L’hyperactivité des enfants : un diagnostic trop souvent posé à Dubai ?

Écrit par  Vanessa Bokanowski 03 FEV 2017
En arrivant à Dubai, j’ai été surprise par la proportion du nombre d’enfants diagnostiqués comme hyperactifs. Je me suis demandé si cela reflétait une réalité ou si ce diagnostic était tout simplement trop souvent posé. En d’autres termes : et s’il n’existait-il pas une tendance à catégoriser tout enfant agité sous le label d’hyperactif ?
 
Je me suis alors demandée si par hasard, l’expatriation et l’ajustement (changement de pays, d’école, de maison) etant demandés à certains enfants pouvaient être à la base de cette agitation ? Cela me semble cependant étrange car même des enfants habitant là depuis plusieurs années n’échappaient pas à ce diagnostic. Cela serait alors plutôt le reflet d’un manque de consensus entre praticiens ?  Au vu de leur grande hétérogénéité et venant de plusieurs endroits du monde, avec une connaissance pour certains plus ou moins relative du sujet, il se peut qu’un certain nombre d’entre eux, arrivant à Dubaï, aient cédé à un effet de mode, en diagnostiquant peut-être tout enfant présentant une agitation comme hyperactif.
Ce diagnostic sonne trop souvent comme un couperet, assimilé à un handicap contre lequel on ne peut rien faire, hormis peut-être des solutions chimiques telles que les médicaments ou des méthodes dites de réadaptation. S’agit-il dés lors d’un enfant handicapé ou d’un enfant en souffrance qui ne demande qu’à être entendu ?
 
L’hyperactivité, qu’est-ce que c’est ?
 
L’hyperactivité englobe des éléments cognitifs (liés à la connaissance ou intelligence),  psychomoteurs et psychologiques. Elle peut se prolonger à l’adolescence et à l’âge adulte. 
Dans son appellation médicale, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ou TDHA est l’un des troubles les plus courants car il touche entre 3 à 5 % de la population des enfants scolarisés avec une prévalence plus prononcée chez les garçons. 
 
Quand il est associé à une hyperactivité, ce trouble se constitue : 
 
- d’un déficit de l’attention : difficulté à se concentrer, l’enfant est constamment distrait par ce qui l’entoure ;
- une impulsivité qu’elle se situe au niveau psychique ou moteur : se lever de sa chaise sans raison, couper la parole, etc.
- une agitation psychique ou motrice : parler trop vite ou une incapacité à tenir en place, etc.
L’hyperactivité  est souvent accompagnée d’un cortège de symptômes tels que l’anxiété, les troubles de l’humeur, de langage et du sommeil. Les troubles du comportement se manifestent aussi bien à l’école qu’à la maison.
 
Un diagnostic qui fait débat…
 
Ce diagnostic est à l’origine de nombreuses controverses dans le monde médical. On parle d’hypothèses génétiques et d’un dysfonctionnement cérébral dans la zone frontale qui diminueraient les capacités attentionnelles. D’autres le considèrent comme une forme de dépression masquée dont les causes seraient essentiellement psychologiques. 
 
Hors pourquoi ces hypothèses devraient-elles s’exclure ?
 
Il est important de faire preuve de la plus grande prudence, et, de ne pas catégoriser « hyperactif », tout enfant faisant preuve à un stade particulier de son développement d’agitation motrice ou de manque d’attention, dans la catégorie « hyperactif ». 
 
Il faut garder en tête que l’enfant ne peut pas verbaliser un malaise temporaire comme l’adulte en disant « je ne vais pas bien et je suis triste ». Il est dès lors fort probable, que toute difficulté passagère comportant des éléments dépressifs ou anxiogènes pour l’enfant soit traduite par une agitation motrice et/ou psychique. 
 
Une société trop stimulante ?
 
Paradoxalement, l’agitation dérange… Elle dérange l’équilibre familiale, rend les parents coupables et l’enfant peu satisfaisant. Elle dérange l’école qui ne manquera pas de culpabiliser encore davantage les parents, en pointant leur enfant du doigt, au risque d’instaurer un véritable cercle vicieux. 
 
La complexité n’a pas bonne presse, la tendance étant plutôt, est à la catégorisation et à la simplification. Or la souffrance psychique n’est pas rationalisable, elle ne peut être simplifiée, à moins d’être mal comprise et de ce fait mal soignée.
 
Dans une société de plus en plus dominée par l’agir, à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux, nous sommes constamment bombardés de stimulations visuelles, incités à vouloir toujours plus pour être heureux. 
Alors que la crise et partout et, la compétitivité règne en maître, n’en demande-t’on pas trop à nos enfants en multipliant les apprentissages et les activités ? Le système ne produit-il pas lui-même des enfants agités et insécurisés ?
Dans ce « monde parfait » la tentation de mettre une étiquette sur ce qui dérange et de faire disparaître au plus vite les symptômes par la pharmacologie semble forte.
 
