à ses enfants son paradis perdu, en vain, ils préfèrent profiter de la piscine de l’hôtel. C’est donc seul qu’il remonte le temps et part à la rencontre des vieux copains et des lieux familiers. Dans un va et vient aléatoire entre le passé et le présent, il exhume des fragments de ces étés qui ressemblent aux nôtres. D’histoires d’amitié en histoires d’amour, il retrouve les musiques, les goûts et les odeurs de ses jeunes années.
C’est un roman qui se lit doucement et permet de savourer le temps qui passe, il ne faut pas chercher d’intrigue compliquée, il s’agit juste d’une rêverie éveillée comme la projection de séries de diapositives un peu délavées par la Méditerranée, un peu passées par les rayons du soleil catalan.
 
Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, Virginie Grimaldi
 
 
« Je crois que je commence à accepter l’idée qu’il puisse ne pas revenir. »
 
Pour reconquérir son mari qui lui échappe, Pauline décide de lui envoyer par lettres les moments forts de leur vie commune. Elle souffre mais elle progresse, il lui faut tenir le coup pour son petit Jules, elle s’installe chez ses parents en attendant de réintégrer le foyer conjugal et multiplie les faux-pas au boulot. Elle s’enfonce peu à peu dans le burn out. L’exploration de sa vie de couple va lui permettre de faire émerger toutes les douleurs enfouies, tous les non-dits et même les secrets de famille. Introspection favorisée par les vacances qu’elle passe avec parents, frères et sœurs et leurs enfants sur les lieux de villégiature de l’enfance. La séparation n’est finalement qu’un déclencheur et c’est vers sa vérité qu’avance Pauline au fil des pages. Roman ponctué de fous rires et de crises de larmes, le lecteur n’a aucun mal à se projeter dans le tourbillon des sentiments provoqué par l’auteur. Une lecture douce-amère qui finit bien si l’on se réfère à l’adage salvateur donné par le docteur Pasquier à Pauline : « Ce n’est pas parce que ça ne finit pas comme on le veut que ça finit mal ».
 
Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson.
 
 
« Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides »
 
Sylvain Tesson est un écrivain voyageur géographe de formation qui a traversé la planète maintes fois et raconté ses périples dans de nombreux essais. Mais le temps suspend son cours en 2014 lorsqu’il perd brutalement sa mère et est lui-même victime d’un terrible accident. Ivre, il tombe d’un toit et passe quatre mois à l’hôpital dans un corset, il se promet alors de traverser la France à pied s’il s’en sort. Il tient sa promesse et entame le 24 août 2015 une marche qui le conduira du Mercantour au Cotentin le 8 novembre. Il prend les chemins de traverse pour se reconstruire, se retrouver aussi, porté par les paysages qu’il sait lire comme personne. Son cheminement se mue en épopée, le héros lutte contre les contraintes de notre époque pour tenter de retrouver la simplicité des échanges d’autrefois.
On respire avec Sylvain Tesson, on prend son temps et on se surprend à rêver d’école buissonnière. 
 

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Dernière modification le mercredi, 06 septembre 2017 17:38
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