Je ne peux m’empêcher ici de pointer une similitude avec l’adulte déprimé, qui souvent est tenté de faire disparaitre au plus vite ses symptômes par la prise du seul médicament au sacrifice d’un travail en profondeur sur les causes, par le biais d’une psychothérapie. 
 
L’enfant comme l’adulte, a le droit d’être compris dans ce qu’il vit. Ce n’est pas parce qu’il l’exprime de manière différente qu’il ne peut être entendu dans son mal-être. Les thérapies d’enfants prennent là tout leur sens.  Si l’on y utilise le jeu est le dessin, c’est bien parce que l’enfant ne peut exprimer son vécu affectif de la même manière que l’adulte ! L’enfant mettra, le plus souvent, son symptôme interne à l’extérieur car il est encore trop petit pour poser des mots sur son malaise interne. Il cherche alors à s’auto-calmer en s’agitant dans tous les sens.
 
Y’a t’il une seule hyperactivité ?
 
La tentation est grande de regrouper sous le seul label d’hyperactivité des enfants aux histoires si singulières et si différentes. 
 
Je pense qu’il n’existe pas une hyperactivité mais des hyperactivités et si l’enfant a besoin d’exprimer une instabilité émotionnelle à travers une problématique de l’agir, il va falloir comprendre qu’elle a pour chacun une fonction et une signification différente. Que l’hyperactivité existe est indiscutable. Qu’elle est un fondement génétique et neurologique aussi, mais exclure les causes environnementales n’est pas concevable. Celles-ci permettent par ailleurs, de rouvrir le champ des possibles et d’envisager, un traitement adapté pour chaque enfant. Si le médicament peut « contenir » l’enfant, il ne peut le guérir et les symptômes s’ils ne sont pas aussi traités par un travail de fond risquent de ressurgir dès l’arrêt de celui-ci.
 
Qu’est-ce que l’enfant tente d’exprimer à travers cette agitation ? 
 
Il est possible que l’enfant porte sur ses épaules des troubles survenus dans la sphère familiale, un changement, la dépression ou l’anxiété d’un des deux parents. Un bouleversement comme l’expatriation peut entraîner des problèmes d’adaptation mettant l’enfant et le cercle familial en difficulté. Les consultations thérapeutiques prenant en charge le groupe familial dans son ensemble s’avèrent alors particulièrement pertinentes.
 
Les enfants hyperactifs sont trop souvent catégorisés comme de mauvais élève qu’on sanctionne, et réprimande, augmentant sans le savoir le symptôme par l’instauration d’un cercle vicieux ayant comme conséquence pour l’enfant l’installation progressive d’une dégradation de l’image de soi.
 
Son évaluation et son traitement
 
Comme ce syndrome comporte une composante biologique et psychologique, il nécessite une investigation poussée avant qu’un diagnostic soit posé, prenant en compte la circonstance d’apparition des symptômes, l’efficience intellectuelle et l’analyse des fonctions d’apprentissages (mesurable par l’examen clinique ou le plus souvent par un test de QI),  ainsi que celles, des dimensions familiales et du profil psychologique de l’enfant. 
 
Il existe un large consensus dans le monde médical pour reconnaître que le traitement de l’hyperactivité doit être établi par une prise en charge multidisciplinaire composée d’une intervention éducative comme l’orthophonie ou la psychomotricité, une psychothérapie pour travailler sur le monde émotionnel de l’enfant, une guidance et un soutien familial et enfin un médicament, si besoin.
 
Le médicament n’est pas à exclure  dans certains cas où l’enfant est si agité que les apprentissages sont mis échec, rendant également très difficile une approche psychothérapeutique. 
 
En d’autres termes, il faut traiter la partie émergée et symptomatique tout autant que les problèmes de fond, à la base de l’apparition du trouble. 
 
 
En conclusion, l’hyperactivité constitue, un syndrome complexe dont les causes réelles reposent encore sur des hypothèses. L’entourage de l’enfant, ainsi que les soignants ne doivent pas se précipiter sur un diagnostic ou prendre des mesures radicales afin de régler au plus vite le problème, au mépris de sa complexité. L’enfant, quand il est porteur d’un symptôme doit être écouté, entendu. Ce n’est qu’à cette seule condition et à travers la parole rassurante des adultes, que le petit être en devenir pourra développer un sentiment de sécurité et de confiance dans le monde qui l’entoure. 
 
Vanessa Bokanowski, psychologue, excerce au sein de la clinique BR Medical Suites (Dubai Healthcare city)
Contact : 04 275 0900 ou 056 948 7372.


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Dernière modification le jeudi, 09 février 2017 11:13
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